‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 243 sur 273 · XL. Pour le ive Dimanche de l'Avent · texte numérisé non relu

XL. Pour le ive Dimanche de l'Avent

vous Testes par conséquent de l'escouter, et non seulement cela, ains encores de bien entendre et prattiquer ce que l'on vous enseigne. Et pour ce faire, il est nécessaire de bien mascher et digérer ce que l'on a ouy et recueilli, et tascher d'en faire une bonne digestion*. Car * Vide supra, p. 361. qu'eust-il servi aux Israélites que Dieu leur eust envoyé la manne au désert pour leur nourriture, s'ils ne l'eussent point voulu recueillir et ramasser? Et que leur eust-il profité de la recueillir s'ils ne l'eussent point voulu manger pour s'en substanter ? Certes, quand la divine Providence fit tomber la manne du ciel elle obligea les enfans d'Israël à se lever le matin pour l'aller recueillir avant que le soleil parust*; et non seulement cela, mais * Exod., xvi, 21 ; encores de la manger et avaler pour en estre nourris et aP,,XVI> substantés. De mesme, ceux qui escoutent la parolle de Dieu sont tenus à la prattiquer pour en profiter.

Il y a deux causes pour lesquelles on n'en profite pas. La première est que si bien on rescoute et on en est intérieurement touché, l'on en diffère l'exécution jusques au lendemain. Hé, pauvres gens que nous sommes, ne voyons-nous pas bien que ces remises sont la cause de nostre mort et de nostre ruine, et que nostre bien consiste en ce jourd'huy ? La vie de l'homme est ce jourd'huy auquel il vit ; car qui se peut promettre qu'il vivra jusques au lendemain*? O certes, personne quel qu'il soit. *jacobi,iv, 13-15. Nostre vie consiste en ce jourd'huy, en ce moment que nous vivons, et nous ne nous en pouvons promettre ni asseurer d'autre que celuy dont nous jouissons, pour brief qu'il puisse estre. Donques, si cela est, comment osons-nous remettre l'exécution et la prattique de ce que nous avons ouy qui doit servir à nostre conversion, puisque de ce moment auquel nous entendons ce qui est propre à nostre amendement dépend toute nostre vie ? Voyla la première rayson pour laquelle nous ne profitons pas des choses qui nous sont dites et enseignées.

La seconde est une avarice spirituelle qui fait que l'on recherche et procure de sçavoir beaucoup, qu'on est soigneux de faire un grand amas de choses de dévotion. Vous trouverez des personnes qui ne seront jamais lasses

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de ramasser et recueillir des documens et instructions nouvelles, tant d'advis, tant d'enseignemens, et nean-

* Cf. Entretien VII, moins n'en font pas une seule prattique *. Et qu'est-ce

circa med.

cela sinon une avarice spirituelle, qui est un vice assez grand en la vie dévote ? Vous en trouverez d'autres qui ne sont jamais assouvis d'entendre ou de voir de nouvelles choses ; ils assemblent quantité de livres et font des bibliothèques à merveille, ils sont tousjours à faire des remarques. Hé, pauvres gens, que voulez-vous faire de tout cela ? Oh, nous voulons user de prévoyance, nous le trouverons à nostre besoin ; quand nous serons vieux nous nous en sçaurons bien servir. O Dieu, ne sçavez-vous pas que Nostre Seigneur voulant esloigner l'avarice et toute sollicitude du cœur de ses disciples, leur commanda de vivre au jour la journée et de n'avoir point souci du

* Matt., vi, uit. lendemain * ?

Certes, entre les ordonnances que Dieu fit aux enfans d'Israël il leur enjoignit de ne recueillir qu'une mesure

* Exod., xvi, 16. de manne *, à sçavoir ce qui estoit suffisant pour la pré-

bende et portion d'un chacun. Mais outre cela, il commanda qu'aucun n'en gardast pour le lendemain et que pas un n'en recueillist plus qu'il n'estoit marqué à dessein d'en faire provision, car il s'y engendreroit des vers et

* Ibid., ff. 19, 20. elle tourneroit à corruption *. Vivez au jour la journée,

mangez ce que l'on vous donne et vous en nourrissez bien par les prattiques que vous en ferez, et laissez le soin du reste à la divine Providence, car elle vous pourvoira assez selon vostre besoin ; usez bien seulement de ce qui vous est donné et soyez libres de tout autre souci. Il est vray que dans les viandes qui sont gardées il s'y engendre des vers, et pour moy je crois que les vers qui *Is.,ult.,24;Marc, rongent les consciences des damnés* ne sont point les IX' 45' 47' moindres, ains les plus grandes peines qu'ils souffrent.

Et quels sont ces vers sinon les vifs et puissans remords de conscience qui piqueront et rongeront l'ame au souvenir et à la veùe de tant de moyens et d'occasions qu'on a eus de servir Dieu ? Quels remords de conscience aura-t-on à l'heure de la mort, voyant le nombre de documens, advis et instructions qui nous ont esté donnés

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