XV. Pour la fête de la Toussaint
absorbé, demeurant quelques jours sans se pouvoir desprendre ni retirer, quelque violence qu'il se peust faire*, en quel abisme, je vous prie, l'entendement de * 'Cf. Tr.de VAm.de l'homme se perdra-t-il en la claire veùe non seulement pra> pp II7.qu° de la Nativité du Sauveur, mais de tous les divins mystères ? La volonté sera alors en cette union inséparable avec son Dieu , sans que jamais elle puisse faire aucune résistance à icelle, ains accomplira tousjours sans aucune répugnance tout ce qui sera de son divin vouloir.
Reste maintenant la mémoire, qui sera toute pleine de Dieu et des biens qu'il nous a faits en cette vie, et mesme du peu de service que nous luy avons rendu au prix de ces grans salaires et recompenses. Les puissances et facultés des Esprits bienheureux seront tellement rassasiées qu'ils ne pourront rien souhaitter davantage de ce qu'ils ont. Je les rassasieray, dit Dieu *, d'une manne * Apoc, n, 17. céleste qui les assouvira, et outre cela je donner ay à chacun une pierre blanche en laquelle il y aura escrit un nom que personne n'entendra que celuy qui le recevra. Et quelle est cette pierre blanche qui sera donnée à l'ame bienheureuse, sinon Jésus Christ, vraye pierre angulaire*, lequel se donnera à chaque Bien- * isai», xxvm, 16; heureux par cette douce communication qu'il fera de soy etl1' "' 4' ' mesme? Quant à la blancheur de cette pierre, ce n'est autre que la candeur et pureté de Nostre Seigneur, vray Aigneau sans macule*. Mais quel sera le nom qui • I Pétri, 1, 19. sera gravé en cette pierre ? Certes, il n'y a point de doute que nous sommes comme des caractères gravés en l'humanité du Sauveur : il nous a escrits en ses mains *, * is., xux, 16. car ces clous qui les percent nous ont gravés en icelles ; et de mesme la lance nous a escrits en son cœur en luy ouvrant le costé.
Mais cette pensée m'est venue ce soir considérant ce que je vous devois dire : la parolle escritte en cette pierre blanche, que personne ne sçait que celuy qui la reçoit, n'est autre qu'une parolle filiale, une parolle d'amour, telle que celles dont nous avons parlé : Je suis tout à toy et tu es toute à moy ; tu ne te sépareras