‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 260 sur 273 · XLII. Sur le ier verset du Cantique des Cantiques · texte numérisé non relu

XLII. Sur le ier verset du Cantique des Cantiques

y retournez cent fois, vous n'y trouverez plus que du degoust. O certes, les mammelles de ce divin Sauveur, c'est à dire ses consolations saintes et sacrées, ne sont pas de cette sorte, car plus elles sont tirées et plus elles sont fécondes. Voyez une femme qui allaite un petit enfant : bien qu'il ayt tetté suffisamment, si de là à peu de temps il retourne à la mammelle, il y trouvera tousjours de quoy se rassasier de nouveau. Avons-nous esté consolés auprès de Nostre Seigneur, retournons-y si souvent que nous voudrons, nous y trouverons tousjours de nouvelles consolations ; car cette source de sa poitrine sacrée est inépuisable et ne se tarit jamais, de sorte que c'est avec très grand sujet que nous pouvons dire que ses mammelles sont infiniment meilleures que le vin de tous les contentemens du monde.

Or maintenant, si ces paroles sont addressées par l'Espoux à l'Espouse, que pensez vous qu'il luy veuille dire? Saint Bernard* explique ce passage admirablement bien. Osculetur me osculo oris sui*; Qu'il me bayse d'un bayser de sa bouche, dit cette Espouse à son Bien-Aymé ; bayser qui ne signifie autre chose, au dire de ce grand Saint *, que le doux repos de la contemplation, où l'ame, par une affection amoureuse, desengagée de toutes les choses de la terre, s'occupe à considérer et contempler les beautés de son céleste Espoux, sans se resouvenir d'assister le prochain et le secourir dans ses nécessités ; à quoy ce divin Espoux, qui veut que la charité soit bien ordonnée, luy respond : Tu desires, ma sœur et ma bien-aymée, que je te bayse d'un bayser de ma bouche à fin de t'unir à moy par la contemplation. Certes, tu as rayson, c'est une chose très bonne, très excellente et désirable que celle que tu demandes ; mais ce n'est pas assez, car tes mammelles sont meilleures que le vin, c'est à dire qu'il est meilleur d'assister le prochain et porter le lait de la sainte exhortation aux foibles et ignorans que d'estre tousjours occupé en des hautes contemplations, de sorte que quelquefois il faut quitter l'un pour l'autre. Je ne dis pas qu'il ne faille point méditer et contempler ; o non certes, il faut bien

Serm. III

Sermo ix, § 7.

Cant.

Sermo vu.

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bayser Nostre Seigneur du bayser de la bouche pendant cette vie mortelle, ce qui se fait en la méditation et contemplation, où l'ame se remplit de bonnes pensées et saintes considérations qu'elle convertit par après à l'utilité du prochain. Mais je dis qu'il faut faire l'un pour se rendre plus capable de l'autre, principalement quand la charge et Testât auquel on est appelle y oblige. En somme, c'est à dire qu'il ne faut méditer et contempler qu'autant qu'il est requis pour bien faire ce qui est de son devoir, chacun selon sa vocation.

Mais si ce sont les compagnes de l'Espouse qui luy disent: Meliora sunt ubera tua vino ; Tes mammelles sont meilleures que le vin, le mesme saint Bernard

* Sermo ix, § 8. l'explique en cette sorte * : O que vous estes heureuse,

nostre chère compagne, de jouir ainsy des chastes et amoureux baysers de vostre céleste Espoux ! Mais ce pendant que vous estes ainsy submergée dans cet océan de délices, nous autres chetifves demeurons privées de l'ayde et du secours qui nous est nécessaire, au défaut duquel nous sommes en danger de nous perdre; donques, vos mammelles sont meilleures que le vin.

Or, quelles sont les mammelles que les compagnes de l'Espouse désirent si ardemment, et sans lesquelles elles •s. Bern.,Senten- ne peuvent subsister ni se maintenir*? La première est the' §8' la mammelle de compassion, par laquelle l'on supporte

et l'on a pitié des foibles, des infirmes et des pécheurs ; ce qui fait qu'avec une grande charité on leur compatit, on les console, et on les flatte et caresse pour les attirer à Dieu et leur ayder doucement à se retirer du mauvais estât auquel ils sont plongés : en un mot, par cette compassion on se fait en certaine façon semblable à eux pour les gaigner plus facilement, et c'est la marque de la vraye dévotion et de la bonne oraison, que de se faire,

* I Cor., ix, 22. à l'exemple du grand x\postre *, tout à tous, pour les

gaigner tous.

Voulez -vous sçavoir si vous avez fait une bonne oraison , et si vous avez baysé Nostre Seigneur du bayser de la bouche? regardez si vous avez la poitrine pleine de douces et charitables affections envers le

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