‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 67 sur 273 · C. XXIII · texte numérisé non relu

C. XXIII

120 Sermons recueillis

jamais de moy et je ne m'esloigneray jamais de toy. Ha, mes chères Sœurs, c'est icy le comble de la félicité des Bienheureux, de sçavoir que cette félicité sera éternelle et ne prendra jamais fin. Qu'est-ce qui cause plus de joye aux prospérités de cette vie, sinon l'espérance qu'elles seront de longue durée ? Comme au contraire, rien ne rabat ni diminue tant la joye sinon la crainte qu'elle ne dure pas long temps et ne vienne tost à passer. Mais les Bienheureux possèdent la félicité avec une plénitude de joye libre de toute crainte et appréhension, ils ne peuvent avoir aucune peur de perdre le bien dont ils jouissent, car ils sont asseurés que leur gloire sera Lucse, x, ult. éternelle et ne leur pourra jamais estre ostée *.

Vous aurez leu, je m'asseure, en la Vie de la bien- *VideIterPerfect, heureuse Mère Thérèse *, la dévotion qu'elle avoit à ouyr le Credo de la sainte Messe, selon que l'Eglise le chante, mais particulièrement elle estoit attentive à ces paroles : Cujus regni non erit finis, qui veulent dire : « Son royaume sera éternel ; » et en la considération de cette éternité, elle se fondoit toute en larmes pleines d'une extrême joye. Certes, je n'ay jamais leu ce trait en la Vie de cette grande Sainte que je n'en aye esté grandement touché, nonobstant toute ma misère et la dureté et aspreté de mon cœur. Or, si la pensée que le règne de Dieu est éternel cause au cœur humain tant de liesse spirituelle, quelle pensez-vous doit estre la joye des Esprits célestes en l'asseurance qu'ils ont de la perpétuité de leur gloire ? Voyla pour ce qui est de la gloire essentielle des Bienheureux.

Disons maintenant quelques mots de la gloire accidentelle, qui est, comme nous l'avons veu, celle qui leur arrive par accident. Cette gloire accidentelle vient de plusieurs choses, mais spécialement de la contemplation et claire vision de tous les habitans du Ciel ; car vous sçavez que tous n'ont pas de la gloire esgalement, ains en degrés differens : les uns en ont plus que les autres, mais néanmoins tous sont contens et rassasiés. Ceux qui en ont moins se resjouissent de ceux qui en ont davantage, car dans le Ciel la charité est en sa perfection,

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