X. Pour le Dimanche des Rameaux
attentifs à regarder Dieu qu'il avoit la veùe toute atténuée *, et sa bouche baillante comme un oyselet qui * Pss. lxviii, 4,
. ... ■»»• . , LXXXVII, 10. Cf. Is.,
attend que sa mère le vienne rassasier. Mais en tout XXXVIII) M.
cas, la posture qui nous apporte le plus d'attention est
la meilleure. Ouy mesme la posture d'estre gisant est
bonne, et semble que d'elle mesme elle prie ; car ne
voyez-vous pas le saint homme Job couché sur son
fumier, faire une prière si excellente qu'elle mérite que
Dieu l'escoute * ? Or, cela soit dit ainsy**. *Job, ult, 9, 10.
t-.. . . ,-,. - **Cf. Défense de la
Parlons maintenant de 1 oraison mentale; et si vous Ooz'x, 1. m, c iv. le trouvez bon, je vous monstreray, par la comparaison du Temple de Salomon *, comme en l'ame il y a quatre * ci.Tr.deYAm.de
-r^ ™ , ., ., . , Dieu, 1. II, c. xii.
estages. En ce lemple il y avoit premièrement un porche, qui estoit destiné pour les Gentils, à fin que personne ne peust s'excuser d'adorer. C'est en quoy ce Temple estoit plus aggreable à la divine Majesté, d'autant qu'il n'y avoit nulle sorte de nation qui ne peust venir luy rendre ses hommages en ce lieu. Le second estage estoit destiné pour les Juifs, tant hommes que femmes, bien que par après on fit une séparation pour éviter les scandales qui pouvoyent arriver estant ainsy meslés. Ensuite, allant tousjours en remontant, il y avoit une autre place pour les prestres, et puis en fin finale l'estage destiné pour les Chérubins et le Maistre d'iceux, où reposoit l'Arche de l'alliance et où Dieu manifestait ses volontés, et celuy cy s'appelloit le Sancta Sanctorum.
En nos âmes il y a le premier estage, lequel est une certaine connoissance que nous avons par le moyen des sens, comme par nos yeux nous connoissons que tel objet est vert, rouge ou jaune. Mais après, il y a un degré ou estage qui est desja un peu plus haut, à sçavoir, une connoissance que nous avons par le moyen de la considération ; par exemple, un homme qui aura esté maltraitté en un lieu cherchera, par le moyen de la considération, comme il pourra faire pour n'y pas retourner. Le troisiesme estage est la connoissance que nous avons par la foy. Le quatriesme et le Sancta Sanctorum, c'est la fine pointe de nostre ame, que nous appelions esprit ;
68 Sermons recueillis
et pourveu que cette fine pointe regarde tousjours à Dieu, nous ne nous devons point troubler.
Les navires qui sont sur la mer ont toutes une aiguille marine laquelle estant touchée de l'aimant regarde tousjours l'estoille polaire, et encores que la barque s'en aille du costé du midy, l'aiguille marine ne laisse pourtant pas de regarder tousjours à son nord. Ainsy il semble aucunefois que l'ame s'en aille toute du costé du midy, tant elle est agitée de distractions; que néanmoins la fine pointe de l'esprit regarde tousjours à son Dieu, qui est son nord. Les personnes les plus avancées ont aucunefois de si grandes tentations, mesme de la foy, qu'il leur semble que toute l'ame consent, tellement elle est troublée ; elles n'ont que cette fine pointe qui résiste, et c'est cette partie de nous-mesme qui fait l'oraison mentale, car bien que toutes ses autres facultés et puissances soyent remplies de distractions, l'esprit, sa fine pointe, fait l'oraison.
Or, en l'oraison mentale il y a quatre parties, dont la première est la méditation, la seconde la contemplation, la troisiesme les eslancemens et la quatriesme une simple présence de Dieu. La première se fait par voye de méditation, en cette sorte : nous prenons un mystère, par exemple Nostre Seigneur crucifié, et puis nous Testant ainsy représenté, nous considérons ses vertus : l'amour qu'il a porté à son Père, lequel luy a fait souffrir
* Philip., h, 8. la mort, et la mort de la croix*, plustost que de luy
desplaire, ou pour mieux dire, à fin de luy complaire ; la grande douceur, humilité et patience avec laquelle il souffrit tant d'injures ; en fin sa grande charité à l'endroit de ceux qui le mirent à mort, priant pour eux emmy
* Lucae, xxm, 34. ses plus grandes douleurs *. Ayant ainsy considéré
toutes ces choses, nous venons à avoir nostre affection esmeûe d'un ardent désir de l'imiter en ses vertus ; puis, nous passons à prier le Père éternel qu'il nous rende
* Rom., vin, 29. conformes à son Fils *.
La méditation se fait comme les abeilles font et cueillent leur miel : elles vont cueillant le miel qui descend du ciel sur les fleurs et tirent un peu du suc des