‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 3 sur 273 · M.DC.LVII · texte numérisé non relu

M.DC.LVII

Avant-Propos xiii

plus les lumières de son bel esprit, ny le fonds de son eminente doctrine, ny les agréables figures de son éloquence, ny les puissans attraits de sa dévotion... si bien que l'on peut dire que le style de ses copistes n'a point suivy leur zèle, et que souvent ils n'ont produit que des foibles échantillons de ses plus fortes pièces. » Il n'est pas besoin de faire remarquer combien cette critique est exagérée ; car quelque hardis qu'aient été les premiers éditeurs, on ne peut sans injustice leur reprocher d'avoir de parti pris « accommodé à leur sens » les enseignements du saint Evêque, de manière à altérer « le fonds de son eminente doctrine. » Ils ont prétendu ajouter aux grâces de la forme, mais le plus ordinairement la pensée du Prédicateur a été respectée.

En 1844 l'abbé Boulangé, aumônier de la Visitation du Mans, inséra dans son second volume des Etudes sur saint François de Sales sept sermons qu'il crut inédits et qu'il donna comme tels, bien que celui pour la fête de sainte Anne eût déjà paru dans toutes les éditions antérieures sous un titre différent (voir plus loin, note (1), p. 170).

Vives, dans son édition complète des Œuvres de saint François de Sales, reproduit les Sermons d'après le texte de 1641. Il ne laisse pas de commettre de nombreuses maladresses, et même dans son Avertissement préliminaire, cet éditeur a la naïveté de se glorifier de celle que nous signalons à la fin de la note ci-après, p. 46.

Migne s'attache de préférence à la leçon de 1643 ; il insère dans son tome IV les sermons donnés par l'abbé Boulangé. Plus tard, ayant reçu communication des Manuscrits du Mans, il en tira quelques autres qu'il fit paraître dans son tome VI. Nous passons sous silence les négligences et les erreurs qu'on pourrait lui reprocher. Tout ce que nous avons dit de sa hardiesse de procédés dans la reproduction des Sermons autographes s'applique non moins exactement aux recueillis.

xiv Sermons recueillis

Notre Edition contient, répartis dans ce volume et le suivant, soixante-et-dix Sermons, dont quinze sont inédits. Elle se distingue des précédentes par l'adoption de Tordre chronologique dans le classement des matières et par l'exactitude du texte.

Pour fixer ce texte, les éditeurs, selon leur coutume, sont remontés aux sources ; et, s'ils n'osent se persuader que les originaux sont sous leurs yeux, du moins ont-ils entre les mains quatre Manuscrits fort anciens, dont la conformité de rédaction et la différence d'écriture et d'orthographe sont une preuve irrécusable de l'authenticité des documents qu'ils contiennent.

Il pourrait être superflu de prouver ici cette authenticité, tellement elle est évidente pour tous ceux qui ont quelque habitude de la doctrine et du style de saint François de Sales. On retrouve souvent dans ces Sermons, et formulées presque dans les mêmes termes, des pensées que le Saint a énoncées ou développées dans ses autres ouvrages, surtout dans le Traitté de V Amour de Dieu et Les Vrays Entretiens spirituels ; certaines figures, des citations qui lui sont familières reparaissent ici avec la même grâce, la même fraîcheur qu'elles avaient en tombant de sa plume.

Ce sont assurément ces Manuscrits qui furent communiqués par sainte Jeanne-Françoise de Chantai à l'éditeur de 1641 ; une confrontation attentive des deux leçons ne permet pas d'en douter, tout en amenant à constater les retouches indiquées plus haut. Nous avons déjà dit (0 que trois instructions ont été, par ordre de la Sainte, extraites du recueil des Sermons et insérées in extenso parmi les Entretiens ; or il existe une identité

(1) Préface des Vrays Entretiens spirituels, p. xxui.

Avant-Propos xv

absolue entre le texte imprimé de ces trois pièces et la leçon des Manuscrits. Certains passages des allocutions du saint Evêque, qui sont tous signalés en note dans notre Edition, ont été intercalés dans les Entretiens et plus tard publiés de nouveau en leur lieu dans les Sermons recueillis. Remarquons en passant que la leçon reproduite dans les Entretiens représente plus exactement le texte de nos Manuscrits que celle de l'édition de 1641. Enfin ces Manuscrits contiennent textuellement les citations que le Père Dagonel, dans ses Advis Chrestiens, publiés en 1629(0, donne comme extraites des Sermons de saint François de Sales.

