‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 65 sur 273 · XV. Pour la fête de la Toussaint · texte numérisé non relu

XV. Pour la fête de la Toussaint

singulière dévotion au sacré mystère de l'adorable Trinité, se fondant de joye toutes les fois qu'il en avoit le souvenir. Que si ce Saint receut tant de consolation par cette vision , quelle pensez-vous doit estre celle des Bienheureux en la claire veuë de ce mystère ineffable ?

Ils voyent encores ce nœud indissoluble avec lequel l'humanité est jointe et unie avec la Divinité, cette œuvre incomparable de l'Incarnation en laquelle Dieu s'est fait homme et l'homme est fait Dieu. Ils entendent clairement comme ce mystère s'est accompli, comme le Verbe a pris chair humaine au ventre de la Vierge, sans faire aucune bresche à sa virginité, la laissant toute pure et toute nette, sans offencer en rien son intégrité virginale *. *cf. Tr.deVAm.de Quelle félicité et quelle joye de voir encores le fruit et Dieu> l- ni> c- X1I« l'utilité de l'usage des Sacremens, car c'est là où l'on conçoit comment la grâce se communique par iceux selon la correspondance que l'on y apporte; comme les uns la reçoivent, les autres la rejettent, comme Dieu donne sa grâce efficace aux uns, comme il la refuse à quelques autres sans leur faire tort. Se peut-il penser avec quelle suavité les Bienheureux connoissent toutes ces choses ?

Or, non seLilement ils voyent Dieu, qui est en quoy consiste la félicité, ains encores ils l'entendent parler et parlent avec luy, et c'est icy un des principaux points de leur félicité. Mais quel langage est-ce qu'ils tiennent et de quel parler se servent-ils ? Leur parler et leur langage n'est autre que celuy d'un père avec ses enfans, il est tout filial et plein d'amour; car, comme ce lieu est la demeure des enfans de Dieu, aussi leur langage est-il tout filial et plein de dilection, puisque le Ciel est le lieu d'amour et que nul n'y entre qu'il n'aye la charité et qu'il n'ayme Dieu. Et quelles paroles d'amour disent-ils? Telles que celles c)^ : Tu seras tousjours avec moy et je seray tousjours avec toy ; je ne m'esloigneray jamais pour peu que ce soit ; tu seras désormais tout à moy et je seray aussi tout à toy ; tu es tout mien et je seray tout tien. De qui sont ces paroles ? Non d'autre que de Dieu mesme qui les dira au cœur de l'ame fidelle et bienheureuse, laquelle, par un amour réciproque, respondra ces

u8 Sermons recueillis

Cant.,n, i6,vr, 2. gracieuses et douces parolles de l'Espouse* : Mon Ami est tout à moy et je suis toute à luy ; il est à cette heure tout mien, et je seray désormais toute sienne. Que si estant encores en cette vallée de misère, l'Espouse prononçoit ces parolles d'amour avec tant de suavité, o Dieu, quelle joye et quelle jubilation pensons-nous que sera celle des Bienheureux en ce dialogue qu'ils feront en cette félicité ?

Là Nostre Seigneur leur descouvrira de grans secrets,

il leur parlera de ce qu'il a souffert, de ce qu'il a fait

pour eux ; il leur dira : En un tel temps j'ay souffert telle

chose pour vous. Il les entretiendra du mystère de

l'Incarnation, de la salvation et Rédemption, leur disant:

J'ay fait telle chose pour vous sauver et attirer à moy.

Je vous ay attendus tant de temps, allant après vous

quand vous faisiez les revesches, vous contraignant par

une douce violence à recevoir ma grâce. Je vous donnois

ce mouvement et telle inspiration en un tel temps ; je

me servis d'un tel pour vous attirer à moy. En somme

il leur descouvrira ses secrets jugemens et les voyes

' Rom., xi, 33. inscrutables* qu'il a tenues pour les retirer du mal et

pour les disposer à la grâce. En cette gloire essentielle,

l'entendement demeurera tout plein de clarté et de con-

noissance, tant de Festre et grandeur de Dieu que de ce

que le Sauveur a fait et souffert pour nous, des grâces

qu'il nous a communiquées, comme de tous les plus

hauts et profonds mystères de la très sainte Trinité,

de l'Incarnation et de tout ce qui concerne la divinité

et humanité de Nostre Seigneur, ainsy que de ce qui

regarde Nostre Dame.

Saint Bernard estoit, comme vous sçavez, tout plein d'amour et grandement dévot à Jésus Christ et à sa très sainte Mère, mais tout particulièrement à l'humanité du Sauveur, en sorte qu'il prenoit un particulier playsir de méditer son enfance. Que si estant un jour en l'église de Chastillon sur Seine, méditant la sacrée Nativité de Nostre Seigneur, son entendement et toutes ses facultés furent tellement englouties en la contemplation d'icelle, et avec tant de consolation et admiration qu'il fut tout

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