XL. Pour le ive Dimanche de l'Avent
Dieu *, par lequel il avoit fait tant de merveilles et pro- * I Reg., xm, 14.
diges, luy qui avoit tousjours esté nourri dans le sein
de la douce clémence et miséricorde divine, soit venu
jusques là que de commettre de si grans forfaits et qu'il
soit demeuré un an entier sans en avoir la connoissance,
o certes, c'est une chose qui estonne grandement.
Il commença par l'adultère, mais c'estoit encores peu pour luy. C'est chose admirable que l'esprit humain ne veuille point qu'on voye ses fautes, en sorte que quand il en a fait il les pense couvrir en commettant de plus griefves. David s'essaya de faire enivrer le bon Urie, et en cette faute il y avoit encores plus de malice que dans la première. Mais n'ayant pas bien réussi en son dessein, car Urie estoit un honneste homme, brave cavalier qui ne pouvoit estre surpris en un tel vice, il s'avisa et résolut, pour cacher cette faute, d'en commettre une troisiesme plus griefve que les deux premières, c'est à dire de le faire perdre. David en donna charge à son lieutenant, luy commandant d'exposer Urie aux ennemis et de l'abandonner. Quoy que ce lieutenant fust bon, il se crut obligé d'obéir aux commandemens du Roy, et il fit ce qu'il desiroit, soit en une façon soit en l'autre. Le pauvre David entortilla tellement cette affaire qu'il commit une milliace de péchés, entassant l'un sur l'autre et faisant les seconds pour couvrir les premiers. Puis il demeura une année entière croupissant dans son iniquité, sans se souvenir où estoit son Dieu *. * Cf. Ps. xu, 4.
Le voyla donques sans aucune disposition à la grâce. Cependant la divine Bonté le voyant en cet aveuglement, luy envoya le Prophète Nathan lequel luy demanda où estoit son Dieu et ce qu'il avoit fait. Mais voyez combien il estoit aveuglé et comme le Prophète alloit sagement tournant pour luy faire confesser son crime. Il luy parla de quelque faute qui avoit esté commise par un de ses sujets , et soudain David jettant sa sentence dit : Il a desrobé la brebis de ce pauvre homme, il le faut faire mourir, monstrant en cela jusqu'à quel point il estoit endurci en son péché et n'en avoit aucun sentiment; mais pour les fautes des autres il les connoissoit fort bien et
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sçavoit leur imposer le chastiment condigne à leur démérite. Néanmoins Dieu ne le quitta point en ce temps là, mais par le moyen du Prophète Nathan luy fit confesser son crime. Quel plus grand esclat voudriez-vous de la divine miséricorde? car alors que David estoit au comble de sa malice, Dieu luy pardonna ses iniquités. Mais quel changement, quelle métamorphose fut cette conversion, car ce grand Roy reconnoissant sa faute, ne fit que gémir et déplorer son aveuglement ; l'on n'entendoit sortir de sa bouche que des peccavi, et criant miséricorde au
*Pss.L,i,Lv,i,etc Seigneur il alloit tousjours disant: Miserere mei, Deus*. Il y a cent autres semblables exemples dans la Sainte Escriture, c'est à dire un grand nombre à qui Dieu a fait la mesme miséricorde. Voyla donc comme nous devons entendre les parolles d'Isaïe.
Quant à ce qu'il adjouste : Prépare^ les voyes, applanisse\ les chemins, bien que ces parolles ayent esté prononcées au sujet du grand Cyrus qui devoit ramener les Israélites de la captivité en la terre de promission, si est-ce que le principal but du Prophète estoit de parler de l'avènement de Nostre Seigneur. Saint Jean donques preschant la pénitence et annonçant au peuple que le Sauveur estoit proche, se sert de ces parolles mesmes du Prophète : Je suis, dit-il, la voix de celuy qui crie au désert : Applanisse\ le chemin du Sei-
* Philip., ult., 5. gneur. Puisque le Seigneur est proche* que faut-il faire pour se préparer à cet avènement ? Saint Jean le nous enseigne en ses prédications, disant : Faites pénitence, car le Seigneur est proche. Certes, il est vray que la meilleure disposition pour l'avènement du Sauveur c'est de faire pénitence ; il faut tous passer par là, et comme nous sommes tous pécheurs, aussi avons-nous tous besoin de cette pénitence. Mais cela est trop gênerai, il nous faut toucher quelques particularités d'icelle.
Saint Jean nous en marque en nostre Evangile. Applanisse^, dit-il, le chemin du Seigneur, remplissez les vallées, abaissez les monts et les collines, d'autant qu'ils font bien de la peine aux voyageurs, ainsy que les fossés et vallées. Dresse^ les sentiers qui ne sont pas droits ; en