‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 80 sur 273 · XVII. Pour la veille de l'Epiphanie · texte numérisé non relu

XVII. Pour la veille de l'Epiphanie

comme le lys entre celles qui sont herbues et qui ont

leur tige d'herbe *. La rose croist sans artifice et n'a * Cf. tom. prœced.

, . , , . . ,,. hujus Edit., p. 146.

presque point besoin de cultivage, aussi ne cultive-t-on point celles qui croissent aux champs ; son odeur est fort suave estant fraische, mais beaucoup plus estant sèche. Tout de mesme Nostre Seigneur est la fleur par excellence qui est sortie de la très sainte Vierge, ainsy qu'il avoit esté prédit* op? une fleur sortiroit de la verge de * Is., xi, 1. Jessé : cette verge c'est Nostre Dame, et la fleur c'est Nostre Seigneur, dont l'aggreable senteur a alléché les passans et fait venir ces jeunes âmes après luy, attirées de V odeur de ses exemples *. * Cant., 1, 2, 3.

Qu'il soit appelle lys, dont la blancheur est excellente, on n'en peut douter, d'autant qu'il a tousjours esté blanc par une pureté incomparable. Le lys peut croistre sans artifice aussi bien que la rose, comme on le voit en certains païs ; et cecy nous monstre l'amour que Nostre Seigneur portoit à la simplicité, car il ne veut pas estre appelle du nom des fleurs des jardins qui sont cultivées avec tant de soin et d'artifice. Il choisit en outre la rose entre toutes les autres fleurs pour l'amour qu'il portoit à la sainte pauvreté parce qu'il n'y a rien de plus pauvre que la rose : elle n'a que des espines et ne requiert point, comme nous avons dit, que l'on s'employe après elle pour la cultiver. Néanmoins, elle ne laisse pas de rendre tousjours un très suave parfum ; de mesme, si bien nostre cher Sauveur estoit environné de croix, d'espines et de toutes sortes d'afflictions en sa Mort et Passion et pendant tout le cours de sa vie, il ne laissoit pas de respandre tousjours une certaine odeur pleine de suavité. Cecy nous doit faire comprendre que les afflictions, ténèbres intérieures et ennuys d'esprit, qui sont quelquefois si grans entre les personnes les plus spirituelles et qui font profession de la dévotion , qu'il leur semble presque d'estre du tout abandonnées de Dieu, (x) ne les réduisent jamais néanmoins à telles extrémités, qu'elles ne

(1) La fia de cet alinéa se retrouve dans l'Entretien De la Confiance (voir tome VI de notre Edition, p. 27, lignes 6-10). Bien que nous ayons indiqué chaque fois par une note spéciale les passages extraits des Sermons

Serm. III 10

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puissent tousjours respandre devant la divine Majesté des parfums d'une sainte sousmission à sa très sacrée volonté et d'une continuelle promesse de ne le vouloir point ofFencer.

On ne trompe jamais ces âmes qui se viennent présenter pour estre offertes et sacrifiées à la divine Bonté ; car on leur promet qu'elles jouiront des richesses de la félicité éternelle, mais à condition qu'elles renonceront d'abord aux terriennes et périssables ; on leur dit qu'il Ps. xliv, 11. faut quitter la mayson de ses parens et sa patrie * d'effect et d'affection, pour n'en avoir jamais plus que celle de Nostre Seigneur, qui est la Religion en laquelle elles entrent. On leur promet les consolations que Dieu a accoustumé de donner à ceux qui le servent fidellement, consolations qui sont très grandes, voire mesme dès cette vie, mais à condition qu'elles renonceront à tous les playsirs sensuels, pour licites qu'ils puissent estre. On leur asseure qu'elles seront éternellement unies avec la divine Majesté, mais après avoir renoncé entièrement à elles mesmes, à toutes leurs passions, affections et inclinations, faisant une absolue transmigration, car nous leur disons : Si vous avez aymé à vivre selon vostre propre volonté et à faire estime de vostre propre jugement, désormais il ne le faudra plus, ains rien plus estimer que l'obéissance et la sousmission ; il faudra réduire tant qu'il vous sera possible vos passions à néant, pour ne vivre plus selon icelles ains selon la perfection qui vous sera enseignée.

Nous leur mettons un voile sur la teste pour leur monstrer qu'elles seront cachées aux yeux du monde, et si par le passé elles ont affecté d'estre conneuës et estimées, désormais il ne se fera plus aucune mention d'elles ; le voile empeschera que l'on sçache si elles sont belles, de bonne grâce, ou aggreables, et partant il faut renoncer à l'affection qu'elles pourroyent avoir à tout cela. Nous leur changeons d'habit pour leur donner

et insérés dans les Entretiens, nous nous bornerons désormais, quand ces passages seront de peu d'étendue, à les signaler par une indication marginale.

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