‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 7 sur 273 · I. Pour la veille de Noël · texte numérisé non relu

I. Pour la veille de Noël

En ce très béni Poupon se trouve la nature divine, la nature de l'ame et celle du corps. En la manne estoit le goust du miel, qui est une liqueur céleste; car si bien les abeilles cueillent le miel de sur les fleurs, elles ne tirent pourtant pas le suc des fleurs, ains cueillent et ramassent avec leur petite bouchette le miel qui descend du ciel avec la rosée*, et seulement en un certain temps de *Virg.(Eciog.iv,i),

• , . . __ ~ . Aristot., Plin., alii,

1 année. De mesme, la nature divine de Nostre Seigneur vint et descendit du Ciel à l'heure mesme de son Incarnation sur cette bénite fleur de la très sainte Vierge Nostre Dame, où la nature humaine l'ayant recueillie l'a conservée dans la ruche des entrailles de la glorieuse Vierge l'espace de neuf moys, après lesquels il a esté transporté dans la crèche où nous le verrons demain.

Le goust de V huile qui se rencontroit en la manne nous représente la nature de la très sainte ame de Nostre Seigneur. Qu'est-ce autre chose sa très bénite ame qvfune huile, un baume, une odeur respandue* qui console *Cant.,i, 2. infiniment l'odorat de tous ceux qui s'en approchent par la considération de son excellence ? O quelle odeur respandit-elle en présence de la divine Majesté à laquelle elle se voyoit unie sans l'avoir mérité ni peu mériter d'elle-mesme ! O quels actes de parfaite charité, de profonde humilité ne produisit-elle pas en ce mesme instant de cette sacrée et incomparable union qu'elle eut avec le Verbe éternel à l'heure mesme de l'Incarnation ! Et pour nous autres, quel parfum, quelle odeur, quelle senteur d'une suavité incomparable n'a-t-elle pas respandu pour nous inciter à la suite et à l'imitation de ses perfections * ! * Ibid., f. 3.

En fin le goust de la fleur de farine qui se rencontroit encores en la manne représente cette autre partie de la très sainte humanité de Nostre Seigneur, son corps adorable, lequel ayant esté moulu sur l'arbre de la Croix, a esté fait un pain très précieux qui nous nourrit pour la vie éternelle*. O pain savoureux, quiconque *Joan., vi, 55. vous mangera dignement vivra éternellement et ne pourra jamais mourir de la mort éternelle *. O que ce *lbid.,j^. 50, 52, pain a un goust incomparablement délectable pour les

8 Sermons recueillis

âmes qui le mangent dignement ! Quelle délectation, je vous prie, de se nourrir an pain descendu du ciel, du

* Ps. lxxvit, 23-25; pain des Anges* ! Toutefois, ce qui le rend plus delecta-

Sap.,xvi, 20; Joan., «■■..,. , , ., . ,-, ,

vi, 33, 41, 50, 51, 59. oie est 1 amour avec lequel il nous est donne par Celuy mesme qui est le don et le donateur tout ensemble. Mais à fin que je ne m'arreste pas tant sur ces deux premiers points qui servent pour l'exercice de nostre entendement, je passe outre pour parler du troisiesme qui contient quelque petite chose propre à enflammer nostre volonté.

Je remarque en passant que de tout le peuple alors en grand nombre à Bethléem , il n'y eut que des simples bergers qui vindrent visiter Nostre Seigneur, et puis après eux les Rois Mages, qui vindrent de fort loin pour adorer et prester hommage à nostre nouveau Roy couché dans une crèche. Les Anges ayant annoncé la nouvelle de cette heureuse naissance donnèrent des enseignes admirables aux pasteurs : Allez, dirent-ils, et vous trouvère^ l'Enfant emmaillotté en des langes

* Lucas, 11, 8-12. et couché dans une crèche*. Dieu, quelles enseignes

sont celles cy pour faire reconnoistre Nostre Seigneur, et quelle simplicité des bergers de croire naïfvement ce qui leur estoit annoncé ! Les Anges eussent eu quelque rayson de se faire croire s'ils eussent dit : Allez, vous trouverez l'Enfant assis sur un throsne d'ivoire et entouré de courtisans célestes qui luy tiennent compagnie. Mais ils disent : Vostre Sauveur est né à ces enseignes : vous le trouver e\ dans une crèche, entre des animaux et emmaillotté dans des langes.

Pourquoy pensez-vous que les Anges s'addresserent aux bergers plustost qu'à nul autre qui fust en Bethléem ? Non pour autre cause, sinon parce que Nostre Seigneur, * I Pétri, ult., 4. estant venu comme Pasteur et le Roy des pasteurs*, ne vouloit favoriser que ses semblables. Mais qu'est-ce que représentent ces bergers ? Les uns disent qu'ils représentent les pasteurs de l'Eglise, comme sont les Evesques, les Supérieurs des Religions, les curés et tous ceux qui ont charge d'ames ; c'est l'opinion d'une

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