‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 234 sur 273 · XXXIX. Pour le 111e Dimanche de l'Avent · texte numérisé non relu

XXXIX. Pour le 111e Dimanche de l'Avent

sollicite soit suspecte. Pourquoy? Hé, parce qu'elle nous est suggérée par nostre ennemy, et partant il ne s'y faut pas fier.

Il est tout asseuré que si Adam et Eve avoyent conneu leur tentateur ils ne se seroyent pas laissés séduire. Mais cet esprit malin sçachant que s'il ne se couvroit lors qu'il veut donner un assaut, et s'il ne prenoit quelque masque ou figure d'amy il ne feroit jamais son coup, il use tousjours d'artifice ; de là vient qu'il en séduit tant par ses ruses et tromperies. Or, quand il se présenta à Eve, ce fut en forme de serpent *. Mais en ce temps là les " Gen., m, 1. serpens n'estoyent pas serpens, c'est à dire ils ne mordoyent point, ils n'avoyent point de venin. Eve donques n'en eut non plus peur qu'un enfant n'en auroit d'un petit aignelet ; l'ennemy luy parla sous la figure de ce serpent, luy donna de l'ambition et convoitise d'estre semblable à Dieu, et pour ce sujet elle mangea du fruit défendu.

Quant à Lucifer et à ses anges ils n'eurent point d'autre tentateur qu'eux mesmes, car il n'y avoit encor point de diable. Ce furent eux mesmes qui se tentèrent, et par leur orgueil, devindrent diables, d'anges qu'ils estoyent auparavant. Voyla comme nous pouvons dire que l'ambition, l'orgueil et l'outrecuidance sont descendus du Ciel dans le paradis terrestre, et du paradis terrestre dans le monde, duquel ils ont fait un enfer terrestre. Ainsy, l'ange est rendu diable, et de beau et amy de Dieu qu'il estoit, il s'est déclaré son ennemy, et est devenu laid, espouvantable. L'homme, par son orgueil et outrecuidance, a perdu la justice originelle en laquelle il estoit créé et s'est fait un enfer ça bas en terre ; car les maux que ses vices traisnent après eux ne sont qu'un enfer, lesquels d'une peine temporelle conduisent aux éternelles.

Or, voyci que l'une des plus fortes, subtiles et dangereuses tentations qui se puissent voir s'addresse à saint Jean*, non par des ennemis, comme j'ay desja dit, ni * Cf. tom. prœced. par des gens revestus de quelque masque d'hypocrisie, c^LIX.^'' Serm' mais par ses amis, envoyés à luy de Hierusalem par les princes et docteurs de la Loy. Hierusalem estoit la ville

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royale où residoyent le saint sénat et la magistrature. Les Scribes estoyent les docteurs de la Loy, et les Pharisiens, les prestres et religieux. Les princes des prestres et les docteurs, qui avoyent en main la Loy, gouvernoyent toute la republique ; ils envoyèrent donc à saint Jean. Mais qui ? Peut estre quelques valets de leurs fils ou quelques autres gens? O non certes, ains ils mandèrent de leur part et de toute la republique, des ambassadeurs qui estoyent docteurs et religieux. Et pourquoy ? Non pour autre chose que pour sçavoir si saint Jean estoit le Christ Fils de Dieu, le Messie qu'ils attendoyent, à fin de luy rendre l'honneur qui luy estoit deu.

Remarquez un peu, je vous prie, les fantasies de l'esprit humain : ils attendoyent le Messie, ils voyoient que toutes les prophéties estoyent accomplies, car ils avoyent en main la Sainte Escriture ; le Sauveur estoit venu et alloit parmi eux enseignant sa doctrine, faisant des miracles, et confirmant tout ce qu'il disoit par ses œuvres ; néanmoins, au lieu de le reconnoistre, ils en vont chercher un autre.

Ils s'addressent donques au glorieux saint Jean et l'interrogent : Tu quis es ? Qui es-tu ? Il leur dit et ne le nia point : Je ne suis pas le Christ. Es-tu Elie ? Non. Es~tu Prophète ? Non. Il confessa et ne le

* Joan., i, 19-21. nia point. Ce sont les parolles des Evangelistes * qui sont briefves et succinctes, car ils en ont tousjours fait ainsy en tout ce qu'ils ont rapporté. Nos anciens Pères

*ApudMaldonat.et remarquent * que quand ces envoyés luy dirent cette

Barradam, Comm. -, —* . , ^ .- - ,

iniocum. parolle : Qui es-tu r ils ne vouloyent pas seulement

sçavoir qui il estoit, mais encores s'il estoit le Messie attendu ; car autrement saint Jean ne leur eust pas respondu qu'il n'estoit pas le Christ, s'il n'eust creu qu'ils venoyent à fin de le reconnoistre pour tel. Il est vray qu'il ne l'estoit pas, et il le confessa et ne le nia pas. Mais considérez un peu la très parfaitte humilité de ce glorieux Saint à rejetter non seulement les honneurs, les prééminences et tiltres qui ne luy appartenoyent pas, ains, ce qui est plus admirable, à refuser ceux qu'il pouvoit recevoir. Il estoit homme comme nous autres, il estoit

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