‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 40 sur 273 · XI. Pour la fête de saint Jean Porte-Latine · texte numérisé non relu

XI. Pour la fête de saint Jean Porte-Latine

ce glorieux Saint* : Qui est malade avec lequel je ne * il Cor., xi, 29; cf.

1 * ** • a 1 • 1 -i 1 - • -v Rom., xii, 15.

sots malade r qui est triste avec lequel je ne sois triste ? qui est joyeux avec lequel je ne me resjouisse ? qui est scandalisé avec lequel je ne sois bruslé ? Certes, les anciens qui escrivoyent les vies des Saints estoyent très exacts à rechercher leurs défauts et péchés, les racontant et déclarant à fin d'exalter et magnifier Nostre Seigneur qui estoit glorifié en eux, les ayant relevés de leurs misères, convertis et faits des grans Saints.

Revenons maintenant à nostre glorieux et tout aymable saint Jean. Il avoit certes fort peu de tares et imperfections, estant si pur et si chaste. Il estoit encores jeune lors qu'il fut préoccupé, avec son frère saint Jacques, de cette sotte affection d'ambition de vouloir estre l'un à la dextre et Vautre à la senestre de Nostre Seigneur. Il est à croire qu'ils concertèrent eux deux comme ils feroyent pour parvenir en cette dignité ; ils ne vouloyent pas la demander, o non, car les ambitieux, de peur d'estre estimés tels, n'ont garde de demander eux mesmes l'honneur. Ils trouvent donques un expédient entre eux, disant : Nostre mère est une bonne femme qui nous affectionne grandement, elle fera bien cela pour nous ; et nostre Maistre nous ayme bien, il nous accordera sans doute cette faveur. Il est vray qu'il les aymoit grandement, spécialement saint Jean, son bienaymé Disciple, qui estoit le cœur le plus aymable que l'on peust s'imaginer. Ils vont donques prier leur mère de faire cette requeste ; elle, qui estoit toute désireuse du bonheur de ses enfans, s'en va trouver Nostre Seigneur pour ce sujet, comme dit un des Evangelistes *, * Matt., ubi supra, et, rusée comme un petit renardeau, elle va autour de ses pieds avec tant de génuflexions et d'humiliations, elle se prosterne devant luy pour gagner ses bonnes grâces à fin qu'il luy donnast ce qu'elle souhaittoit de luy.

Ce divin Sauveur la voyant luy dit : Que demandezvous? Et elle respondit : Une petite chose ay-je à vous demander, Seigneur. Voyez-vous cette bonne femme, comme elle fait mille tours et retours, n'allant point simplement. Or, c'est l'amour propre qui faisoit cela ;

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elle n'avoit garde de luy dire : Je veux une telle chose, octroyez-moy cette grâce; o non, car l'amour propre est plus sage et discret que cela, il fait faire des préambules et harangues bien composées, avec une humilité feinte et fausse, à fin que l'on pense que nous sommes bien braves et prudens. C'est une mauvaise beste qui nous porte beaucoup de dommage, nous empeschant d'aller simplement et rondement en toutes nos actions, nous faisant chercher nostre propre interest et satisfaction en toutes choses. Il s'en trouve fort peu, voire mesme entre les plus spirituels, qui regardent purement Dieu sans rechercher leur propre contentement, ne désirant que le contenter et non se contenter soy mesme.

Il luy dit donques : Que voule^ vous ? car le Sauveur ne se plaisoit point à tant de discours, luy qui ayme uniquement la simplicité. Elle repartit : Seigneur, je demande que mes en fans soyent assis, Vun à ta dextre, l'autre à ta senestre en ton royaume. Et ses enfans qui estoyent avec elle adjousterent : Nous voulons, Seigneur, que tout ce que nous vous demanderons Marc, x, 35. vous nous le donniez *. Voyez-vous que nostre misère est grande ! Nous voulons que Dieu fasse nostre volonté, et nous ne voulons pas faire la sienne sinon lors qu'elle se trouve conforme à la nostre. La pluspart de nous autres, si nous nous examinons bien, nous trouverons que nos demandes sont grandement impures et imparfaites : si nous sommes à l'oraison, nous voulons que Dieu nous parle, qu'il nous vienne visiter, consoler et recréer, nous luy disons qu'il fasse cecy, qu'il nous donne cela ; et s'il ne le fait pas, quoy que pour nostre plus grand bien, nous nous en inquiétons, troublons et affligeons.

Nostre ame a deux enfans, l'un desquels est le propre jugement et l'autre la propre volonté, et veulent tous deux estre assis, le jugement à la dextre et la volonté à la senestre. Ouy, car nostre jugement veut gaigner par dessus tous les autres et ne se veut point sousmettre, ni nostre propre volonté non plus. Il s'en trouve plusieurs qui obéissent, mais extrêmement peu qui sousmettent leur jugement et quittent entièrement leur volonté. Il

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