XVI. Pour la fête de la Présentation
et faire des fautes, nous soyons néanmoins tousjours si avides et prompts à le faire, voire mesme de ce que nous ignorons! Et puis nous trouvons estrange qu'es Religions il y ait des heures où le silence soit imposé et que l'on ne puisse point parler.
C'est un acte de simplicité admirable que celuy de cette glorieuse Pouponne qui, attachée aux mammelles de sa mère, ne laisse pas néanmoins de s'entretenir avec la divine Majesté. Elle s'abstint de parler jusques à son temps, et encores alors ne le faisoit elle que comme les autres enfans de son aage, quoy qu'elle parlast tousjours fort à propos. Elle demeura comme un doux aignelet sur les flancs de sainte Anne l'espace de trois ans, après lesquels elle fut sevrée et amenée au Temple pour y estre offerte comme Samuel, qui y fut conduit par sa mère et dédié au Seigneur en mesme aage *. * I Reg., 1, 24, 35.
Oy^. ., u'j-'j •• Hugo, Comm. in
mon Dieu, que j eusse bien désire de me pouvoir vive- hune iocum; alii.
ment représenter la consolation et suavité de ce voyage despuis la mayson de Joachim jusques au Temple de Hierusalem ! Quel contentement tesmoignoit cette petite Infante voyant l'heure venue qu'elle avoit tant désirée ! Ceux qui alloyent au Temple pour y adorer et offrir leurs presens à la divine Majesté chantoyent tout le long de leur voyage*; et pour cet effect, le royal Pro- * Beiiarm., in Ps. phete David avoit composé tout exprès un Psalme * que *ps' cxvm. la sainte Eglise nous fait dire tous les jours au divin Office. Il se commence par ces mots : Beati immaculati in via ; Bienheureux sont ceux, Seigneur, qui marchent en ta voye sans macule, sans tache de péché ; en ta voye, c'est à dire en l'observance de tes commandemens. Les bien heureux saint Joachim et sainte Anne chantoyent donques ce cantique au long du chemin, et nostre glorieuse Dame et Maistresse avec eux. O Dieu, quelle mélodie! o qu'elle l'entonna mille fois plus gracieusement que ne firent jamais les Anges ; de quoy ils furent tellement estonnés, que troupe à troupe, ils venoyent pour escouter cette céleste harmonie et, les cieux ouverts, ils se penchoyent sur les balustres de la salle de la Hierusalem céleste pour regarder et admirer
128 Sermons recueillis
cette très aymable Pouponne. J'ay voulu dire cecy en passant à fin de vous bailler sujet de vous entretenir le reste de cette journée à considérer la suavité de ce voyage ; à fin aussi de vous esmouvoir à escouter ce divin cantique que nostre glorieuse Princesse entonne si mélodieusement, et ce avec les oreilles de vostre
* Serm. xxxvm in dévotion , car le très heureux saint Bernard dit* que an 1X' la dévotion est l'oreille de l'ame.
Venons maintenant à la solemnité qui se célèbre aujourd'huy céans, qui est le renouvellement et reconfirmation des vœux. Les anciens Chrestiens faisoyent des grandes festes , mais spirituelles , à l'anniversaire de leur Baptesme, qui estoit le jour de leur dédicace, c'est
* s. Gregor. Naz., à dire celuy auquel ils s'estoyent dédiés à Dieu *. Ils
C) rst xxxix xl Cf
intr'oduct.àlaVie ne faisoyent point de remarque du jour de leur naisdevote, Partie v,c. h. sance ^ d'autant qu'en naissant nous ne sommes pas enfans de grâce, ains adamistes ou enfans d'Adam ; mais ils remarquoyent, pour le solemniser, le jour auquel ils avoyent esté faits enfans de Dieu par le Baptesme. De mesme Abraham fit un grand et solemnel festin, non en la naissance de son fils Isaac , ains au jour qu'il
* Gen., xxi, 8. fut sevré* parce, disent les uns, que l'enfant estant
encores si tendre, il n'y avoit pas matière de si grande joye à cause du danger et péril de mort où sont les enfans en cet aage si foible ; ou bien, comme les autres tiennent, parce que le festin estant fait en la faveur d'Isaac, il estoit bien raysonnable qu'il y prist part et qu'il mangeast avec la compaignie, ce qu'il n'eust peu faire avant ce temps là, auquel il avoit cinq ans. Il n'y avoit pas non plus de la disproportion de demeurer si long temps à la mammelle, veu l'aage avancé que l'on atteignoit alors. Ou bien encores, et cecy est la rayson la plus probable, Abraham fit alors ce banquet parce qu'à cette heure là son fils estoit desja capable de donner quelque espérance de luy, d'autant qu'en cet aage on commence à mettre les enfans dans la woye en laquelle on désire qu'ils marchent.
Il est donc très à propos que les Religieux fassent tous les ans une feste particulière au jour de leur dédicace