‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 71 sur 273 · XVI. Pour la fête de la Présentation · texte numérisé non relu

XVI. Pour la fête de la Présentation

et de leur entrée en Religion. Mais d'autant qu'ils ne doivent rien avoir de particulier, nous avons trouvé expédient que les Sœurs de céans solemnisent cette commémoration en un mesme jour. La très sainte Eglise célèbre chaque année la commémoration des principales actions de nostre divin Sauveur, de Nostre Dame et Maistresse, comme aussi de tant de Saints qu'elle nous présente comme des patrons à imiter. Elle nous tesmoigne par là qu'elle désire que tous les ans au moins une fois, nous nous recueillions et reconfirmions les vœux et promesses que nous avons faites à la divine Majesté ; mais sur tout les Religieux et nous autres qui luy sommes particulièrement dédiés et consacrés sans que nous nous en puissions desdire.

L'on a choisi fort à propos en la maison de céans le jour de la Présentation Nostre Dame pour se renouveller, se présenter et offrir à la divine Majesté sous sa protection, accompagnant ainsy de nostre propre offrande celle qu'elle fit d'elle mesme à Dieu. Et en cecy se voit vérifié ce qu'en avoit prédit le grand Prophète David *, * Ps. xuv, 15, 16. que plusieurs vierges seroyent amenées après elle au temple du Roy, à fin de luy estre offertes et consacrées à son imitation , pour servantes perpétuelles. Il dit qu'elles viendront et seront amenées avec joye et exultation; c'est donques un jour de joye et de consolation que celuy de la commémoration de nostre dédicace à îa divine Bonté. Certes, il est très véritable, et ce jour esî d'autant plus plein de contentement que nous avons plus de connoissance du bonheur qu'il y a d' estre absolument dédié à Dieu.

Mais lors que le saint Prophète déclare que plusieurs vierges seront amenées après Nostre Dame, il ne veuç pas en exclure les vefves, car elles ne seront pas rejettées de cette bien heureuse trouppe pour avoir perdu leur virginité, puisque cette perte se peut reparer par l'humilité. Ces grandes Saintes qui ont esté mariées et qui se sont dédiées au service de la divine Bonté en leur vefvage, comme sainte Paule, sainte Melanie, sainte Françoise et tant d'autres, pensez-vous qu'elles ne soyenr

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pas du nombre de ces vierges ? Au contraire, elles ont gaigné par l'humilité une très glorieuse virginité. L'humilité est non seulement conservatrice de la virginité, *Cf.s.Bern.,hom.i mais elle est sa réparatrice *.

super Missus est, ~ - .

§§ 5, 8 ; serm. h in Cette teste de la commémoration de nos vœux se Nativ. Dom., § 6. fajt prjncipaiement pour renouveller nostre ame, pour renouer nos promesses et raffermir nos resolutions. Et tout ainsy qu'un homme qui joue excellemment du luth a accoustumé d'en taster toutes les cordes de temps en temps pour voir si elles ont point besoin d'estre rebandées ou bien laschées, à fin de les rendre bien accordantes selon le ton qu'il leur veut donner, de mesme il est nécessaire que tous les ans au moins une fois, nous tastions et considérions toutes les affections de nostre ame pour voir si elles sont bien accordées pour entonner le cantique de la gloire de Dieu et de *Ctlntrod.alaVie nostre propre perfection*. A cet effect l'on a ordonné

dev., Partie V, ce. , c ^^ • À 1 1

h VII# les confessions annuelles pour reconnoistre les cordes

discordantes, les affections qui ne sont encores bien mortifiées, les resolutions qui n'ont pas esté fidellement prattiquées. Et ayant ainsy resserré les chevilles de nostre luth, qui sont nos resolutions, nous venons par après, avec nostre glorieuse Dame et Maistresse et sous sa protection, apporter toutes nos affections sur l'autel du temple de la divine Bonté, pour estre bruslées et consommées sans aucune reserve par le feu de son ardente charité.

Mais d'autant que nous avons presché ces années passées en cette mesme journée sur le sujet du renouvellement de nos âmes, ramassons maintenant nostre discours revenans à nous mesmes, et voyons que c'est qu'il faut faire pour nous bien renouveller. C'est une chose très nécessaire que celle-cy, nostre misère estant si grande que nous faisons tousjours quelque perte spirituelle, et ne venons que trop ordinairement à descheoir de nos propos. Partant, il est expédient de nous reprendre, et considérer les moyens de pouvoir regaigner ce qui par nostre foiblesse, voire négligence, nous est eschappé. Il est vray qu'il ne faut pas nous en estonner, d'autant

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