X. Pour le Dimanche des Rameaux
vous luy parliez mentalement ou vocalement? Dites des paroles courtes mais ferventes. Celle que repetoit saint François est excellente, bien que ce fust une parole de contemplation, parce qu'elle continuoit comme un fleuve qui va tousjours coulant. Il est vray que de dire à Dieu : Vous estes « mon tout, » et vouloir quelque autre chose que luy, ce ne seroit pas bien, parce qu'il faut que les paroles soyent conformes aux sentimens du cœur. Mais dire à Dieu : Je vous ayme, encores que nous n'ayons pas un grand sentiment d'amour, nous ne devons pas laisser de le dire, parce que nous voulons et avons un grand désir de l'aymer.
Un bon moyen pour nous accoustumer à faire ces eslancemens est de prendre le Pater de suite, choisissant une sentence pour chacun jour. Par exemple, vous avez pris aujourd'huy : Pater noster qui es in cœlis ; vous direz donques la première fois : Mon Père, qui estes au Ciel ; et un quart d'heure après vous direz : Si vous estes mon Père, quand seray-je parfaittement vostre fille? Ainsy vous irez continuant de quart d'heure à autre vostre oraison. Les saints Pères qui vivoyent au désert, ces anciens et vrays Religieux, estoj^ent si soigneux de faire ces oraisons et eslancemens, que saint Hierosme raconte * que quand on alloit les visiter on entendoit * Cf. Ep. cvm, ad
11 ' A' -4. \r «. -rk- 4. 4- *~ Eustoch.,§§ 14,18;
1 un qui disoit : Vous estes, o mon Dieu, tout ce que je Régula? Monac. (in désire; l'autre : Quand seray-je tout vostre, o mon APPend-)> c- "■ Dieu ? et l'autre repetoit : Deus in adjutorium meum intende*. En fin on entendoit une harmonie fort aggrea- * Ps. lxix, r. ble de la diversité de leurs voix. Mais vous me direz : Si l'on prononce ces parolles vocalement , pourquoy l'appellez-vous oraison mentale ? Parce qu'elle se fait aussi mentalement et qu'elle part premièrement du cœur.
L'Espoux dit au Cantique des Cantiques * que sa bien- * Cap., iv, 9; juxta aymée luy a ravi le cœur par un de ses yeux et par un de ses cheveux qui pend dessus son col. Ces parolles sont un carquoy qui est plein de très aggreables et très douces interprétations ; en voicy une bien aymable. Quand un mari et une femme ont des affaires en leur mesnage qui les contraignent de se séparer, s'il arrive
Septuag.
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par hasard qu'ils se rencontrent, ils se regardent un peu en passant, mais ce n'est que d'un œil, parce que, se rencontrant de costé, l'on ne peut pas bonnement le faire des deux. Ainsy cet Espoux veut-il dire : Quoy que ma bien-aymée soit fort occupée, si ne laisse-t-elle pas de me regarder d'un œil, me protestant par ce regard qu'elle est toute mienne. Elle m'a ravi le cœur par un de ses cheveux qui pend sur son col, c'est à dire par une pensée qui descend du costé de son cœur.
Nous ne parlerons pas pour maintenant de la quatriesme partie de l'oraison mentale. O que nous serons heureux si nous parvenons jamais au Ciel ; car nous y méditerons, regardant et considérant toutes les œuvres de Dieu par le menu, et nous les trouverons toutes bonnes; nous contemplerons, les voyant toutes ensemble Vide supra, p.69. très bonnes *, et nous nous eslancerons éternellement en luy. C'est là où je vous désire. Ainsy soit-il.
