XV. Pour la fête de la Toussaint
connoistront leurs pénitences, leurs jeusnes, leurs veilles, leurs mortifications ; en fin la perfection, sainteté et gloire de tous les Saints servira de gloire accidentelle à tous en gênerai et à chacun en particulier.
Outre cela, nos corps seront glorieux après la résurrection (je dis les nostres, avec cette presupposition que je fais tousjours, sçavoir, si Dieu nous fait la miséricorde d'estre du nombre de ses esleus) ; ils auront, comme nos âmes, les quatre dons de la gloire : la subtilité, l'agilité, l'impassibilité et la clarté. Et comme à cette heure nos âmes sont enchâssées, s'il faut ainsy parler, dans nos corps, qui les traisnent et les contraignent d'aller où ils vont, et semble, par manière de dire, qu'elles participent en quelque chose à leur misère*, aussi en cette * Sap., ix, 15. reunion de l'ame glorieuse avec son corps, luy seront communiqués ces quatre dons et joyaux par lesquels elle le gouvernera et le mènera où elle voudra, sans qu'il luy fasse jamais aucune résistance. Il aura une telle subtilité qu'il ne sera empesché d'aucun obstacle, une agilité telle qu'il n'y aura trait d'arbalète qui aille si viste ; et comme il sera plus subtil que le rayon du soleil , de mesme sera-t-il aussi agile que les mouvemens de l'esprit, et il ira plus viste que le vent. Il aura l'impassibilité qui ne peut estre offensée ni altérée aucunement, sans jamais estre sujet à la maladie ni incommodité, et sa clarté sera plus belle que celle du soleil *. Bref, pour * Matt., xm, 43. comble de félicité, les Bienheureux seront semblables à Dieu*, c'est à sçavoir par participation. C'est ce que nous * I Joan., m, 2. fait entendre la Sainte Escriture * quand elle nomme * Ps. xux, 1. Nostre Seigneur le Dieu des dieux, c'est à dire le Dieu de tous ces petits dieux, des Saints qui sont en Paradis.
Je vous pensois encores dire un mot sur toutes les autres circonstances qui se retrouvent au banquet de ce grand Assuerus, Nostre Seigneur; mais je voy que l'heure passe, c'est pourquoy je finis ce discours parce que je suis appelle autre part, et aussi parce qu'il ne faut pas abuser de vostre patience. Que me reste-t-il, mes chères Sœurs, sinon de vous exciter derechef par ces parolles de saint Paul* à relever vos cœurs et vos pensées à ces *Ubisupra,p. n*.
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biens que nul œil n'a veu, ni oreille entendu, ni cœur d'homme pensé, et que Dieu a préparé à ceux qui Vayment en cette vie. Contentez vos entendemens à les considérer, mes chères Sœurs, à fin que par les beautés et excellences que vous y descouvrirez vous veniez à les aymer et désirer. Retirez vos affections de toutes les choses créées et transitoires de cette vie, et vous appliquez soigneusement à faire ce qu'il faut pour les acquérir. Soyez constantes à méditer ce divin mystère de Nostre
*Cf.Ephes.,i, 9, 10, Seigneur et de nostre Rédemption*, à ce que, par la connoissance que vous en acquerrez , vostre volonté vienne à l'aymer ; car il faut aymer ce bien en terre pour l'aymer éternellement là sus au Ciel, parce qu'il n'y a point de Ciel pour celuy qui n'a point de charité. Contentez donques vostre volonté ça bas en terre, aymant autant que l'on peut aymer. Il n'y a point de façon ni de mesure pour aymer : la façon d'aymer Dieu c'est de l'aymer plus que tout et au delà de tout. « La
*Dediiig.Deo,c.i. mesure, » comme dit saint Bernard*, « est de ne point avoir de mesure. » Remplissez vostre mémoire de toutes ces choses et la contentez en Dieu, luy retranchant tous les souvenirs et images de ce qui n'est point Dieu, et la nourrissez de ces divins mystères, tant de Fenfance du Sauveur que de tout le reste de sa vie, mort et passion. Remplissez-la encores du souvenir de vos fautes et infidélités pour vous en humilier et amender, et des bénéfices que vous avez receus de Dieu pour l'en remercier ; et si vous avez receu des grâces , resouvenez vous-en pour les bien cultiver et conserver, vous disposant à l'augmentation et accroissement d'icelles. En fin travaillez avec fidélité en cette vie et persévérez jusques
•Matt.,x,32,xxiv, à la fin*, à ce que vous puissiez estre congregées et unies avec les bienheureux Esprits en cette félicité éternelle, pour aymer et jouir de la divine Majesté pour toute éternité, qui est ce que je vous souhaitte de tout mon cœur. Amen.
