XIV. Pour la fête de l'Archange saint Michel
si bien nous y avons esté portés par quelque mauvaise fin, intention et affection impure, Dieu sçaura sans doute convertir le mal en bien, si nous luy sommes fidelles. Nous devons donques demeurer stables, sans permettre à nostre esprit de varier ou penser que nous servirions mieux Nostre Seigneur et ferions mieux nostre salut en une autre Religion *. Quand nous serions en une * Cî.Tr. de i' Am.de
0 Dieu, 1. VIII, c. xi;
autre Religion nous voudrions encor estre en une autre, Les Entretiens, \M\ et ainsy nous ne ferions que changer. Il ne faut point *£ vaJt*' pp' 322' penser que nous soyons plus aggreables à Dieu par un autre exercice que par celuy-cy, car sa volonté est que nous fassions celuy-là ; partant nous le devons faire de bon cœur, et non pas en désirer un autre, où nous ne trouverons peut estre pas sa volonté mais la nostre, et ce, à nostre confusion.
Il y a des personnes si bigearres ! Plusieurs parlent de la bigearrerie, mais peu sçavent que c'est que d'estre bigearre : je veux l'expliquer et donner à entendre. Les bigearres ce sont des personnes qui n'ont point de stabilité et fermeté en leurs resolutions, qui ne font autre chose que varier et faire divers desseins, sans les effectuer avec la maturité et considération convenables ; c'est pourquoy elles changent à tous propos sans s'arrester à rien. Quand nous voyons une robbe composée de rouge, de blanc, de vert, nous disons qu'elle est bigarrée ; de mesme, quand nous voyons des personnes qui ont divers desseins et resolutions, ne s'arrestant à rien, nous disons qu'elles sont bigearres, parce qu'elles sont habillées de diverses couleurs : tantost de jaune, voulant une chose, tantost de rouge, en voulant une autre. Aujourd'huy ils veulent estre d'une Religion, et demain d'une autre; ils se plaisent aujourd'huy en la compagnie d'une personne, demain ils s'y desplairont et ne la voudront plus voir ni ouïr parler ; ils ayment à cette heure une chose, tantost ils l'abhorreront*. Nous avons tous * Cf. Entretien II I. grand sujet de nous humilier, car ce sont des effects de la foiblesse et niaiserie de l'esprit humain. Ha, je ne dis pas que nous puissions empescher cela et que nous n'ayons point de tentations, mais je dis qu'il faut, avec
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la partie supérieure de nostre ame, nous serrer auprès de Dieu et demeurer fermes en nos resolutions. Nous devrions penser et regarder cent fois le jour comme nous prattiquons et conservons la sainte humilité ; car si nous la conservons bien nous conserverons aussi nostre vocation et nos bons propos.
Vous sçavez que chacun vit et se nourrit mieux en mangeant de la chair parce qu'elle a plus de rapport avec la substance de nos corps. Or, l'aliment qui a le plus de rapport "avec la nature des Anges, c'est la volonté •Ps.cn, ai. de Dieu*. Ils se nourrissent donques de la resolution
•Cf. joan.,iv, 34. qu'ils ont de servir Dieu, et sa volonté est leur viande *; car le Seigneur les ayant créés, il leur monstra en un instant le bien et le mal, pour qu'ils eussent à choisir l'un ou l'autre. Lucifer et ceux de sa suite ne se voulurent point sousmettre au vouloir divin ni se déterminer à servir Dieu éternellement ; mais desirans, par orgueil et présomption, d'estre semblables à luy, ils se demandèrent pourquoy le Verbe éternel ne prenoit leur nature, à fin qu'ils luy devinssent esgaux. Lors saint Michel, comme en reprenant Lucifer de sa témérité, luy dit :
* Hugo, Comm. in Qui est semblable à Dieu*? et par cette parolle le fit Gregi'Sg?," nom", tresbucher avec sa malheureuse trouppe au profond xxxivinEvang.,§o. ^ s enfers*t Le glorieux Archange au contraire, et tous
* ls., xiv, 11, 14, 15; 70 o
Apoc, xii, 7-9. ceux de sa compagnie, reconnoissans qu'ils n'estoyent rien au prix de Dieu, firent en un moment, et avec tant de perfection et stabilité, la resolution cuite sous la cendre de la sainte humilité, qu'ils se sousmirent à la divine Majesté pour luy estre éternellement dédiés et accomplir ses saintes volontés non seulement aux choses
* Cf. Tr. de v Am.de excellentes, mais aux plus viles et abjectes*. Ils firent Dieu, 1. x, c. vu. a|ors jes vœuXj se liant estroittement à luy pour le servir
à jamais ; et la resolution des Esprits angeliques, cuite sous la cendre de l'humilité, les a faits ce qu'ils sont et rendus éternellement heureux.
Nostre Seigneur mesme nous a monstre par son exemple comme nous devons demeurer fermes en nos
* Heb., x, 5-7 ; Ps. resolutions ; car dès l'instant de sa conception * il fit celle xxxix, 9. ^ nous racheter et s'humilier jusques à la mort de