SERMON POUR LA FÊTE DE SAINT JEAN PORTE-LATINE 6 mai 1616 ou 16 17 (T)
La sainte Eglise célèbre aujourd'huy l'une des festes du glorieux saint Jean l'Evangeliste. Je remarque que l'Evangile * raconte les imperfections et péchés de ce *Matt.,xx, 20-23. bienheureux Saint, et l'une de ses plus grandes tares, qui est, comme l'on tient, son ambition et présomption, au lieu de raconter ses perfections, vertus et excellences; au lieu de le louer et exalter, il semble qu'il le blasme et vitupère. J'admire ceux qui ont escrit ces choses. Les personnes du monde lors qu'elles veulent louer quelqu'un qu'elles ayment, racontent tousjours ses vertus, perfections et excellences, tous les tiltres et qualités qui le rendent honnorable, et cachent, couvrent et ensevelissent ses péchés et imperfections, mettant en oubli ce qui le peut rendre abject et vil. Mais nostre Mère l'Eglise, Espouse de Jésus Christ, fait tout au contraire; car bien qu'elle ayme uniquement ses enfans, néanmoins lors qu'elle les veut louer et exalter, elle raconte exactement les péchés qu'ils ont commis avant leur conversion, à fin de magnifier la majesté de Celuy qui les a sanctifiés pour sa plus grande gloire et honneur,
( 1 ) La manière si nette, si positive dont il est parlé du Cœur de Jésus dans ce sermon donne à croire qu'il remonte au temps où ce divin Cœur favorisait la Visitation naissante de ses premières communications. La Mère Anne-Marie Rosset, reçue au Ier Monastère d'Annecy dans l'automne de 1612, en fut spécialement honorée presque au début de sa vie religieuse. Néanmoins ce sermon ne peut être antérieur aux années 1616 ou 1617 ; car le 6 mai 1613, saint François de Sales se trouvait à Turin ; l'année suivante, la fête de saint Jean Porte-Latine coïncidait avec l'Ascension, et en 161 5, le saint Evêque était à cette époque occupé à présider son Synode.
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faisant reluire sa miséricorde infinie avec laquelle il les a relevés de leurs misères et péchés, les comblant de tant de grâces et de son saint amour.
Certes, cette bonne Mère ne veut pas que nous nous estonnions et mettions en peine de ce que nous avons esté, des grans péchés que nous avons commis autrefois, ni de nos misères présentes ; o non, pourveu que nous ayons maintenant une resolution ferme et inviolable d'estre tout à Dieu et d'embrasser à bon escient la perfection et tous les moyens qui nous peuvent faire avancer en l'amour sacré, faisant que cette resolution soit efficace et produise des œuvres. Non certes, nos misères et nos foiblesses, pour grandes qu'elles soyent et ayent esté, ne nous doivent pas descourager, mais nous doivent faire abaisser et nous jetter entre les bras de la miséricorde divine, laquelle sera d'autant plus glorifiée en nous que nos misères seront plus grandes, si nous venons à nous en relever ; ce que nous devons espérer de faire moyennant sa sainte grâce.
*DePœnit.,hom.ii, Le grand saint Chrysostome * parlant de saint Paul le
8 5; cf. Serm. in S. . .. . . ...
Paui.,apudSurium loue le plus pertinemment qu'il se peut, et avec tant viL^urexCornlïî d'honneur et d'estime que c'est chose admirable de voir (Comm.in il Cor., comme il raconte ses vertus, perfections, excellences,
x, 10) qui laudat
etiam Nicephor., les prérogatives et grâces desquelles Dieu l'a orné et Hist.,i.ll,c.xxxvn. enriclli jyiais après tout cecy, ce mesme Saint, pour
faire voir que ces dons ne venoyent pas de luy, mais de la bonté infinie de la divine Majesté qui l'avoit fait ce qu'il estoit, il parle de ses défauts et raconte exactement ses péchés et imperfections, disant : Voyez- vous ce petit bossu et contrefait (car il estoit petit de stature comme de mauvaise mine), comme Dieu en a fait un *Act, ix, 15. vaisseau d'élection*; ce grand pécheur et grand per-
sécuteur des Chrestiens, comme il l'a rendu de loup aigneau ; ce chagrin, cet opiniastre, cet orgueilleux et ambitieux, comme il l'a comblé et rempli de tant de grâces et bénédictions, le rendant si humble et charitable qu'il dit de soy qu'il est le moindre et le plus petit des ••iTimV,^?' Apostres* et le plus grand des pécheurs**, et qu'il se M Cor., ix, 22. fait tout à tous pour les gagner tous*. Et il dit encores,