XL. Pour le ive Dimanche de l'Avent
effect, quand on en trouve plusieurs qui s'entortillent l'un dans l'autre ils fatiguent et lassent grandement le pèlerin. Il en prend tout de mesme en l'exercice de nostre vie, où il y a tant de monts, de vallées et de tortuosités ; tout cela ne peut estre redressé que par la pénitence. C'est elle qui remplit les vallées, qui rabaisse les monts, qui dresse et esgale les chemins. Faites pénitence, dit saint Jean ; abaissez ces monts d'orgueil, remplissez ces vallées, ces fossés de tiédeur et pusillanimité.
Les vallées que le glorieux saint Jean veut que l'on remplisse ne sont autres que la crainte, laquelle, quand elle est trop grande, nous porte au descouragement par les regards sur les péchés commis. Remplissez les vallées, c'est à sçavoir, remplissez vos cœurs de confiance et d'espérance parce que le salut est proche *. Le regard * Lucae, xxi, 28 ;
, 1 r , • Rom., xiii, 11.
sur les grandes fautes commises apporte quant et soy une certaine horreur et estonnement, une certaine crainte et frayeur qui abat le cœur et le porte souvent au descouragement. Voyla les fossés et vallées qu'il faut combler pour l'avènement de Nostre Seigneur.
La bonne sainte Thaïs (il faut que je vous die cecy parce que je viens de m'en souvenir et qu'il fait à mon propos), s'addressant un jour à saint Paphnuce luy dit : (0 Hé, mon Père, que dois-je faire ? le souvenir de ma misérable vie m'espouvante. C'estoit une grande pécheresse, elle estoit pleine de crainte à cause des péchés qu'elle avoit commis. Ce bon Saint luy respondit : Garde toy bien de lever les yeux pour regarder le Ciel, toy qui tant et tant de fois t'en es servie pour jetter des regards dangereux, pour muguetter et pour telles autres choses ; ne levé point ces mains par lesquelles tu as fait tant d'œuvres malignes, mais exerce toy toute ta vie en humilité et te confie en la bonté de Dieu. Crains, mais espère; crains, de peur que tu ne deviennes superbe et orgueilleuse, mais espère, de peur que tu ne tombes au descouragement et desespoir*. La crainte et l'espérance *Vitœ Patrum, î.l,
, . . 1, ,, „ . Vita S. Thaisis.
ne doivent point estre 1 une sans lautre, d autant que si
( 1) Les dix lignes suivantes sont omises dans les éditions antérieures.
* Matt., xxm, 12 Lucae,i, 52,xvm,i4
la crainte n'est accompagnée d'espérance elle n'est pas crainte ains desespoir, et l'espérance sans la crainte est présomption. Il faut donques remplir ces vallées creusées par les frayeurs provenantes de la connoissance des grosses imperfections et des péchés commis ; il faut, dis-je, les remplir par la confiance meslée avec la crainte de Dieu.
Abaissez, dit le glorieux saint Jean, les montagnes et collines. Quels sont ces monts sinon la présomption et l'orgueil, qui sont un très grand empeschement pour l'avènement de Nostre Seigneur ; car il a coustume d'humilier et rabaisser les superbes * et de pénétrer le fond du cœur pour descouvrir l'orgueil qui y est caché. Ce n'est rien devant luy de dire : Je suis Evesque, prestre, Religieux ou Religieuse. Cela est bon ; mais si vous estes Evesque, comme vous comportez-vous en cette charge ? quelle est vostre vie , et vos mœurs sont-elles bien conformes à vostre vocation ? N'estes-vous point plein de superbe et de présomption, comme ce pharisien duquel Lucas, xvm, 10-14. il est parlé en l'Evangile*, ou bien ressemblez- vous au publicain ? Le pharisien estoit une montagne d'orgueil, il avoit quelques vertus apparentes dont il se vantoit et glorifioit. Il disoit asseurement : Seigneur, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes : je paye les dismes, je jeusne tant de fois la semaine, et autres choses semblables qu'il alleguoit. Mais Dieu voyant son orgueil le rejetta. Et ce pauvre publicain, qui devant le monde estoit une montagne haute et raboteuse, fut rabaissé et applani devant la divine Majesté lors qu'il vint au Temple ; car n'osant lever les yeux pour regarder le ciel à cause des grans péchés qu'il avoit commis, il se tenoit à la porte avec un cœur contrit et humilié ; partant il fut digne de trouver grâce devant Dieu. J'aurois encores à dire plusieurs choses sur ce sujet, mais je me contenteray de ce que je vous en ay touché, qui suffira pour ce coup.
Applanisse\ les chemins, adjouste le glorieux saint Jean; c'est à dire, redressez ceux qui sont tortus, rendezles droits et esgaux. Les chemins trop entortillés ne sont