SERMON POUR LE DIMANCHE DE LA PASSION
5 avril 1615
Nous avons monstre que la fin de l'oraison est nostre union avec Dieu et que tous les hommes qui sont en la voye de salut peuvent et doivent prier ; mais il nous demeura un scrupule en nostre dernière exhortation*, à *Etcf.tom.praeced.
, huj.Edit.,pp.97,98.
sçavoir mon, si les pécheurs peuvent estre exauces, car
ne voyez-vous pas que l'aveugle-né duquel il est parlé
en l'Evangile *, et que Nostre Seigneur illumina, dit à *Joan., ix, 31.
ceux qui l'interrogeoyent que Dieu iï exauçoit point les
pécheurs ? Mais laissons-le dire, car il parloit encores
comme aveugle.
Il nous faut donques sçavoir qu'il y a trois sortes de pécheurs : les pécheurs impenitens, les pécheurs penitens et les pécheurs justifiés. Or, c'est une chose asseurée que les pécheurs impenitens ne sont point exaucés , d'autant qu'ils veulent croupir en leurs péchés ; aussi leurs oraisons sont-elles en abomination devant Dieu. Luy mesme le fait entendre à ceux qui luy disoyent : Nous avons jeusnè et affligé nos âmes, et vous riave^ point regardé *. Et Dieu respondant leur dit : Vos * Is., lvih, 3. jeusnes, vos afflictions et vos festes me sont en abomination, d'autant qu'emmi tout cela vous avez vos mains ensanglantées* . La prière de tels pécheurs ne sçauroit * ibid., ff. 3-5; 1, estre bonne, parce que nul ne peut dire Jésus sinon r3 I5»LIX» 3en la vertu du Saint Esprit *, et nul ne peut appeller * 1 Cor., xn, 3. Dieu Père, qu'il ne soit adopté pour son fils*. Le * Rom., vm, 15;
! , , Galat., iv, 5, 6.
pécheur qui veut persévérer en son pèche ne sçauroit prononcer le nom souverain de Nostre Seigneur, puisqu'il n'a pas le Saint Esprit avec luy, car il n'habite
58 Sermons recueillis
* Sap., 1, 4, 5. point au cœur souillé de péché *. Ne sçavez-vous pas
aussi que nul ne peut avoir accès vers le Père que par
* joan., xiv, 6, 13, la vertu du nom de son Fils, comme luy mesme a dit *
que tout ce que l'on demanderoit à son Père en son nom on l'obtiendroit ? Les prières du pécheur impénitent ne sont donc point aggreables à Dieu.
Venons au pécheur pénitent. Sans doute on luy fait tort de l'appeller pécheur, car il ne l'est plus, puisqu'il déteste desja son péché ; et si bien le Saint Esprit n'est pas encores en son cœur par résidence, il y est néanmoins par assistance. Qui est-ce à vostre advis qui luy donne ce repentir d'avoir offensé Dieu, sinon le Saint Esprit , puisque nous ne sçaurions avoir une bonne
* 11 Cor., m, 5. pensée pour nostre salut s'il ne nous la donne*? Mais
ce pauvre homme n'a-t-il rien fait de son costé ? Si a, certes ; escoutez les paroles de David : Seigneur, dit-il, vous m'avez regardé lors que j'estois en la fondrière de mon péché, vous m'avez ouvert le cœur et je ne l'ay pas refermé, vous m'avez tiré et je me suis laissé aller, vous
* Pss. ci, 18, 20, 21, m'avez poussé et je n'ay pas reculé*. Nous avons des en, 3, 4, s., l, 5. preuves en quantité que les prières des pécheurs peni-
tens sont aggreables à la divine Majesté, mais je me contenteray de vous apporter l'exemple du publicain, lequel monta au Temple pécheur et en sortit justifié •Lucœ, xviii, 10-14. par le mérite de l'humble prière qu'il fit*.
Passons maintenant à la matière de l'oraison. Je ne diray rien de son objet, car j'en parleray Dimanche. La matière de l'oraison est de demander à Dieu tout ce qui est bien ; mais il faut que nous sçachions qu'il y a deux sortes de biens, les biens spirituels et les biens corporels ou temporels. L'Espouse, au Cantique des Cantiques, ayant louange son Bien -Aymé disant qu'il avoit les
* Cap. v, 13. lèvres comme un lis qui distille la myrrhe*, son
Espoux luy respond en contreschange qu'elle a le miel
* Cap. iv, 11. et le lait dessous la langue *.
Je sçay bien qu'on interprète ces paroles en cette
* s. Gregor. Mag , façon *, sçavoir est, que les prédicateurs preschant au inXïocumPer aa "' peuple ont le miel dessous la langue, et parlant à Dieu
par la prière qu'ils font pour le peuple, ils ont le lait