‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 229 sur 273 · XXXVIII. Pour le 11e Dimanche de l'Avent · texte numérisé non relu

XXXVIII. Pour le 11e Dimanche de l'Avent

entendre ainsy ou autrement, c'est quasi une mesme chose ; mais j'ayme mieux m'en tenir au texte de nostre Evangile et dire avec Nostre Seigneur que les pauvres sont evangelisés. Certes, les disciples de saint Jean ne trouvèrent pas Nostre Seigneur parmi les princes et premiers du monde, mais avec les pauvres, lesquels l'escoutoyent et le suivoyent par tout où il alloit. Ce cher Sauveur de nos âmes estoit venu pour les pauvres et prenoit un singulier playsir d'estre avec eux. O Dieu, avec quelle douceur les enseignoit-il ! Comme s'accommodoit-il à leur ignorance ! Il se faisoit tout à tous pour les sauver tous*. Il repose son Esprit sur les pauvres et sur les humbles * , car la pauvreté engendre l'humilité. Il refuit les cœurs altiers et orgueilleux et se communique aux simples*; il leur oste leur esprit grossier et pesant et leur donne le sien par lequel ils opèrent choses grandes *, et par ce moyen il confond les choses hautes et relevées par des basses et simples *. Aussi pouvons-nous dire avec vérité que non seulement les pauvres sont evangelisés mais qu'ils ont evangelisé, Dieu se servant d'eux pour porter la vérité par tout le monde.

Il est vray que nostre cher Sauveur et Maistre estoit bien venu pour enseigner aux grans et petits, doctes et ignorans, néanmoins on l'a quasi tousjours trouvé parmi les pauvres et simples. O que l'Esprit de Dieu est différent de celuy du monde qui ne fait estât que de ce qui paroist et a de l'esclat ! Les anciens philosophes ne vouloyent recevoir en leurs escoles sinon ceux qui avoyent un bel esprit et un bon jugement ; que s'ils ne les rencontroyent pas tels ils disoyent librement : Ce n'est pas là un tableau propre pour mon pinceau. Et nous voyons encores pour le jourd'huy combien ceux qui ont l'esprit grossier sont mesprisés des hommes de ce siècle, combien l'on se fasche et ennuyé en leur conversation. On ne prend playsir que d'estre parmi les beaux esprits ; encores qu'ils soyent hautains, fiers et superbes, n'importe, l'esprit du monde supporte bien cela. Mais l'Esprit de Dieu fait tout le contraire ; il rejette les superbes et

*Vide supra.

* Is., lxi, 1 ;

Lucae,

iv, 18.

* Cf. Sap., 1

* Cf. Ps. cm,

*I Cor., 1, 2

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converse avec les humbles, et Nostre Seigneur met cecy au nombre des miracles : Dites à Jean que les pauvres sont evang élises.

Puis il adjouste : Bienheureux celuy qui ne se scandalisera point en moy. Mais quoy, que dites-vous, Seigneur ? Comme se pourroit-il faire que vous voyant opérer tant de prodiges, vous voyant exercer les œuvres d'une si grande charité et miséricorde, l'on peust se

* Cf. Les Contm- scandalizer *? Je seray, dit ce Seigneur, V opprobre des

verses, tom. I hujus 7 ,*7i..ijjca7*« j 7

Edit., pp. 10, 16. nommes et le rebut du peuple* ; je seray scandale *Ps. xxi, 7. aux juifs ef pierre de tresbuchement aux Gentils*.

*ICor.,i,23;Rom., .,.,., 7 . , 7. . . .

ix, uit.; 1 Pétri, n, Mais bienheureux celuy qui ne se scandalisera point en moy ; car, moy qui suis icy, faisant de grans miracles au milieu de vous, je dois estre crucifié et attaché à une croix ; et de cela, plusieurs se scandalizeront. Oh ! bienheureux ceux qui ne se scandalizeront point des opprobres et ignominies de Nostre Seigneur, lors qu'ils le verront fait le rejet et la risée du monde ; bienheureux ceux qui pendant cette vie se crucifieront avec lu3^, méditant sa Passion et portant en eux sa

* 11 Cor., iv, 10. mortification * /

Certes, il faut tous passer par là. Il se faut attacher à la Croix de nostre Sauveur, la méditer, et porter en nous sa mortification. Il n'y a point d'autre chemin pour aller au Ciel , Nostre Seigneur y a passé le premier. Tant d'extases, tant d'eslevations d'esprit, tant d'eslancemens et ravissemens que vous voudrez ; ravissez mesme, si vous le pouvez, le cœur du Père éternel ; si avec cela vous ne demeurez en la Croix du Sauveur et ne vous exercez en la mortification de vous mesme, je vous dis que tout le reste n'est rien, qu'il s'en ira tout en fumée et vanité, et vous demeurerez vuides de tout bien, sujets et disposés à vous scandalizer avec les Juifs de la Passion de Nostre Seigneur. En somme, il n'y a point d'autre porte pour entrer au Ciel que l'humiliation et la mortification.

J'achève. Les disciples donques s'en retournèrent rapporter à saint Jean ce qu'ils avoyent veu et entendu. O Dieu, quels pensez-vous qu'estoyent les cœurs de ces

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