IX. Pour le Dimanche de la Passion 6i
trois demandes nous adjoustons : Donnez-nous aujourd'huy nostre pain quotidien. Jésus Christ nous fait dire : Donnez-nous nostre pain quotidien, parce que dessous ce nom de pain tous les biens temporels sont compris. Nous devons estre grandement sobres à demander ces biens icy, et devrions beaucoup craindre en les demandant, parce que nous ne sçavons si Nostre Seigneur ne nous les donnera point en son courroux*. C'est *S.August.f Sermo
r . t - cccliv, c. vu: alibi.
pourquoy ceux qui prient avec perfection demandent fort peu de ces biens, ains demeurent devant Dieu comme des enfans devant leur père, remettant en luy toute leur confiance; ou bien comme un valet qui sert bien son maistre, car il ne va pas requérant tous les jours sa nourriture, mais ses services demandent assez pour luy. Cela soit dit quant à la matière de l'oraison.
Les anciens Pères remarquent qu'il y a trois sortes d'oraisons, à sçavoir, Foraison vitale, l'oraison mentale et l'oraison vocale *. Nous ne parlerons pas maintenant * Cf. tom. prœced. de la mentale, ains seulement de la vitale et vocale. UJ* 1 '' p* 4°7- Toutes les actions de ceux qui vivent en la crainte de Dieu sont des continuelles prières, et cela se nomme oraison vitale. Il est dit que saint Jean estant au désert ne se nourrissoit que de locustes *, ou sauterelles et * Matt., u, 4. cigales, qu'il ne mangeoit point de raisin, ni ne beuvoit cervoise ou chose qui peust enivrer*. Je ne m'arresteray * Lucœ, 1, i5. pas sur tout cela, ains seulement sur ce qu'il ne mangeoit que des locustes ou cigales.
L'on ne sçait si les cigales sont célestes ou terrestres, car elles se jettent continuellement du costé du ciel, mais aussi elles retombent parfois sur terre ; elles se nourrissent de la rosée qui tombe du ciel et vont tousjours chantant, et ce que l'on entend n'est autre chose qu'un retentissement ou gazouillement qui se fait dans leurs intestins*. A bon droit donc le bienheureux saint *Cî.Tr.dei'Am.d<
T ., j • -, .<i i. «i.i Dieu, 1. VI, c vin.
Jean se nourrissoit de cigales, puisqu il estoit luy mesme une cigale mystique. L'on ne sçavoit s'il estoit céleste ou terrestre, car si bien il touchoit aucunefois la terre pour prendre ses nécessités, il se relevoit soudain et se jettoit du costé du Ciel, se nourrissant plus des viandes
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célestes que non pas des terrestres. Ne voyez-vous pas sa grande abstinence ? Il ne mangeoit que des locustes et ne beuvoit que de l'eau, encores bien sobrement. Il chantoit aussi presque continuellement les louanges de Dieu,
*joan.,i, 23. car luy mesme estoit une voix* ; bref, sa vie estoit une
continuelle prière. De mesme peut-on dire que ceux qui donnent Faumosne, qui visitent les malades et s'exercent à toutes telles bonnes œuvres font oraison, et ces mesmes bonnes actions demandent à Dieu recompense.
Venons maintenant à l'oraison vocale. Ce n'est pas faire oraison que de marmotter quelque chose entre ses lèvres si l'attention du cœur n'y est jointe ; car pour parler il faut avoir premièrement conceu en son intérieur ce qu'on veut dire. Il y a la parole intérieure et la parole vocale, laquelle fait entendre ce que l'intérieure a premièrement prononcé. La prière n'est autre chose que parler à Dieu ; or il est certain que parler à Dieu sans estre attentif à luy et à ce qu'on luy dit, est une chose qui luy est fort desaggreable. Un saint personnage ra-
*p.Bemardinusde conte * que l'on avoit appris à un perroquet ou papegay
Bustis, Marialia. , -haï*- , r • • 1
a réciter 1 Ave Maria ; cet oyseau ayant une lois pris le vol, un espervier vint fondre sur luy; mais le perroquet se prenant à repeter Y Ave Maria, l'espervier le laissa aller. Ce n'est pas que Nostre Seigneur exauçast la
*Levitic, xi, 19. prière du perroquet; non, car c'est un oyseau immonde*, aussi n'estoit-il pas bon pour les sacrifices ; néanmoins il permit cela pour monstrer combien cette oraison luy est aggreable. Les prières de ceux qui les font comme
*Is., 1, 13. ce papegay sont en abomination à Dieu* qui regarde
* Prov., xxiv, 12. plus au cœur * de celuy qui prie que non pas aux paroles qu'il dit.
Il faut que nous sçachions que les oraisons vocales sont de trois sortes : les unes sont commandées, les autres recommandées , les autres libres et de bonne volonté. Celles qui sont commandées sont le Pater et la Créance que nous devons reciter tous les jours, car Nostre Seigneur nous le fait bien entendre quand il
*um supra, p. 60. dit* : Donnez-nous aujourd'huy nostre pain quotidien ; cela nous monstre qu'il le faut demander tous