‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 8 sur 273 · I. Pour la veille de Noël · texte numérisé non relu

I. Pour la veille de Noël

partie des saints Pères * que Nostre Seigneur révèle plus * Vide Maidonat.,

, Comm. in Lucam,

particulièrement ses mystères a ceux-là, d autant qu ils ad locum. sont commis de la part de Dieu pour les faire puis après entendre à leur troupeau, aux âmes qui leur sont commises. Quelques autres * disent que ces bergers repre- * Maxime s. Bem.,

, , . r ' Homil. ni in Vig.

sentent les Religieux et tous ceux qui font protession Nat., §6. de prétendre à la perfection. Or, si un chacun de nous est berger et pasteur, quel est, peut-on dire, nostre troupeau et quelles sont nos brebis ? Ce sont nos passions, nos inclinations, nos affections, les facultés de nostre ame. Mais remarquez qu'il n'y eut que les bergers qui veilloyent sur leur troupeau * qui eurent l'honneur et * Lucre, n, 8. la grâce d'ouïr cette gracieuse nouvelle de la naissance de Nostre Seigneur, pour nous monstrer que si nous ne veillons sur le troupeau que Dieu nous a donné en charge, qui est comme j'ay dit, nos passions, nos inclinations, les facultés de nostre ame, pour les faire repaistre dans quelque saint pasturage et les tenir rangées et en leur devoir, nous ne mériterons point d'ouïr cette nouvelle tant aymable de la naissance du Sauveur, et ne serons pas capables de l'aller visiter dans la crèche où sa très bénite Mère le posera demain.

O que c'est un mystère grandement suave que celuy de la très sainte Nativité de Nostre Seigneur ! Tous et un chacun y peut rencontrer un grand sujet de consolation ; mais plus ceux qui seront mieux préparés et qui auront, à l'imitation de ces bergers, bien veillé sur leur troupeau. Helas, nous estions indignes de sçavoir comme quoy nous les devions bien conduire et ranger; mais Nostre Seigneur, comme bon Pasteur* et berger *joan., x, n, 14. très aymable de nos âmes , qui sont ses brebis pour lesquelles il a tant fait, vient nous enseigner luy mesme ce que nous devons faire. O que nous serons heureux si nous l'imitons fidellement et si nous suivons l'exemple qu'il nous vient donner. Mais qu'est-ce qu'il fait, ce très doux Enfant ? Regardez-le couché dedans la crèche : Vous le trouverez, disent les Anges , emmaillottè dans des langes. Helas, il n'avoit point besoin d'estre ainsy bandé. Certes, l'on a accoustumé d'emmaillotter

io Sermons recueillis

les enfans parce qu'estans encores tendres, s'ils n'estoyent bandés et serrés il y auroit danger qu'ils ne prissent quelque mauvais destour et par ce moyen fussent rendus contrefaits. On les bande encores à fin qu'ils ne viennent à se gaster les yeux ou le visage, ayans la liberté d'y porter les mains pour se frotter quand ils voudroyent, n'ayans pas l'usage de la rayson pour s'en abstenir ainsy qu'il seroit requis. Mais Nostre Seigneur, qu'y avoit-il à craindre pour son regard, veu qu'il avoit l'usage de rayson dès l'instant de sa conception ? Il ne pouvoit prendre nul destour, luy qui est la droiture mesme. O Dieu, quelle bonté de cet aymable Sauveur ! Il s'est sousmis à faire tout ce que font les autres enfans, pour ne paroistre autre chose qu'un pauvre petit poupon, sujet à la nécessité et loy de l'enfance. Il pleure vrayement, mais ce n'est point de tendreté sur luy mesme, ce n'est point par amertume de cœur, ains Cf. Sap., vu, 3. tout simplement pour se conformer aux autres enfans *. Je considère que, outre cette rayson pour laquelle Nostre Seigneur voulut estre bandé et emmaillotté et sujet à sa très sainte Mère, de telle sorte qu'il se laisse manier, porter et emmaillotter tout ainsy qu'il luy plaist, sans tesmoigner nulle répugnance, il y a encores un autre sujet qui l'a meu à ce faire : c'est pour nous apprendre à gouverner et régir nostre troupeau spirituel, c'est à dire nos passions, nos affections et les facultés de nostre ame. Mais entre toutes nos facultés il y en a deux lesquelles sont comme le principe d'où dépendent toutes les autres, à sçavoir, la concupiscible et l'irascible. Toutes les autres puissances, facultés et passions semblent estre sujettes à ces deux facultés et ne se remuent que par leur commandement. La concupiscible est celle qui nous fait aymer et désirer ce qui nous semble estre bon et profitable ; c'est elle qui nous fait resjouir en la prospérité et qui nous fait attrister en l'adversité, en la mortification et en tout ce qui répugne à la propre volonté. Quant à l'irascible, elle produit les chagrins, les répugnances, les esmotions de colère, le desespoir et ainsy des autres. Or, tout cecy Nostre

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