XIII. Pour la fête de Notre-Dame des Neiges
seulement se tourner et abandonner à Dieu à demi, mais tout entières ; elles mesmes et tout ce qui en dépend : les feuilles des vaines espérances que le monde donne, la fleur de leur pureté et les fruits de tout ce qu'elles feront et posséderont à jamais.
Elles disent à Nostre Seigneur, à l'imitation du grand saint Paul* : Seigneur, que vous plaist-il que je *Act., ix, 6. fasse ? Et ayant dit cela, elles se sousmettent à la conduite de leurs Supérieurs, pour ne jamais plus estre maistresses d'elles mesmes ni de leur volonté, évitant par ce moyen la sentence du grand saint Bernard* qui * Epist. lxxxvh, ad asseure que « celuy qui se gouverne soy mesme est gou- ger'' 7' verné par un grand sot. » Hé, pourquoy voudrions-nous estre maistres de nous mesme pour ce qui regarde l'esprit, puisque nous ne le sommes pour ce qui est du corps ? Ne sçavons-nous pas que les médecins lors qu'ils sont malades appellent d'autres médecins pour juger des remèdes qui leur sont propres ? De mesme les advocats ne plaident pas leur cause, d'autant que l'amour propre a accoustumé de troubler la rayson.
Je considère maintenant que ce ne fut pas sans rayson que la neige fut la marque de la vérité de la révélation faite à ce bon homme Jean et sa femme. Nostre Seigneur pouvoit bien faire tomber de la manne comme il fit anciennement au désert pour les Israélites *, ou bien * Exod., xvi, 14. couvrir des plus belles fleurs cette place qu'il avoit choisie ; mais il ne le voulut pas, d'autant qu'es qualités de la neige se peuvent retrouver les conditions nécessaires aux âmes qu'il a esleùes pour estre plus spécialement siennes en la Religion. Premièrement, je remarque la blancheur de la neige; secondement, son obéissance; troisiesmement, sa fécondité. Je laisse tout plein d'autres propriétés, comme seroit de dire qu'elle ne tombe jamais dessus la mer, au moins dessus la haute mer ; et je pourrois adjouster que de mesme la sacrée et particulière inspiration de se donner à Dieu sans reserve ne tombe point sur les âmes qui voguent sur la haute mer de ce misérable monde et qui y sont eslevées sur les plus hautes dignités. Je sçay bien qu'il s'en est trouvé, comme
Sermons recueillis
sainte Magdeleine, saint Matthieu et les autres ; de raesme un saint Louys, une sainte Elizabeth ; mais tous ceux-là sont rares , et partant nous pouvons bien dire que si cette bienheureuse inspiration y tombe, c'est très rarement.
Nous faisons comparaison de la blancheur de la neige à la blancheur d'une ame pure parce qu'elle surpasse toute autre blancheur ; et qu'il ne soit vray, vous le
Matt, xvn, 1-9. verrez demain en l'Evangile* où il est dit que Nostre Seigneur estant transfiguré, ses vestemens devinrent blancs comme neige. Cela monstre assez qu'il ne se trouvoit rien de plus blanc. Escoutez le Psalmiste royal
Ps. l, 9. David *, lors que se plaignant à Dieu dequoy son ame
estoit devenue par le péché plus noire qu'un éthiopien, il le prie qu'il luy plaise l'arrouser de son hyssope, et par ce moyen elle sera rendue plus blanche que la neige.
Or, les âmes divinement appellées à Testât de Religion sont rendues blanches comme la neige, car par le vœu de chasteté elles renoncent à tous les playsirs de la chair, tant licites que illicites ; et par après leur viennent en contreschange les playsirs et contentemens
Ps. xxvi, 4. de l'esprit. Le saint Prophète * disoit au Seigneur :
Une chose vous ay-je demandée, c'est celle que je requiers encores, que vous me meniez en vostre saint temple, à fin que là je jouisse de vostre volupté. Comme s'il vouloit dire que nul ne jouira des chères caresses ni des délicieux playsirs de Nostre Seigneur, que ceux qui renonceront à tous les vains playsirs de la chair et du monde, puisqu'on ne sçauroit posséder les uns et les autres tout ensemble. Il est pourtant véritable que le Sauveur ayant deux mammelles, nourrit tous ses enfans de la miséricorde qui en distille. C'est en effect une certaine liqueur de miséricorde qui retire le pécheur de son iniquité et la luy pardonne ; mais l'autre de ses mammelles dont il nourrit les parfaits et les perfectionne tousjours davantage, jette une liqueur plus douce que
'Ps. xviii, h. le miel* et plus suave que le nectar et l'ambroisie ; elle
est toute sucrée. Bienheureuses donc sont telles âmes