X. Pour le Dimanche des Rameaux
mesmes fleurs, puis le portent dans leurs ruches. Ainsy nous allons picorant les vertus de Nostre Seigneur l'une après l'autre, pour en tirer l'affection d'imitation ; [ensuite nous les considérons toutes ensemble d'un seul
resrard par la contemplation.] Dieu à la création médita*; 'Cf. Tr.deVAm.de
6 F v , J ,., t 1 • 1 -i £>«>«,!. VI.c.v.
car ne voyez-vous pas qu après qu il eut crée le ciel il
dit qu'il estoit bon ? et tout de mesme fit-il après qu'il
eut créé la terre, les animaux, puis en fin l'homme. Il
trouva tout bon le regardant pièce à pièce, mais voyant
tout ce qu'il av oit fait ensemble, il dit que tout estoit
très bon*. *Gen.,i, 10-25, 3r-
L'Espouse, au Cantique des Cantiques*, après avoir * Cap. v, 9-16. loué son Bien- Aymé pour la beauté de ses yeux, de ses lèvres, bref de tous ses membres l'un après l'autre, elle conclut en cette sorte : O que mon Bien-Aymé est beau, o que je Tayme, il est mon très cher ! C'est icy la contemplation, car à force de considérer mystère après mystère combien Dieu est bon, nous venons à faire comme les cordons de nos bateaux. Quand l'on rame fortement, ces cordons se chauffent tellement que si l'on ne les mouille le feu s'y prendroit ; mais nostre ame s'eschauffant à aymer Celuy qu'elle a reconneu tant aymable, continue à le regarder parce qu'elle se complaist tousjours davantage à le voir tant beau et tant bon.
L'Espoux, au Cantique des Cantiques*, dit : Venez, * Ibid., $. 1; juxta
t.. > >} .77 • 7 ., Septuag. et Patres.
mes bien-aymes, car j ay cueilli ma myrrhe, j ay 5
mangé mon pain et mon bornai avec son miel, j'ay beu mon vin avec mon lait. Venez, mes bien-aymés, et mangez, enivrez-vous, mes très chers*. Ces paroles * ctTr.deVAm.de nous représentent les mystères qui se vont célébrer ces leu' ' ' c* VI* semaines suivantes. J'ay cueilli ma myrrhe, fay mangé mon pain ; ce fut en la Mort et Passion du Sauveur. y tfjy mangé mon miel avec mon bornai; ce fut lors qu'il reunit son ame avec son corps. En fin l'Espoux adjouste : mon vin avec mon lait. Le vin représente la joye de sa Résurrection, et le lait, la douceur de sa conversation. Il les a beus ensemble, car il demeura sur la terre Vespace de quarante jours après sa Résurrection *, visitant ses disciples, leur faisant toucher ses * Act., 1, 3.
Sermons recueillis
playes et mangeant avec eux. Or, quand il dit : Mange\, mes bien-aymés, il veut dire méditez; car ne sçavez-vous pas que pour rendre la viande capable d'estre avalée il la faut premièrement mascher et amenuiser, et la jetter tantost d'un costé de la bouche et tantost de l'autre ? Ainsy faut il que nous fassions des mystères de Nostre Seigneur : il faut que nous les maschions et roulions plusieurs fois dans nostre entendement, premier que d'eschauffer nostre volonté et passer à la contemplation. L'Espoux conclut par après : Enivrez-vous, mes très chers ; et qu'est-ce qu'il veut dire? Vous sçavez bien que l'on n'a pas accoustumé de mascher le vin, ains on ne fait que l'avaler ; ce qui nous représente la contemplation en laquelle on ne masche plus, ains on ne fait qu'avaler. Vous avez assez médité que je suis bon, semble dire l'Espoux divin à sa bien-aymée, regardez-moy, et vous délectez à voir que je le suis.
Saint François passa une nuit à repeter : Vous estes « mon tout *. » Il prononçoit ces parolles estant en contemplation, comme voulant dire : Je vous ay considéré pièce à pièce, o mon Seigneur, et j'ay trouvé que vous estiez très aymable ; maintenant je vous regarde et vois que vous estes « mon tout. » Saint Bruno se contentoit de dire : O bonté ! Et saint Augustin * : « O beauté ancienne et nouvelle ! » Vous estes ancienne parce que vous estes éternelle, mais vous estes nouvelle parce que vous apportez une nouvelle suavité à mon cœur. •Cf. Tr.de VAm.de C'estoyent des parolles de contemplation *.
Venons à la troisiesme partie de l'oraison mentale qui se fait par voye d'eslancemens. De celle cy personne ne s'en peut excuser, parce qu'elle se peut faire en allant et venant, en ses affaires. Vous me dites que vous n'avez pas le temps de faire deux ou trois heures d'oraison ; qui vous en parle ? Recommandez-vous à Dieu dès le matin, protestez que vous ne le voulez point offenser, et puis vous en allez à vos affaires, résolue de faire néanmoins plusieurs eslevations de vostre esprit en Dieu, voire emmi les compagnies. Qui vous empesche de luy parler au fond de vostre cœur, puisqu'il n'importe que
* Chronica Fratr.
Min., 1. I, c. vin.
* Confess., 1. X, c
Dieu, 1. VI, c. v.