‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 63 sur 273 · XV. Pour la fête de la Toussaint · texte numérisé non relu

XV. Pour la fête de la Toussaint

en cette vie, et pour vous inciter par ce discours à mespriser et retirer vos affections de toutes les choses créées, puisque, comme l'escrit saint Jean en son Apocalypse *, le ciel et la terre passeront, c'est à sçavoir *Cap. xxi, 1,4. que tout ce qui est ça bas prendra fin.

Or, pour vous dire quelque chose de cette gloire, je me serviray d'une histoire qui est rapportée au premier chapitre du Livre d'Esther *. Là il est raconté que le roy * Vers. 1-8. Assuerus fit un festin le plus admirable qui se puisse voir et entendre, car toutes les conditions requises et qui se peuvent souhaitter en un banquet pour le rendre insigne et remarquable se trouvèrent en iceluy. En premier lieu, celuy qui le faisoit estoit roy de cent vingt sept provinces, et il y fut présent, d'autant que c'est une des principales pièces du convive que celuy qui le fait y prenne part , mais sur tout lors que c'est une personne de qualité royale. Quant aux viandes, elles estoyent des plus excellentes ; les vins, les plus exquis et délicieux qui se peussent trouver. Ceux qui servoyent à ce festin estoyent des personnes constituées par le roy, lesquelles s'acquittoyent fort soigneusement de leur office. Le lieu où se faisoit ce festin estoit le plus beau et magnifique : les piliers estoyent de marbre, le pavé d'esmeraudes, les tapisseries toutes rehaussées de soye, de fil d'or et d'argent, le plancher tout azuré. Il y avoit des couches battues d'or et d'argent; les musiques les plus belles et accomplies des instrumens et accords les plus harmonieux ; les parterres les plus artificieux et diaprés d'une variété innombrable de fleurs. Les invités estoyent les plus grans princes de cette contrée, et le festin dura cent et quatre vingts jours avec toute cette grande magnificence. En somme, l'Escriture le raconte comme la chose la plus excellente qui se puisse dire.

Je n'ay point trouvé d'histoire et de discours plus propre pour vous représenter la gloire et félicité des Saints que ce banquet du roy Assuerus, puisque cette félicité n'est autre qu'un festin ou banquet auquel nous sommes invités * et où ceux qui sont receus sont rassasiés *Lucae, xu, 37, xiv, et assouvis de toutes sortes de délices. Mais certes, r 5> x 6î Apoc. , xix,9.

Serm. III

114 Sermons recueillis

quand je viens à comparer ce banquet à celuy du roy Assuerus, je trouve que celuy-là n'est rien au prix de celuy-cy ; aussi n'y a-t-il rien à quoy il puisse estre parangonné. En ce festin de V Aigneait sans macule, *Apoc, xix, 7-9; comme dit saint Jean*, se rencontre tout ce que nous

I Pétri, 1, 19. ,

avons remarque en celuy d Assuerus ; mais en une façon beaucoup plus excellente, parce qu'en iceluy sont jointes ensemblement toutes les conditions requises pour rendre un banquet magnifique et du tout admirable. Celuy qui le fait est Dieu mesme, qui surpasse en grandeur et dignité tout ce qui est et peut estre, et cette personne royale et divine assiste au festin, mais qui plus est, il *joan.,vi, 50, 51,56. est luy mesme la viande * qui repaist et rassasie les conviés et esleus par les admirables communications qu'il fait de soy mesme. Les assistans et personnes qui servent ce sont les Anges, Archanges et autres Esprits célestes que Dieu a nommés et destinés à ce service. De parler de la beauté du lieu où se fait le festin c'est impossible ; mais pour les autres choses qui s'y retrouvent nous les expliquerons par le menu et dirons un mot sur chacune de ses circonstances et conditions, si Dieu nous fait la grâce de nous en souvenir.

Et pour commencer par la chose principale, Dieu qui fait ce festin se trouve en iceluy et il est luy mesme la viande qui rassasie ceux qui y sont conviés ; car là est

* Cap. 1, 29. V Aigneau, dit saint Jean *, qui oste le péché du monde; *Cap.,xi,i9;Apoc, c'est cet Aigneau de Hieremie*, qui a esté occis pour

les péchés du monde, c'est luy qui les a effacés et remis et qui s'est fait la nourriture de ses esleus. Or, c'est une chose toute claire et hors de doute et de controverse que la félicité des Bienheureux, ainsy que les théologiens

* Cf. S. Thom., I* enseignent* consiste en la vision de Dieu, comme au

, qu. m, ar .vin. contrajre ja peine des damnés qu'on appelle du dam, consiste en la privation de cette claire vision. Mais outre cette gloire essentielle il y en a encores une accidentelle, qui est celle que les Bienheureux reçoivent par accident, comme les damnés, outre la peine du dam, en ont encores une autre que l'on appelle du sens.

Disons un mot de cette gloire essentielle qui consiste

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