‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 64 sur 273 · XV. Pour la fête de la Toussaint · texte numérisé non relu

XV. Pour la fête de la Toussaint

à voir clairement Dieu tel qu'il est *, sans ombre ni * I Joan., m, 2. figure. L'on voit en cette gloire des choses si relevées et excellentes que Dieu, avec l'infinité de sa toute puissance, n'en peut pas produire de plus grandes. La première c'est la Divinité, à sçavoir Dieu luy mesme ; la seconde c'est la maternité de la Sainte Vierge, nostre souveraine Mère et Maistresse ; la troisiesme c'est la gloire elle-mesme, de laquelle Dieu est le souverain objet.

Quant à la première chose qui fait la gloire essentielle des Saints, qui est la Divinité, il ne se peut rien voir ni rien ne peut estre de plus grand, Dieu estant, comme disent les théologiens, un Estre par dessus tout estre, un acte très pur et très simple. Rien n'est plus grand que Dieu avec l'infinité de sa puissance, et il ne peut rien créer de plus haut que luy mesme ; car s'il pouvoit créer quelqu'autre plus grand ou plus haut que luy il ne seroit pas Dieu, puisque Dieu est un Estre par dessus tout estre, que nul ne peut esgaler. Tous les théologiens sont d'accord en cecy et n'y a point sujet d'aucune dispute, cela estant tout clair.

La seconde chose est la maternité de la Sainte Vierge, qui est l'œuvre la plus excellente que la toute puissance du Seigneur puisse opérer en une simple créature (r) ; car, comme pouvoit-il l'eslever plus haut que de la faire Mère de Dieu, c'est à dire de luy mesme*? *Cf. Lucas, r, 35.

La troisiesme chose est la gloire, gloire la plus grande qui se puisse créer, puisqu'elle a pour objet Dieu mesme, qui est une clarté et lumière increée par laquelle on voit toutes les autres lumières*, lesquelles sortent de celle *CfPs. xxxv, 10. cy comme de leur source et origine sans la pouvoir tant soit peu intéresser.

( 1 ) Un autre mystère incontestablement supérieur à celui-ci est l'union hypostatique du Verbe avec la nature humaine. Il est probable que le saint Auteur l'a indiqué ici comme il Ta fait plus loin (voir p. 117), et que ses paroles à ce sujet n'ont pas été recueillies. C'est ce qu'a supposé l'éditeur de 1641, et en conséquence, il s'est cru en droit d'introduire de son chef un paragraphe supplémentaire que rien ne justifie dans le Manuscrit original. Il nous a semblé préférable, tout en constatant la lacune, de nous en tenir à la stricte reproduction de ce Manuscrit.

n6 Sermons recueillis

Or les Bienheureux jouissent de ces trois choses si grandes et eminentes. Là ils woyent face à face, clairement, nettement, sans ombre, image ni figure, Dieu trin

* I Cor., xni, 12. et un, non par énigme* mais tel qu'il est**, avec

**Vide pag. praeced. ° 77.*

*Ps. supra cit.; cf. une telle clarté qu'on voit la lumière en la lumière*. Ils voyent en icelle la grandeur et excellence de la maternité de la Vierge, et encores quelle et combien grande est la gloire que Dieu donne à ses esleus. En cette claire vision de Dieu ils descouvrent et viennent à l'intelligence des autres plus hauts et plus inscrutables mystères, dont ils ont la connoissance avec une telle allégresse qu'ils n'en peuvent souhaitter ni désirer de plus grande. C'est là qu'ils reçoivent la mesure pleine,

* Lucas, vi, 38. et comble, et qui regorge de toutes parts*, parce que

la joye et liesse dont ils jouissent en cette gloire essentielle par la connoissance des plus profonds mystères les rassasie très parfaittement. Hé, combien pensez-vous qu'ils ressentent de suavité en la claire veuë du mystère ineffable de la très sainte Trinité, de l'éternité du Père, du Fils et du Saint Esprit ? Quelle joye de comprendre que le Fils n'est pas moindre que le Père, que le Père pour estre Père n'est point plus grand que le Fils, et que le Saint Esprit est en tout esgal au Père et au Fils ! Quelle suavité de voir que le Fils est éternel et aussi ancien que le Père, et le Saint Esprit aussi bien que le Père et le Fils , et que ces trois Personnes ayant une mesme essence, ne font qu'un seul Dieu !

* Vide Ribad.,c. vu. Je lisois hier en la Vie du bienheureux Ignace*, fon-

dateur des Jésuites, que Dieu luy descouvrit un jour le mystère de l'ineffable et très adorable Trinité, de laquelle vision il receut tant de clarté et de lumière en son entendement qu'il en faisoit despuis des discours les plus relevés qui se puissent entendre ; et demeura plusieurs jours à escrire ce qu'il avoit appris, remplissant divers cahiers des choses plus hautes et plus subtiles qui soyent en la théologie. Ce qui monstre que Dieu luy fit connoistre de ce divin mystère tout ce qui s'en peut connoistre en cette vie, si que cette vérité demeura si fort gravée en son cœur et en son esprit, qu'il eut dès lors une

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