‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 36 sur 273 · IX. Pour le Dimanche de la Passion · texte numérisé non relu

IX. Pour le Dimanche de la Passion

les jours. Et si vous me dites que vous n'avez point prié d'aujourd'huy, je vous respondray que vous ressemblez aux bestes. Les autres prières commandées sont les Offices, pour nous autres qui sommes d'Eglise, et si nous en laissons quelque notable partie nous péchons. Celles qui sont seulement recommandées sont les Pater ou Rosaires qui sont ordonnés pour gagner les indulgences ; laissant de les dire nous ne péchons pas, mais nostre bonne Mère l'Eglise, pour monstrer qu'elle désire que nous les disions, donne des indulgences à ceux qui les recitent. Les prières de bonne volonté sont toutes celles que l'on fait outre celles dont nous venons de parler.

Bien que les prières que l'on fait volontairement soyent fort bonnes, les recommandées sont de beaucoup meilleures, parce que la sainte vertu de la souplesse y intervient. C'est comme si nous disions : Vous desirez, ma bonne mère l'Eglise, que je fasse cela; et encores que vous ne me le commandiez pas, je suis bien ayse de le faire pour vous contenter. Il y a desja un peu d'obéissance. Mais les prières qui sont de commandement ont un prix tout autre, à cause de l'obéissance qui y est attachée , et c'est sans doute qu'il y a aussi plus de charité.

Or, entre ces prières, les unes sont communes et les autres particulières. Les communes sont les Messes, les Offices et celles que nous faisons en temps de calamités. O Dieu, que nous devrions venir avec beaucoup de révérence à ces Offices, mais tout autrement préparés que non pas pour les prières particulières, parce qu'en celles cy nous ne traittons avec Dieu que de nos affaires, ou si nous prions pour l'Eglise nous le faisons par charité ; mais aux prières communes nous prions pour tous en gênerai. Saint Augustin raconte * qu'estant * Confess., 1. ix, encor payen il entra dans une église où saint Ambroise C,VI' ' 'c-xxxmfaisoit chanter l'Office alternativement, comme despuis on a fait ; il fut tellement ravi et hors de soy qu'il pensoit estre en Paradis. Plusieurs asseurent qu'ils ont veu souventefois venir les Anges troupes à troupes pour assister aux Offices divins. Avec quelle attention n'y

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devrions-nous donc pas assister, puisque les Anges sont presens et répètent là haut en l'Eglise triomphante ce que nous disons ça bas !

Mais peut estre dirons nous que si nous avions veu une fois les Anges à nos Offices nous y apporterions plus d'attention et de révérence. Ah non , pardonnez moy, certes il n'en seroit rien ; car si nous avions esté 11 Cor., xii, 2. ravis avec saint Paul jusqu'au troisiesme ciel *, voire si nous avions demeuré trente ans en Paradis, si la foy ne nous establit, tout cela n'y feroit rien. C'est une chose que j'ay souventefois pesée, que saint Pierre, saint Jacques et saint Jean, après avoir veu Nostre Seigneur en sa Transfiguration, ne laissèrent pas de le quitter en sa Mort et Passion.

Nous ne devrions jamais venir aux Offices, principalement nous autres qui les disons en chant, .sans faire des actes de contrition, et sans demander l'assistance du Saint Esprit, premier que de les commencer. O que nous sommes heureux de commencer à faire ça bas ce que nous ferons éternellement au Ciel, où nous conduisent le Père, le Fils et le Saint Esprit. Amen.

SERMON POUR LE DIMANCHE DES RAMEAUX 12 avril 1 6 1 5

Il me reste à déclarer la division qu'il y a en l'oraison, soit mentale soit vocale. Nous allons à Dieu en deux façons pour le prier, lesquelles nous sont toutes deux recommandées de Nostre Seigneur et commandées de nostre sainte Mère l'Eglise : à sçavoir, nous prions aucunefois immédiatement Dieu, et d'autres fois mediatement, comme quand nous disons les antiennes de Nostre Dame, le Salve Regina et autres. Quand nous prions immédiatement nous exerçons la confiance filiale qui est fondée sur la foy, l'espérance et la charité ; quand nous prions mediatement et par l'entremise de quelqu'autre, nous prattiquons la sainte humilité qui provient de la connoissance de nous mesme. Ouand nous allons immédiatement à Dieu nous protestons de sa bonté et de sa miséricorde en laquelle nous mettons toute nostre confiance ; mais quand nous prions mediatement et que nous implorons l'assistance de Nostre Dame, des Saints et Esprits bienheureux, c'est à fin d'estre mieux receus de la divine Majesté, et alors nous protestons de sa grandeur et toute puissance, et de la révérence que nous luy devons.

J'ay désir d'adjouster encores un mot au discours que je fis l'autre jour* de la révérence extérieure que nous * Vide png. 63. devons avoir en faisant oraison. Nostre Mère l'Eglise marque toutes les postures qu'elle veut que nous tenions en recitant l'Office : ores elle nous veut debout, ores assis et puis à genoux, ores descouverts et ores couverts;

Serm. III c

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mais toutes ces façons et postures ne sont autres choses que prières. Toutes les cérémonies de l'Eglise sont pleines de très grans mystères, et les âmes dévotes, humbles et simples ont une fort grande consolation à les voir. Que pensez-vous, je vous prie, que signifient les rameaux que nous portions aujourd'huy en nos mains ? Non autre, sinon que nous demandons à Dieu qu'il nous rende victorieux par le mérite de la victoire que Nostre Seigneur remporta sur l'arbre de la Croix.

Quand nous sommes aux Offices il faut que nous observions de nous tenir en la posture qui nous est marquée dans nos messels ; mais en nos oraisons particulières, quelle révérence y devons-nous garder ? Nous sommes devant Dieu comme aux communes, bien qu'aux communes nous devons avoir un soin particulier à cause de l'édification du prochain ; la révérence extérieure ayde beaucoup à l'intérieure. Nous avons plusieurs exemples qui tesmoignent comme nous devons nous tenir en une grande révérence extérieure faisant l'oraison, *Ephes., m, 14. bien qu'elle soit particulière. Escoutez saint Paul * : Je ployé mes genoux, dit-il, vers le Père de Nostre Seigneur Jésus Christ pour vous autres. Et ne voyezvous pas que le Sauveur mesme priant son Père se

* Matt., xxvi, 59; prosterne en terre * ?

Encores cet exemple. Je pense que vous sçavez que le grand saint Paul hermite demeura plusieurs dizaines d'années dans le désert, et saint Anthoine Testant allé voir, le trouva en oraison ; après il luy parla, puis se retira. Mais l'estant venu visiter pour la seconde fois, il le trouva en la mesme posture que la première, la teste levée et les yeux bandés contre le ciel, les mains jointes, et planté sur ses deux genoux. Saint Anthoine l'ayant desja long temps attendu, commença à s'estonner parce qu'il ne l'entendoit point souspirer comme il avoit accoustumé de faire, il levé les yeux, et le regardant à la face, il trouva qu'il estoit mort, et sembloit que son corps qui

* s. Hieron., Vita avoit tant prié estant en vie, priast encores après sa |- Pauli Eremitae, mort * £ref f jj faut que tout l'homme prie. David dit que

* Ps. xxvi, 8. toute sa face prioit *, que ses yeux esto}rent tellement

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