Après avoir établi l'authenticité des Manuscrits, il nous reste à en donner une rapide description. Nous les désignerons sous le nom de Manuscrits d'Annecy, de Digne et du Mans (Mss. A, B).

u Le premier, qui est le plus complet, paraît être le plus ancien de tous ; il porte ce titre :

Recuil (sic) des Prédications faittes par N. B. P. et Sainct Fondateur en ce Monastère de la Visitation Saine te Marie Danesy ( 2 ).

C'est un grand in-40 de 466 pages foliotées au recto seulement ; on y distingue deux écritures également anciennes; l'orthographe est très irrégulière et telle qu'on la rencontre communément chez les premières Religieuses de la Visitation. Ce recueil comprend soixantetrois sermons, distribués, à peu d'exceptions près, selon Tordre de l'année liturgique.

( 1 ) Advis Chrestiens importons et communs a tous, le tout compilé des Livres, Epistres, Sermons et Manuscrits de feu le Rêver endissime François de Sales, Evesque et Prince de Genève, Fondateur des Religieuses de la Visitation de Se Marie ; par un Père de la Compagnie de Jésus. A Paris, chez Sebastien Cramoisy, rue S. Jacques, aux Cicognes. m.dc.xxix. Avec Privilège du Roy.

( 2 ) Cette intitulation donne lieu à deux remarques, i. — Les qualifications de Saint et de Bienheureux décernées à l'Auteur n'infirment en rien ce que nous disons de l'antiquité de ces Manuscrits ; car on sait que les Religieuses de la Visitation avaient accoutumé d'attribuer ces titres à leur Fondateur longtemps avant que l'Eglise l'eût placé sur les autels. 2. — La copiste s'est trompée en indiquant le contenu du recueil ; car il se compose non seulement des prédications faites à Annecy, mais encore de cinq autres sermons prononcés dans différents Monastères.

xvi Sermons recueillis

2. Le Manuscrit de Digne, conservé à la bibliothèque publique de cette ville sous le n° 15, nous a été obligeamment communiqué par le Ministère de l'Instruction publique. C'est un bel in-40 de 470 pages foliotées ; plus, deux pages occupées par les Tables des matières. On y remarque, comme dans le Manuscrit précédent, deux écritures différentes, mais qui sont également régulières et soignées. Ce volume contient trente-quatre sermons disposés d'après l'ordre liturgique ; il est intitulé :

Prédications de Bienheureux le Reuvernd Dissime (sic) Evesque et Prince de Genève, Nostre bien heureux Père et Instituteur.

3. Les deux in-40 conservés à la Visitation du Mans paraissent moins anciens que ceux dont nous venons de parler. Ils sont écrits tout entiers par une main d'homme, ferme et exercée. Si l'orthographe est meilleure que dans les précédents, la fidélité du texte est peut-être moins absolue. Les pages sont foliotées seulement au recto et les matières sont transcrites sans aucun ordre. Le premier de ces recueils (Ms. A) se compose de 351 pages et compte vingt-et-un sermons. Il porte ce titre :

Prédications de nostre bien heureux Père F. de Salles, Evesque de Genève et Fondateur des Filles de la Visitation Ste Marie.

Le second (Ms. B) renferme vingt sermons qui occupent 424 pages. Il est intitulé :

Prédications de nostre B. H. Père et Instituteur.

Dans le premier de ces recueils on trouve les deux sermons imprimés parmi les Entretiens sous les titres suivants : Des trois Loix spirituelles et Des Vertus de saint Joseph. Celui De la Fermeté est extrait du Ms. (B).

Des Tables de correspondance, qui seront placées à la fin de ce volume et du suivant, aideront le lecteur à se rendre compte des matières renfermées dans les Manuscrits que nous venons de décrire, et dans les quatre éditions mentionnées ci-dessus.

Avant-Propos xvii

La remarque faite sur le style des Vrays Entretiens spirituels ( I ) s'applique exactement à celui des Sermons. Ce style présente parfois des incorrections, des obscurités et telles autres imperfections dont assurément saint François de Sales n'est pas responsable. Toutes les fois que ces négligences dénaturaient le sens du texte ou le rendaient difficile à saisir, les éditeurs se sont cru le droit et le devoir de dégager la pensée du saint Docteur des nuages qui l'entouraient; mais en cela ils ont procédé avec une grande réserve, et se sont bornés aux modifications indispensables. La transposition de quelques mots, le changement de temps d'un verbe, la suppression de certains pronoms relatifs et de répétitions absolument inutiles ont suffi le plus souvent à produire les améliorations nécessaires.

L'orthographe est semblable à celle qui a été adoptée pour les Entretiens ; c'est-à-dire qu'elle se rapproche de celle que saint François de Sales employait dans la dernière période de sa vie.

