XL. Pour le ive Dimanche de l'Avent
pour nostre perfection ! Ce seront les plus grandes douleurs que l'on ressentira que celles cy. Voyla comme l'avarice spirituelle est la seconde rayson qui nous empesche de profiter de la parole de Dieu ; cela soit dit seulement pour introduction à mon discours. Revenons à nostre Evangile *. Je vous l'expliqueray le plus familièrement * Lucae, m, 1-6. qu'il me sera possible ; mais pour ce faire il faut que briefvement je vous en rapporte l'histoire.
Du temps que Tibère César estoit Empereur, qu'Herode estoit roy de la Galilée, que Ponce Pilate presidoit en Hierusalem, qu'Anne et Caïphe est oy eut princes des prestres et siegeoyent dans la chaire de Moyse*, Dieu envoya son Prophète lequel fut sa voix * Matt, xxm, s. qui crioit au désert : Applanisse^ le chemin du Seigneur, faites pénitence, carie salut est proche. Nous prendrons pour l'explication de ces paroles celles qu'Isaïe dit aux Israélites au quarantiesme chapitre de ses prophéties*, lesquelles sont les plus douces et aggreables qui * Vers. 1-4. se puissent entendre. C'est une chose merveilleusement suave que de lire les escrits de ce saint Prophète ; ses paroles sont toutes emmiellées et fluides, et accompagnées d'une science incomparable ; dès son premier chapitre on descouvre un style admirable, et certes, c'est un fleuve et torrent d'éloquence.
Lors donc que le peuple d'Israël fut mené en servitude par les Gentils et envoyé prisonnier parmi les Persans et Medes, le bon Cyrus, après une longue captivité, se résolut de le retirer de cette servitude et le ramener en la terre de promission. Ce que voyant par avance, le Prophète Isaïe, avec une divine poésie, entonna ces belles paroles : Consolamini, consolamini. O peuple d'Israël, consolez-vous, mais je vous dis encor une fois que vous vous consolie^, et d'une consolation qui ne sera point vaine ni inutile, sur ces paroles que je vous fais entendre : Parce que sa malice et meschanceté est arrivée à son comble, ses iniquités luy seront pardonnées. Et pour cela, disoit ce grand Prophète, applanissez vos voyes, redresse^ vos chemins, à fin que Cyrus ramenant le peuple en la terre de promission ne trouve point de
438 Sermons recueillis
tortuosités. Il y a un grand nombre d'interprétations sur ce texte : Parce qu'ils sont venus au comble de leur meschanceté, leurs iniquités leur seront par données. Que veut-il signifier ? pourquoy le Prophète dit-il que Dieu pardonnera au peuple d'Israël pour ce qu'ils sont venus au comble de leur malice ?
Les anciens Pères enseignent que ces parolles se
* Vide Foreirium, doivent entendre en cette sorte * : Lors qu'ils sont au Commentât Cor- plus f°rt de leurs travaux et afflictions, qu'ils sentent le neimm, Comm. m pius \e fajx ^e ieurs iniquités en cet esclavage et servi-
lsaiam, ad locum. r Mo
tude, après les avoir punis de leur meschanceté par ce fléau de tribulations, je les ay regardés et en ay eu compassion ; et au comble de leur malice, c'est à sçavoir au plus mauvais de leurs journées, je me suis contenté de ce qu'ils ont souffert pour leurs péchés, et à cause de cela leurs iniquités leur seront par données. Jacob se plaignant disoit : Mes jours sont courts, mais
* Gen., xlvii, 9. ils sont mauvais *. Que veut-il entendre par ces paroles
sinon : Mes jours, c'est à dire ces jours que je vis, sont courts, car ils ne font que passer ; ils ne sont rien Job, vin, 9, xiv, a; qu'une ojnbre*, c'en est aussi tost fait; mais ils sont mauvais parce qu'ils sont chargés et suivis de tant de travaux que cette vie présente apporte avec soy, qu'encores qu'ils soyent courts ils ne laissent d'estre pleins de malice. Il parloit ainsy à cause des grans travaux et tribulations qu'il souffroit.
Une autre façon d'entendre ces paroles : Parce que leur malice est venue à son comble leurs iniquités leur seront par données, est celle-cy : Lors qu'ils sont venus au comble, au midy, au plus haut point de leur meschanceté et ingratitude , lors qu'il semble qu'ils n'ayent aucune souvenance de leur Dieu ni plus de mémoire de ses bienfaits, leurs iniquités leur seront p ar données ; c'est à dire, en ce temps là auquel ils meriteroyent d'estre précipités, Dieu leur pardonnera et ne se souviendra plus de leur meschanceté. Certes, quand la divine Providence a voulu monstrer aux hommes combien estoit grande sa miséricorde, c'a esté par des esclats admirables ; et lors qu'on ne pouvoit espérer sinon de
PSS. CI, 12, CXLHI, 4.