VIII. Pour le ive Dimanche de Carême
autrement ce ne seroit plus espérance, ains présomption.
L'espérance se guindé comme une sagette jusques à la
porte du Ciel, mais elle n'y peut pas entrer parce qu'elle
est une vertu toute de la terre ; si nous voulons que
nostre oraison pénètre le Ciel * il faut aiguiser la flèche *Eccii.,ubi contra.
avec la meule de l'amour.
Venons à la troisiesme condition. Les Anges disent que FEspouse est appuyée sur son Bien-Aymé ; aussi avons-nous veu que pour dernière condition, il faut estre enté sur Jésus Christ crucifié. L'Espoux ayant une fois loué son Espouse disant qu'elle estoit comme un lis entre les espines, elle par contreschange respond : Mon Bien-Aymé est comme un pommier entre les halliers; cet arbre est tout chargé de feuilles, de fleurs et de fruits, je me reposeray à son ombre et recevray les fruits qui tomberont sur mon giron et les mangeray, et les ayant maschés je les gousteray en mon gosier, où je les trouveray doux et suaves*. Mais cet arbre où est-il * Cant., n, 2, 3. planté ? en quel verger le trouverons-nous ? Sans doute il est planté sur le mont de Calvaire, et il se faut tenir à son ombre. Mais quelles sont ses feuilles ? Ce n'est autre chose que l'espérance que nous avons de nostre salut par le moyen de la Mort du Sauveur. Et ses fleurs ? Ce sont les prières qu'il faisoit pour nous à son Père * ; * Cf. Heb., v, 7. les fruits sont les mérites de sa Mort et Passion.
Demeurons donques au pied de cette Croix, et n'en partons point que nous ne soyons tout détrempés du sang qui en descoule. Sainte Catherine de Sienne eut une fois un excès en méditant la Mort et Passion de Nostre Seigneur : il luy fut advis qu'elle estoit dedans un bain fait de son précieux sang ; et quand elle fut revenue à elle, elle vit sa robe toute rouge de ce sang, mais les autres ne la voyoient pas*. Aussi ne faut-il point * Cf. B. Raym. de
11 « -1, . , , . Cap., in Vita ejus,
aller a 1 oraison que nous n en soyons arroses, au moins par"s II, c. vi- s. s'en faut-il arroser dès le matin en sa première prière. Cath.Gen.,Diaiog., Saint Paul escrivant à ses chers enfans * leur mandoit * Rom., xm, \\. qu'ils se revestissent de Nostre Seigneur, c'est à dire de son sang. Mais qu'est-ce estre revestu de ce sang? Ne sçavez-vous pas que l'on dit : Voyla un homme qui
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est revestu d'escarlatte ; et l'escarlatte est un poisson. Cet habit est fait de laine, mais il est teint au sang du
* Cf. tom. praeced. poisson *. Et ainsy, encores que nous soyons revestus de
' laine, s'entend que nous fassions de bonnes œuvres, entant qu'elles sont de nous elles n'ont aucun prix ni valeur si elles ne sont teintes dans le sang de nostre Maistre, le mérite duquel les rend aggreables à la divine Majesté.
Lors que Jacob voulut avoir la bénédiction de son père Isaac, sa mère luy fit apprester un cabri en la sauce de la venaison, parce qu'Isaac l'aymoit ; mais de plus elle luy fit mettre des gans de poils, parce qu'Esaû, le fils aisné à qui appartenoit la bénédiction , estoit tout velu. Elle luy fit encores mettre la robe parfumée qui estoit destinée pour l'aisné de la mayson, et le mena ainsy à son mary qui estoit aveugle. Jacob demandant la bénédiction, Isaac se print à luy toucher les mains, puis s'escria tout haut : Ha, que je suis en grand peine ! la voix que j'entens est de mon fils Jacob, mais les mains que je touche sont d'Esaù. Et ayant senti la robe parfumée il dit : La bonne odeur que j'ay senti a causé tant de suavité à mon odorat, que je donne la bénédiction
* Gen., xxvii, 9-29. à mon fils*. Ainsy, nous autres, ayant appresté cet
* 1 Pétri, 1, 19. Aigneau sans macule* et l'ayant présenté au Père
éternel pour rassasier son goust, lors que nous luy demanderons sa bénédiction, il dira, si nous sommes revestus du sang de Jésus Christ : La voix que j'entens est de Jacob, mais les mains, qui sont nos mauvaises œuvres, sont d'Esaù; néanmoins, à cause de la suavité que j'ay à sentir V odeur de sa robe, je luy donne ma bénédiction. Ainsy soit-il.