SERMON POUR LA FÊTE DE LA PRÉSENTATION DE LA SAINTE VIERGE
21 novembre 1617 (O
La sainte Eglise célèbre aujourd'huy la feste de la Présentation de Nostre Dame au' Temple. Je peux bien dire de cette solemnité ce qui est escrit * de la reyne de *IIIReg.,x,i,2,io. Saba allant visiter Salomon. Ainsy que l'on ne vit jamais tant de parfums dans la ville de Hierusalem comme elle y en porta quant et soy pour offrir à ce grand roy, defmesme, jamais tant de parfums et tant de baume ne furent présentés à Dieu en son Temple comme la très sainte Vierge^en porte aujourd'huy avec elle ; jamais aussi la divine Majesté n'avoit jusques alors receu un si excellent et tant aggreable présent comme celuy des bien heureux saint Joachim et sainte Anne.
( 1 ) La teneur de ce sermon prouve qu'il a été prononcé pour une cérémonie de rénovation des vœux ; or, c'est seulement à partir de 161 5 que cette cérémonie a été fixée pour l'Institut de la Visitation à la fête de la Présentation de la Sainte Vierge. Cette phrase (voir p. 130) : « Mais d'autant que nous « avons presché ces années passées en cette mesme journée sur le sujet du « renouvellement de nos âmes, » ne permet pas de supposer que ce sermon soit antérieur à 1617 ; et ce qui porte à conclure qu'il remonte à cette année même, c'est qu'on y reconnaît le style de la Mère Claude-Agnès de La Roche. Il ne peut être de 1618, le Saint se trouvant alors absent de sa ville épiscopale, ni de 1619, car l'allocution prononcée à cette époque nous a été conservée et sera donnée en son lieu. L'éditeur de 1643, le premier qui ait publié ces deux sermons pour la Présentation, les a réunis de manière à n'en former qu'une seule pièce, après en avoir éliminé plusieurs fragments.
Les quatre premiers alinéas et les trois dernières pages de notre texte sont inédits, ainsi que les passages qui se trouvent p. 127, lignes 24-33; P- I2^> 11. 1-10, 20-37 ; p. 133, 11. 28-38; p. 135, 11. 29-39.
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Ils vindrent donc en Hierusalem pour accomplir le vœu qu'ils avoyent fait à Dieu de luy dédier leur glorieuse Enfant dans le Temple, où on eslevoit d'autres jeunes filles pour le service de la divine Majesté.
Mais avec quelle ferveur d'esprit pensez-vous que cette bien heureuse Infante du Ciel desiroit de quitter la mayson de ses père et mère, pour se plus absolument dédier et consacrer au service de son Espoux céleste qui l'attiroit et amorçoit par V odeur de ses parfums,
"Cant., i, 2, 3. ainsy que le dit la Sulamite* : O mon Bien-Aymé, ton nom est comme un baume ou huile respandu, c'est pourquoy les jeunes filles font désiré et sont allées après toy ; ains tu n'es pas seulement parfumé, tu es le parfum mesme et le baume. Voyez-vous, le temps luy duroit sans doute, à nostre glorieuse Dame, de voir arriver le jour auquel ses parens la devoyent offrir à Dieu, car c'est une chose très asseurée qu'elle avoit eu l'usage de la rayson dès le ventre de sa mère. Il ne faut pas croire que ce privilège ayant esté donné à saint Jean, la Sainte Vierge en ait esté privée.
Document admirable, excellent et profitable que celuy ci, lequel je ne puis celer à cause de son utilité. Le Sauveur s'estant revestu de nostre chair ne voulut point se départir des loix de l'enfance ; partant il fit ses croissances et toutes ses petites actions comme les autres enfans, tout ainsy que s'il n'eust peu faire autrement. De plus, la Sainte Vierge et Nostre Seigneur son glorieux Fils, ayant eu l'usage de rayson dès le ventre de leur mère, furent par conséquent doués de beaucoup de science ; néanmoins ils la cachèrent sous les loix d'un profond silence, car pouvant parler en naissant ils ne le voulurent pas faire, ains s'assujettirent à ne parler qu'en leur temps. Et nous autres qui à peine avons l'usage de rayson à l'aage de quarante ans, tellement sommes-nous irraisonnables, prétendons faire les entendus et parler avant que sçavoir bégayer; et à force de vouloir monstrer que nous sommes sçavans et sages, nous ne pouvons
Rom., 1, 22. cacher nostre folie *. Chose admirable qu'estans si asseu-
rés que nous ne sçaurions discourir beaucoup sans chopper