XVI. Pour la fête de la Présentation
que tout ce qui est en ce monde est fait ainsy ; voire mesme il semble que le soleil aye besoin de recommencer sa course tous les ans une fois, à fin de reparer le deschet que paraissent avoir receu le long de l'année les lieux qui n'ont pas l'aspect bon . Ne vous est-il pas advis que la terre descheoit en hiver, et quand ce vient le printemps qu'elle veut regaigner les pertes qu'elle a faites le long des grandes froidures ? Nous en devons faire de mesme nous autres, faisant nostre course comme le soleil sur toutes les affections et passions de nos âmes, pour regaigner les pertes causées par leur immortification le long de l'année. Puis, venant au printemps, qui est le temps de nos renouvellemens, nous devons prendre courage pour reparer le deschet que nous avons fait au temps des froidures de nos laschetés.
Pour bien faire ces renouvellemens il faut observer trois points que je considère en la Présentation de nostre glorieuse Maistresse. Le premier c'est qu'elle vient se présenter en son enfance, car estant sevrée elle quitte ses parens ; le second, qu'elle est portée le long du voyage une partie du temps entre les bras de ses père et mère, et l'autre partie elle marche sur ses pieds ; en troisiesme lieu, je considère qu'elle se donne et offre toute entièrement et sans aucune reserve.
Quant au premier point, à sçavoir qu'elle vient se dédier à Dieu en son enfance, comme pourrions-nous faire cela, veu que nous ne sommes plus en cet aage là et que nous n'y sçaurions jamais plus retourner, car le temps perdu ne se peut recouvrer ? Dites-vous qu'il n'y a plus de remède ? O pardonnez-moy, il y a du remède en toutes choses. Si la virginité est reparée par l'humilité et si la chaste vefve est rendue vierge glorieuse et triomphante, pourquoy voulez-vous que nous ne puissions regaigner le temps perdu, par la ferveur et diligence à bien employer celuy que nous avons présentement*? Il est très * Cf. Ephes.,v, 15, véritable que le bonheur de ceux qui se sont dédiés et l6' consacrés à la divine Majesté dès leur adolescence est très grand, d'autant plus que Dieu le désire et s'y complaist grandement*, se plaignant du contraire lors * Èccles., xn, t.
132 Sermons recueillis
*Gen.,vi, 5, vm, 21; qu'il dit par son Prophète* que les hommes sont telle-
Is., XLVII, 12, I^. • . 11, -il .1 •
ment pervertis que des leur adolescence ils ont quitte sa voye et ont pris le chemin de perdition. Les enfans ne sont ni bons ni mauvais, car ils ne sont non plus capables de choisir le bien que le mal. Ils marchent pendant leur enfance comme ceux qui sortans d'une ville vont tout droit quelque temps ; mais au bout de ce peu de temps ils trouvent que le chemin se fourche et partage en deux ; il est à leur pouvoir de prendre à droite ou à gauche, selon que bon leur semble, pour aller où ils désirent. De mesme, veut dire le Seigneur, les hommes pendant leur enfance ont suivi la ligne du chemin droit, mais estans parvenus au chemin fourchu, ils ont pris leur route à main gauche et m'ont quitté, moy qui suis
*jerem., n, 13. la source* de toute bénédiction, pour suivre la voye de malédiction.
Il est très certain que la divine Bonté désire le temps de nostre jeunesse comme estant le plus propre pour nous employer en son service. Mais pensez-vous que la jeunesse soit tousjours prise et entendue de nostre aage, et que la divine Espouse veuille parler de celles qui sont jeunes d'années, lors qu'elle dit au Cantique des
*Ubisupra,p.i26; Cantiques* que les jeunes âmes ont désiré son céleste
c ' p' 5" Espoux et sont allées après luy attirées de V odeur de
ses parfums ? O non, sans doute, ains elle parle de celles qui sont jeunes de ferveur et de courage, et qui viennent nouvellement consacrer au service de son saint amour non seulement tous les momens de leur vie, mais aussi toutes leurs actions, sans reserve d'aucune. Mais, me direz-vous, quel est le temps le plus propre pour nous dédier et consacrer tout à Dieu, après que nous avons passé nostre adolescence ? Oh, quel il est ? c'est le temps
* Il Cor., vi, 2. présent, tout à cette heure*; c'est le vray temps, car celuy qui est passé n'est plus nostre, le futur n'est pas non plus en nostre pouvoir, c'est donques le moment présent qui est le meilleur.
Mais que faut-il que nous fassions pour regaigner le temps perdu ? Je l'ay desja dit, il le faut regaigner par la ferveur et diligence à courir en nostre voye. Et tout