XLI. Pour la veille de Noël
d'autant que bien qu'ils soyent trois Personnes ils ne sont toutefois qu'un seul Dieu, n'ayant qu'une mesme sapience, puissance et bonté. Et combien que l'on attribue la puissance au Père, la sapience au Fils et la bonté au Saint Esprit*, néanmoins le Père n'est pas luy seul * Cf. tom. prœced.
, •*-,., , r-, . t- • 1 • hujus Edit., p. 307.
tout puissant, ains le Pils et le Saint Esprit le sont aussi. De mesme, le Fils n'est pas luy seul tout sage, mais le Père et le Saint Esprit ont aussi la mesme sapience et sagesse, comme ce divin Esprit n'est pas non plus luy seul la toute bonté. Il n'y a donc qu'un Dieu en trois Personnes, et ce Dieu est tout puissant, tout sage et tout bon. L'on nomme encores la première Personne, qui est le Père, Seigneur et « Créateur du ciel et de la terre ; » ce n'est pas à dire pour cela que le Fils et le Saint Esprit ne soyent aussi bien créateurs que le Père, puisqu'ils n'ont tous trois qu'une mesme puissance avec laquelle ils ont fait et créé toutes choses. Donques, ce n'est point le Père seul ni le Saint Esprit tout seul qui a fait l'œuvre de l'Incarnation, ains c'est le Père, le Fils et le Saint Esprit, mais le Fils demeure incarné. Or, quand on vous demandera qui a fait ce grand mystère, vous respondrez que c'est la très sainte Trinité, mais qu'il n'y a que la seconde Personne qui ayt pris nostre humanité.
Le second point est : Qu'est-ce que l'Incarnation ? Ce n'est autre chose que l'union hypostatique de la nature humaine avec la divine, union si estroitte que bien qu'il y ayt deux natures en ce petit Enfant qui va naistre, elles ne font qu'une personne. Or, nous voyons en luy trois substances : le corps, la nature divine et l'ame ; mais nous ferons mieux entendre cecy par des similitudes. La manne estoit une figure de l'Incarnation du Verbe. Je sçay bien que c'estoit aussi une figure de l'Eucharistie, ainsy que le disent nos anciens Pères*; cependant, entre * Cf. tom. VII hujus
Edit po 272 20}
ce mystère et celuy de l'Incarnation il n'y a que cette et tom. vil 1,^23! différence, qu'en la Nativité Ton voit Dieu incarné en 24* sa propre personne, et en l'Eucharistie nous le voyons en une forme plus couverte et en une façon plus obscure. C'est de part et d'autre le mesme Dieu homme
Serm. III 29
45^ Sermons recueillis
qui estoit dans les entrailles de la Vierge ; de sorte que la manne, qui a esté figure du Sacrement de l'Eucharistie, le sera aussi bien du mystère de l'Incarnation. La manne donques estoit une certaine viande de laquelle le Seigneur nourrissoit les enfans d'Israël. Elle tomboit
*Exod.,xvi, 13, 14; pendant la nuit comme de petits grains de dragées*, elle estoit faite dans l'air par le ministère des Anges,
*Abuiensis,Comm. comme disent quelques Docteurs *. Or, que cela soit
in locum Exodi ; . ,, . TA. . ~
Beiiarm. et alii, in ainsy ou, comme d autres tiennent, que Dieu la fist luy Xl'r, LSyn»«35 et niesme sans se servir de l'ayde d'aucune créature *, l'une
* Cf. Sap., xvi, 2i. et l'autre opinion se peut bien appliquer au mystère de
l'Incarnation ; car en iceluy Dieu se servit de l'Ange
* Luc», 1, 26-28. Gabriel pour annoncer ce mystère à Nostre Dame *, et
d'autre part ce ne furent point les Anges qui firent cette œuvre admirable, mais la très sainte Trinité seule, sans le concours d'aucune créature.
La manne avoit trois saveurs particulières : la première
* Exod., xvi, 31 ; du miel, la seconde de V huile et la troisiesme du pain*.
Num., xi, 8. Cf. . *
supra, p. 6. Ces trois substances se trouvent en nostre vraye manne,
*Cfjoan.,vi,3i,32. Nostre Seigneur* : celle du miel quant à sa Divinité;
celle de l'huile quant à l'ame, et celle du pain quant au
*Vide auctores su- corps. Le miel ne vient point de la terre ains du ciel* ;
pra citatos, p. 7. .
c est une liqueur qui tombe sur les fleurs, et quand il tombe dans quelque belle fleur il s'y conserve merveilleusement bien, en sorte que les avettes l'y viennent recueillir avec une subtilité nompareille et s'en nourrissent. La Divinité est ce miel qui est tombé du Ciel sur la terre dans cette belle fleur de l'humanité de nostre Sauveur avec laquelle elle a esté jointe et unie.
L'huile ne vient point de la terre ni du ciel : elle ne sort point de la terre comme d'autres plantes, ni moins tombe-t-elle du ciel comme le miel, car les olives croissent sur des arbres eslevés ; c'est une liqueur qui surnage au dessus de toutes les autres. Cecy représente la seconde substance de Nostre Seigneur, à sçavoir sa très sainte ame, car l'ame ne vient point de la terre, d'autant que nos pères et mères ne contribuent rien pour sa création. Nos misérables corps sont bien formés de leur substance, mais l'ame qui y est infuse n'en est