‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 73 sur 273 · XVI. Pour la fête de la Présentation · texte numérisé non relu

XVI. Pour la fête de la Présentation

ainsy que les cerfs qui courent si légèrement, redoublent néanmoins le pas lors qu'ils sont pressés du veneur et vont d'une si grande vistesse qu'il semble quasi qu'ils volent, de mesme devons-nous tascher de courir en nostre voye ; mais au temps de nostre renouvellement et de la reconfirmation de nos resolutions nous ne devons pas seulement courir ains aussi voler, et pour cela demander avec le saint Prophète * des aisles de colombe, à fin *Ps. nv, 7. qu'à tire d'aisles nous volions sans nous arrester jusques à ce que nous allions reposer dans les trous du mur de la sainte Hierusalem *, je veux dire que nous soyons * Cant., n, 14. tout unis à Nostre Seigneur crucifié sur le mont de Calvaire par une parfaite conformité de vie,

Mais j'ay aussi considéré que nostre glorieuse Dame et Maistresse venant pour se dédier à Dieu, fut portée par ses père et mère une partie du chemin, et l'autre partie elle vint avec ses petits pieds, tousjours aydée néanmoins. Car lors que saint Joachim et sainte Anne trouvoyent quelque plaine ils la posoyent en terre pour la faire marcher, et alors cette glorieuse Infante du Ciel eslevoit ses petits doigts pour prendre la main de son papa et de sa maman, de crainte de faire quelque mauvais pas ; mais soudain qu'ils rencontroyent quelque chemin raboteux, ils la prenoyent incontinent entre leurs bras. Ce n'estoit pas pour se soulager qu'ils la faisoyent marcher parfois, car ce leur estoit une consolation très grande de la porter, ains c'estoit pour la complaisance qu'ils prenoyent à luy voir faire ses petits pas. Et c'est icy la seconde remarque que je fais en cette sainte Présentation, et le second point auquel nous devons imiter nostre glorieuse Princesse, pour bien nous présenter de nouveau à fin de bien reoffrir à son divin Fils ce que nous luy avons une fois dédié et consacré, à sçavoir nous mesme, par le moyen des vœux que nous venons maintenant renouveller, c'est à dire renouer ; car cette sainte coustume de renouveller nos vœux sert encores à reparer les manquemens que nous pourrions avoir commis en les faisant.

Nostre Seigneur le long de nostre pèlerinage en cette

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misérable vie nous conduit en ces deux sortes : ou il nous mené par la main en nous faisant marcher avec luy, ou il nous porte entre les bras de sa Providence. Je veux dire qu'il nous tient par la main et nous fait marcher en l'exercice des vertus, car s'il ne nous tenoit il ne seroit en nostre pouvoir de cheminer en cette voye de bénédiction. Et ne voit-on pas ordinairement que ceux qui ont abandonné sa main paternelle ne font pas un seul pas qu'ils ne choppent et donnent du nez en terre ? Sa Bonté nous veut bien conduire et tenir, mais elle veut aussi que nous formions nos petits pas, faisant, aydés de sa grâce, ce que nous pouvons de nostre costé. Et la sainte Eglise, esgalement tendre et soigneuse du bien de ses enfans, nous enseigne de dire tous les jours

* In Grat. act. post une oraison * où elle demande à Dieu qu'il luy plaise

nous accompaigner le long de nostre pèlerinage et nous ayder de sa grâce prévenante et concomitante, car sans Tune et sans l'autre nous ne pouvons rien.

Mais Nostre Seigneur nous ayant menés par la main, faisant avec nous des œuvres pour lesquelles il demande nostre coopération, il nous porte par après et fait en nous des œuvres toutes ouvrées, je veux dire auxquelles il semble que nous ne fassions rien. Ce sont les Sacremens, car dites-moy, je vous prie, que nous coustet-il d'entendre ces parolles : « Je t'absous de tous tes péchés, » ou bien de recevoir le très saint Sacrement dans lequel est comprise toute la suavité du Ciel et de

* Sap., xvi, 20. la terre * ? Et bien qu'il faille prononcer les parolles

de la consécration que Nostre Seigneur a commandées, qu'est-ce que cela pour faire venir nostre souverain Maistre à la voix d'un prestre, pour meschant et indigne qu'il soit, se renclore sous ces espèces pour nostre bonheur ? N'est-ce pas nous porter entre ses bras que de nous permettre de nous unir à luy en ces deux façons ? Quand donques vous viendrez dire : « Je renouvelle et reconfirme de tout mon cœur les vœux que j'ay faits à

*r?ctohemtponr ^ mon Dieu * > )} le Sauveur vous conduira par la main, Religieuses de la cl'autant que vous prononcerez ces paroles et ferez quel-

Visit. (Pour la fête x * ,

de la Présentation.) que chose de vostre part ; mais soudain que nous vous

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