‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 261 sur 273 · XLII. Sur le ier verset du Cantique des Cantiques · texte numérisé non relu

XLII. Sur le ier verset du Cantique des Cantiques

prochain, et si vostre cœur est disposé de le secourir en toutes ses nécessités et le supporter amoureusement en toutes sortes d'occasions ; car l'oraison qui nous enfle et nous fait présumer d'estre quelque chose de plus que les autres, et qui nous porte à mespriser le prochain comme imparfait, nous le faisant corriger de ses défauts avec arrogance et sans compassion, n'est pas bonne et n'est point faite en charité, vérité et sincérité. Il arrive quelquefois que nous nous trouvons le cœur tout aride ; mais si nous célébrons avec révérence et dévotion le saint Sacrifice de la Messe, ou que nous assistions aux divins offices, ou fassions une bonne oraison, nous en sortons avec la poitrine si remplie de charité et de saintes affections, qu'il semble que nous ne pouvons durer que nous n'ayons trouvé quelqu'un pour luy faire part des consolations que nous avons receuës de la main libérale de Nostre Seigneur.

La seconde mammelle que désirent les compagnes de l'Espouse est la mammelle de congratulation, par laquelle on se console et resjouit du bien et avancement du prochain comme du sien propre. Trouvez-vous quelqu'un qui ayt commencé à servir Dieu fidellement et qui ayt fait quelque progrès au chemin de la sainte dévotion ? il s'en faut resjouir avec luy, et luy donner courage non seulement de persévérer mais encores de s'avancer, et ne se point lasser ni descourager pour les difficultés qu'il rencontrera, luy représentant l'excellence du bien auquel nous prétendons, l'exhortant à marcher diligemment et fidellement tandis qu'il est jour et qu'il y a de la lumière *. Courage, luy devons-nous dire, nous * joan., xn, 35, 36. avons desja quelque peu avancé au chemin de la vie spirituelle ; allons un petit plus avant , nous ferons bien encores une lieue de chemin, puis nous en ferons davantage; et ainsy se passionner pour acheminer les âmes à Dieu.

Nous avons un rare et excellent exemple de cecy au glorieux saint Paul, quand il disoit avec un cœur plein d'une ardente charité * : Je meurs tous les jours pour * 1 Cor., xv, 31, vous, o Corinthiens; Quotidie morior pr opter vestram

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gloriam ; c'est à dire : L'extrême soin et le grand désir que j'ay de vostre salut, me fait mourir tous les jours.

* Rom., ix 3. Cf. Et ce trait de ce mesme Apostre * n'est-il pas admirable,

iraittc de lAm. de f r r

Dieu, tom.Vhujus quand, pressé de la véhémente affection qu'il avoit du 43d9^4PoP' 227' 228> salut des Juifs» il quittoit en telle sorte son propre

interest qu'il desiroit d'estre anatheme pour eux ?

Optabarn anathema esse a Christo pro fratribus

* Galat., h, 20. mets ; luy qui aymoit tant son divin Maistre qu'il disoit * :

Je ne vis plus en moy mesme, mais c est Jésus Christ qui vit en moy ; Vivo ego jam non ego, vivit vero in me Christus.

Voulez-vous voir encores un bel exemple de cette ardente charité pour le salut du prochain ? vous le trou-

* Suip. Sev., epist. verez en la vie du bienheureux saint Martin *. Ce grand

ad Bassulam. Cf. ., , -,-.. . 1.11

Traitté de VAm.de serviteur de JJieu ayant saintement parachevé le pele- Dteu, 1. ix, c. iv. rinage de sa vje et se voyant sur le point d'entrer en sa

tant désirée patrie, pour recevoir la recompense de ses travaux et bayser Nostre Seigneur du bayser de la bouche par une parfaitte union avec sa divine Majesté, desja son ame battoit des aisles pour s'envoler sur ce bel arbre de l'immortalité, quand un grand nombre de Religieux et d'enfans spirituels qu'il avoit engendrés à Nostre Seigneur, s'affligeant autour de luy, commencèrent à pleurer et luy dire : Helas, mon Père, nous voulez-vous quitter ? voulez-vous laisser vostre troupeau sans pasteur, à la merci des loups qui sans doute le raviront après vostre despart? Ayez pitié de vos enfans, et ne leur ostez pas si tost la mammelle de vostre charité. Ce qu'entendant ce grand serviteur de Dieu, touché d'une affection paternelle et despouillé de son propre interest, levant les mains et les yeux au Ciel où son cœur avoit desja pris place, il dit ces belles paroles : Domine, si adhuc populo tuo sum necessarius, non recuso laborem ; O Seigneur, quoy que par vostre grâce je me voye prest à jouir du bien après lequel j'ay tant souspiré, néanmoins, si je suis encores nécessaire à ces âmes pour leur salut, je ne refuse point de demeurer davantage en cet exil, je me resigne entièrement à vostre très sainte volonté.

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