L'intitulation des sermons n'offrant aucune uniformité dans les Manuscrits, les éditeurs l'ont régularisée. Il est rare aussi que ces recueils nous aient conservé les textes sacrés que, selon sa coutume, le saint Evêque a probablement cités en commençant ses prédications. Quand ces textes sont donnés par l'édition de 1641, nous les reproduisons dans la nôtre.

Les Sermons recueillis sont, comme les autographes, publiés d'après l'ordre chronologique. La différence très marquée que l'on peut constater dans la rédaction des deux Religieuses qui ont successivement tenu la plume fournit, comme nous avons dit, des jalons sûrs pour le classement général. L'histoire de saint François de Sales, sa correspondance, celle de sainte Jeanne-Françoise de Chantai, les Annales de la Visitation ont ajouté à ce premier renseignement des données beaucoup plus précises. On a dû parfois s'abstenir de les indiquer en détail afin de ne pas nuire à la brièveté des notes qui justifient la

(1) Préface, p. lv,

xviii Sermons recueillis

date de chaque sermon. Ceux de Vêture et de Profession renferment pour la plupart des allusions personnelles ou quelque mention de la fête du jour. D'autre part, les Monastères de la Visitation possèdent deux registres, intitulés l'un : Le Livre du Noviciat, l'autre, Le Livre du Couvent, où chaque Religieuse doit consigner l'acte de sa Vêture et de sa Profession au jour même où s'accomplissent ces cérémonies. Or, le saint Evêque ne manquait pas de les présider lorsqu'il se trouvait à Annecy ; et les allusions contenues dans ces sermons de circonstance, ajoutées aux renseignements fournis par les deux livres mentionnés ci-dessus , nous donnent la date de ces allocutions.

L'indication des dates , qui augmente l'intérêt des Sermons pour toutes les classes de lecteurs, a plus spécialement cet avantage pour les Filles de la Visitation. C'est à leur considération que l'on a renvoyé à Y Année Sainte toutes les fois que se trouve relatée dans cet ouvrage la vie des Religieuses qui ont été l'objet des cérémonies de Vêture et de Profession prèchées par saint François de Sales.

En résumé, les Sermons recueillis sont la continuation, le développement des Entretiens spirituels ; une même sève y circule, un même esprit les inspire. Comme toujours, le saint Evêque remonte ici des conséquences au principe. S'il recommande instamment la pratique des vertus, il insiste plus encore sur la cause génératrice qui les produit. Sa grande prétention est d'obtenir que Tâme soit vraiment fondée et enracinée dans la charité, afin que de là elle puisse, comme sans effort, s'élever à tous les dévouements et à tous les sacrifices. Mais cette charité, le Docteur nous la montre dans son radieux foyer , le Cœur adorable de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Toujours il semble préoccupé de tourner les regards et de faire converger les affections de ses auditeurs vers ce centre unique de toute sainteté. Nous l'avons insinué ailleurs, mais on ne peut se lasser de le redire, c'est la gloire du saint Fondateur d'avoir été l'un

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des prophètes du culte du Sacré-Cœur. Il a préparé les voies à cette dévotion salutaire, qui devait être la joie et l'espérance de l'Eglise en ces derniers temps. Comme s'il eût pressenti la glorieuse mission destinée à son Institut, il le disposa de loin à s'en rendre digne. On se plaît à constater combien souvent dans les Sermons, notre aimable Saint revient sur cet intarissable sujet, et en termes aussi explicites qu'ils sont touchants. Ainsi nous l'entendrons assurer que le Sauveur « désire de nous donner » une abondance « de grâces et bénédictions, et son Cœur « mesme ; » que son divin « costé fut ouvert à fin qu'on « vist les pensées de son Cœur qui estoyent des pensées « de dilection » (p. 80) ; que « si nous touchons son Cœur « nous le trouverons tout enflammé et embrasé d'un « amour incomparable envers nous » (p. 230).

Bien des passages semblables pourraient être cités ; mieux vaut laisser au lecteur le plaisir de les remarquer lui-même. Assurément il en viendra à tirer pour son propre compte la conclusion pratique qui seroit le plus beau fruit de la dévotion au Sacré-Cœur : c'est-à-dire, qu'il ne faut plus « avoir d'autre cœur que celuy de Dieu, « point d'autre esprit que le sien, point d'autre volonté « que la sienne, point d'autres affections que les siennes, « ni d'autres désirs que les siens, en somme » que nous devons « estre tout à luy. »

Dom B. MACKEY, O. S. B.

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