XXXIX. Pour le 111e Dimanche de l'Avent
sujet à commettre des péchés véniels*, et néanmoins il * Vide tamen supra,
estoit arrivé à une telle humilité qu'il triomphe excellem- p'
ment de l'orgueil et de l'ambition, repoussant et refusant
d'accepter les dignités et honneurs qui luy estoyent
présentés.
Les Anges estans au Ciel ont recherché non pas d'estre dieux, car Lucifer estoit trop bon philosophe pour commettre une telle incongruité ; il comprenoit bien qu'il ne le pouvoit, que c'estoit une chose impossible. Son ambition n'arriva point jusques là ; il sçavoit que Dieu seroit tousjours le premier et auroit quelque superintendance par dessus luy, car en somme il est Dieu et Lucifer ne pretendoit pas estre tel. O non, mais son orgueil le porta jusques à vouloir estre semblable à Dieu*; et le * Is., xiv, 14. misérable, au lieu de devenir ce qu'il presumoit, il descheut par son outrecuidance de ce qu'il estoit, fut chassé et banni pour jamais du Ciel et rendu diable. C'est par luy que les démons commencèrent d'estre, car avant sa cheute il n'y en avoit point.
Nos premiers parens au paradis terrestre estoyent en la justice originelle, ils n'avoyent jamais péché, non seulement mortellement comme les Anges (car le premier péché qu'ils commirent fut mortel, et par conséquent digne de mort éternelle), mais non pas mesme veniellement. Néanmoins, entendans de ce viel serpent* que * Apoc, x», 9. s'ils venoyent à manger du fruit défendu ils seroyent semblables à Dieu, la seule proposition que leur fit Satan leur toucha le cœur en telle sorte qu'ils vindrent à s'oublier du commandement et de la défense du Seigneur. O que l'ambition et l'orgueil sont de fortes et dangereuses amorces pour séduire l'homme et luy faire transgresser la loy de Dieu ! Il est donques bien vray, comme dit le grand saint Ambroise *, que qui veut entrer * Precatio n ante
,,,1 , 1 . .-. r , . Missam. Patrolog.
au combat et en la guerre contre le vice il faut necessai- Lat., tom. xvn, rement qu'il soit revestu et par tout armé de l'humilité. coL 755-
Nostre glorieux saint Jean estoit bien armé de cette vertu. Mon Dieu, qu'elle fut admirable en ce grand Saint i car il n'estoit point au Ciel ni au paradis terrestre, ains en la terre ; il n'estoit point Ange, ains homme ; il
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n'estoit point en la justice originelle, ains il pourvoit * Vide tamen supra, pécher veniellement *. Et on ne luy propose pas seulep' ment d'estre semblable à Dieu, ains on vient pour luy
faire confesser qu'il est le Christ et le reconnoistre pour tel. Mais il refusa et rejetta cela du tout loin. Il confessa et ne le nia point, dit l'Evangeliste, qu'il ne Testoit pas. Combien fut grande cette tentation et combien grande aussi l'humilité avec laquelle il la repoussa ! Mais remarquez, je vous prie, comme les envoyés des princes des prestres luy parlent : Nous sommes icy mandés de la part des Scribes et Pharisiens et de toute la republique pour vous dire que les prophéties sont accomplies et que le temps est arrivé auquel nous doit venir le Messie. Il est vray que nous voyons parmi nous beaucoup de personnes qui vivent bien et sont fort vertueuses, mais il nous faut confesser que nos yeux n'en ont point veu qui soyent semblables à vous ou desquelles nos cœurs goustent les oeuvres comme nous goustons les vostres. En somme, nous croyons que vous estes le Messie promis. Que si cela est, nous vous supplions de ne point nous le dissimuler et cacher davantage, car nous sommes venus pour vous rendre l'honneur que vous méritez. Voyezvous, ils luy mettent le marché entre les mains; s'il eust voulu accepter ils l'eussent reconneu pour le Christ. Mais certes, ce glorieux Saint estoit trop grand amateur de la vérité pour se laisser emporter à une telle ambition. S'il se fust dit le Messie il eust esté un grand menteur, un desloyal et infidelle, de recevoir un honneur qui ne luy estoit pas deu.
Ces Scribes et Pharisiens déclarent qu'ils attendent le *Aggaei, h, 8. Messie promis, le Désiré des nations*, et Celuy que
* Gen., xlix, 26. Jacob nomme le Désir des collines éternelles *. Les
* Vide s. Aug., De anciens Pères expliquans ces paroles disent qu'elles nous Civit.Dei,i.xvill, représentent le désir que les Ano-es avoyent de l'Incar-
c. xxxv et Xirin.
Commentai! îocunî nation * ; d'autres tiennent que par icelles nous devons aliosinÎPetrifi ». entendre le désir que Dieu avoit de toute éternité d'unir •Cf.s.lren Contra ja nature humaine avec la divine*, désir qu'il communi-
Haer.,1. III,c.xviii,
et Cornei. et alios qUa aux Anges et aux hommes, quoy qu'en différentes etinCEphes.',ei, io.g' façons. Les uns, tels que les Patriarches et les Prophètes,