IX. Pour le Dimanche de la Passion
dessous la langue. D'après une seconde interprétation *, *Giib. Abb., Serm.
les prédicateurs ont encores le lait dessous la langue (interOp.s.Bern.);
lors qu'ils preschent les vertus de Nostre Seigneur s^fnd^Assumpt''
entant qu'homme : sa douceur, sa mansuétude, sa mise- in Appendice ad
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ricorde ; et ils ont le miel dessous la langue parlant de sa divinité. Plusieurs se trompent en ce qu'ils pensent que le miel soit fait seulement du suc des fleurs. Le miel est une liqueur qui descend du ciel parmi la rosée *," * Vide supra, p. 7. et tombant dessus les fleurs elle prend le goust d'icelles, comme font toutes les liqueurs que l'on met dans des vaisseaux qui ont quelque sorte de goust. Le miel représente donques les perfections divines lesquelles sont toutes célestes.
Mais appliquons ces paroles de l'Espouse à nostre oraison. Nous avons dit qu'il y a deux sortes de biens que nous pouvons demander en icelle, les biens spirituels et les biens corporels. Entre les biens spirituels il y en a de deux sortes : les uns nous sont nécessaires pour nostre salut, et ceux cy nous les devons demander à Dieu simplement et sans condition, car il nous les veut donner; les autres biens, quoy que spirituels, nous les devons demander sous les mesmes conditions que les biens corporels, sçavoir, si c'est la volonté de Dieu et si c'est pour sa plus grande gloire ; et sous ces conditions nous pouvons tout demander. Or, ces biens spirituels nécessaires pour nostre salut, signifiés par le miel que l'Espouse a dessous la langue, sont la foy, l'espérance , la charité et les autres vertus qui nous conduisent à celles là. Les autres biens spirituels sont les extases, les ravissemens, les douceurs et consolations, toutes lesquelles choses nous ne devons point requérir de Dieu que sous condition, parce qu'elles ne sont aucunement nécessaires pour nostre salut.
Il y en a qui pensent que s'ils estoyent doués de sapience ils seroyent bien plus capables pour aymer Dieu, et cela n'est pas. Vous vous resouviendrez bien qu'une fois le frère Gilles s'en alla trouver saint Bonaventure et luy dit : O que vous estes heureux, mon Père, d'estre si sçavant, car vous pouvez bien plus aymer
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Dieu que nous autres qui sommes ignorans. Lors, saint Bonaventure luy respondit que la science ne luy aydoit point à aymer Dieu, et qu'une simple femme le pouvoit
* Chronica Fratr. autant aymer que les plus doctes hommes du monde*.
Min., 1. VII, c. xiv. »»..-., .
Cf. Tr. de VAm. de Mais qui ne voit la tromperie de ceux qui sont tousieu, . , c. iv. jours apres ieur père spirituel pour se plaindre dequoy ils n'ont point de ces tendretés et consolations en leurs 'oraisons ? Ne voyez-vous pas que si vous en aviez vous ne pourriez eschapper à la vaine gloire, et ne sçauriez empescher que vostre amour propre ne s'y compleust, en sorte que vous vous amuseriez plus aux dons qu'au Donateur ? C'est donques une grande miséricorde que Dieu vous fait de ne vous en point donner ; et ne faut pas perdre courage pour cela, puisque la perfection ne consiste pas à avoir de ces gousts et tendretés, ains à avoir nostre volonté unie à celle de Dieu. C'est ce que nous pouvons et devons demander à la divine Majesté sans condition.
Tobie estant desja vieux et voulant mettre ordre à ses affaires, commanda à son fils de s'en aller en Rages pour retirer quelque somme qui luy estoit deuë ; et pour ce faire, il luy bailla une police au moyen de laquelle on ne
* Tobias, iv, 2i, 22, luy pouvoit refuser son argent*. Ainsy faut-il que nous v' '' 4* fassions quand nous voudrons demander au Père éternel
son Paradis, l'aggrandissement de nostre foy, son amour, toutes lesquelles choses il nous veut donner, pourveu que nous portions la police de la part de son Fils, c'est à dire que nous luy demandions tousjours au nom et par les mérites de Nostre Seigneur.
Ce bon Maistre nous a bien monstre l'ordre qu'il failloit tenir en nos demandes, nous ordonnant de dire
* Matt., vi, 9-n ; au Pater * : Sanctificetur nomen tuum, adveniat
Regnum tuum, fiât voluntas tua. Nous devons donc demander premièrement que son noua soit sanctifié, c'est à dire qu'il soit reconneu et adoré par tous les hommes ; en suite de quoy nous demandons ce qui nous est le plus nécessaire, à sçavoir que son Royaume nous advienne, que nous puissions estre des habitans du Ciel ; et puis, que sa volonté soit faite. Et apres ces