XVII. Pour la veille de l'Epiphanie
et Nostre Dame sont ses Supérieurs, ils le mènent, ils le portent d'un lieu à un autre, et il leur laisse faire sans jamais dire un seul mot. Il fut obéissant à la nature mesme, ne voulant faire ses croissances ni parler que comme les autres enfans. O abnégation non plus ouye que celle cy ! estant à son pouvoir d'opérer des miracles, il n'en fait point. L'on en voit bien autour de luy en sa Nativité : la vocation des Gentils représentés par les Roys qui le vindrent adorer*, celle des pasteurs**, les "Matt., n, i-n.
a • -, , 1 1 • * • **Lucae, 11, 15, 16.
Anges qui chantent dans les airs* ; mais en sa personne, * ibid., ff. 13, 14.
nullement. Il ne se monstre en son extérieur qu'un
petit enfant comme les autres ; luy, de qui les Anges
sont illuminés et esclairés et par qui ils entendent et
comprennent toutes choses, ne fait aucunes révélations,
ains laisse que les messagers célestes les viennent faire
à son Père nourricier. Il faut fuir devant Herode, il
n'en dit mot, mais attend que l'Ange l'ordonne. Herode
estant mort, il faut qu'il s'en retourne d'Egypte; il auroit
peu dire à sa Mère ou à saint Joseph qui l'aymoient si
tendrement : Ma chère Mère, ou, mon Père, retournons
nous-en quand il vous plaira, car Herode que vous
craignez est mort ; mais non, il attend que l'Ange le
révèle à saint Joseph *. * Matt., ubi supra,
Ne voyla-t-il pas une merveille très grande, que ce u'erVni, postmed! très saint Enfant ayt tellement renoncé et abandonné le soin de soy mesme pour se laisser conduire selon la volonté de ses Supérieurs, qu'il n'ayt pas seulement voulu prononcer une petite parole pour avancer leur despart ? Document certes très remarquable : Nostre Seigneur est rempli de toutes les sciences *, ains il est la science * Coioss., n, 3. et la sagesse mesme ; néanmoins il tient un continuel silence, tandis que l'ordinaire des personnes du monde est que si elles ont une once de sçavoir on ne les peut tenir de parler, tant elles ont envie de se faire estimer sçavantes.
Nostre Sauveur estant donques venu pour donner un parfait exemple de la vie monastique, il est bien raysonnable qu'on se range à sa suite pour embrasser cette vie qui luy est tant aggreable. C'est pourquoy ces filles se
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présentent aujourd'huy pour estre faittes Religieuses, car elles ont fait ces considérations : Si mon Seigneur et mon Dieu a bien voulu renoncer aux richesses, à sa patrie et à la maison de ses parens pour l'amour qu'il portoit à la pauvreté, pourquoy donc, à son imitation, n'en ferois-je pas de mesme ? Et s'il a renoncé à tous les playsirs, voire à soy mesme, à fin de s'assujettir pour l'amour de moy et pour me monstrer combien la vie religieuse où tout cela se prattique luy est aggreable, pourquoy donc ne le ferois-je pas pour luy aggreer ? Non, disent-elles,, nous ne quittons pas le monde pour acquérir le Ciel, car les personnes qui y demeurent le peuvent gaigner en vivant en l'observance des commandemens de Dieu, ains pour accroistre tant soit peu nostre charité et nostre amour envers la divine Bonté.
Nostre Seigneur print le nom de Nazaréen, outre la rayson que nous avons dite, parce que ce mot signifie
* Vide ad cale Bibi. fleur, fleuri*; ces filles viennent donques à V odeur de
* Cant., i, 3. cette fleur *. Néanmoins il y a une autre cause bien plus
haute pour laquelle le Sauveur print et retint tousjours ce nom, mais je ne la veux dire qu'en passant. C'est certes justement que tous les hommes prennent le nom du lieu de leur naissance et non pas celuy du lieu de leur conception, d'autant que pendant qu'ils sont dans le ventre de leur mère on ne sçait encor ce qui en arrivera, on ne peut asseurer si ce sera un enfant mort ou vif, bref, on ignore quelle issue il aura ; mais Nostre Seigneur print à bon droit le nom du lieu de sa conception parce que dès cet instant il fut homme parfait comme en l'aage de trente trois ans auquel il mourut.
Revenons à nostre seconde rayson pour laquelle il voulut prendre et retint ce nom de Nazaréen qui vaut autant à dire que fleur. Luy mesme déclare au Cantique 'Cap. a, 1. des Cantiques * quelle fleur il est : Je suis la fleur des
camp agîtes et le lys des vallées. Mais quelle fleur des champs estes-vous, Seigneur? O quand il dit la fleur seulement, on doit entendre la fleur qui excelle entre toutes les autres et en odeur et en beauté. Entre toutes les fleurs qui sortent du bois, la rose emporte le prix,