‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 81 sur 273 · XVII. Pour la veille de l'Epiphanie · texte numérisé non relu

XVII. Pour la veille de l'Epiphanie

à entendre qu'elles devront changer absolument d'habitudes. Nous leur disons qu'elles sont voirement appellées pour jouir de la félicité du Sauveur sur le mont de Thabor, mais après avoir esté crucifiées avec luy sur celuy de Calvaire, par une continuelle mortification d'elles mesmes et volontaire acceptation, sans choix, des mortifications qui leur seront faittes. Et pour conclusion, nous ne leur promettons pas qu'elles seront espouses de Nostre Seigneur glorifié sinon après qu'elles l'auront esté de Nostre Seigneur crucifié, non plus que nous ne leur présentons pas la couronne d'or sinon après qu'elles

. • 11 ji • * * Cf. B. Raym. de

auront pris celle d espmes *. Cap, Vita s Cath.

En fin nous leur disons que la Religion est « un mont Senensis» Pars n,

■*■ ° c.iv; et supra, p. 44.

de Calvaire* » où les amateurs de la Croix se tiennent *Constit.xxxni,

et font leur demeure. Et tout ainsy que les abeilles

rejettent et abhorrent tous les parfums estrangers, c'est

à dire qui ne proviennent point des fleurs sur lesquelles

elles cueillent leur miel (et qu'ainsy ne soit, portez leur

du musc ou de la civette, et vous les verrez incontinent

se resserrer et fuir cette senteur, parce qu'elle provient

de la chair), de mesme les amans de la Croix rejettent

toutes sortes de senteurs, je veux dire de consolations

terriennes et mondaines, que le diable, le monde et la

chair leur présentent, pour n'odorer jamais plus aucun

parfum que celuy qui provient de la croix, des espines,

des fouets, de la lance de Nostre Seigneur. Toutes ces

choses sont les atours et les bagues que l'Espoux donne

à son Espouse, d'autant qu'elles sont les plus riches

pièces de son cabinet. Les espoux du monde baillent à

leurs espouses des carcans, des bracelets, des bagues,

des velours, des satins et semblables bagatelles; de plus,

ils font des festins à leurs noces. Nostre Seigneur en

fait de mesme ; mais sçavez-vous ce qu'il donne, au lieu

des faisans et des perdrix ? Des mortifications , des

humiliations, des mespris, des douleurs et des peines

intérieures, lesquelles nous font presque douter que nous

ne soyons tout à fait abandonnés de sa bonté.

Il faut que je dise encores cette admirable condition des cibeilles : c'est qu'elles sont si fidelles à leur roy,

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que lors qu'il vient à mourir elles se mettent tout autour de son corps et mourroyent plustost que de le quitter ; si leur gouverneur ne venoit pour les faire retirer, indubitablement elles ne s'en separeroyent jamais. Les gouverneurs des abeilles spirituelles font tout au contraire ; car, comme celuy-là prend peine de les esloigner de crainte qu'elles ne meurent autour de leur roy, ceux cy ont un très grand soin de faire que les âmes demeurent autour du corps de leur Roy mort, c'est à dire proches de Nostre Seigneur mort et crucifié, auprès duquel nous devons nous tenir fidellement tout le temps de nostre vie pour considérer l'amour qu'il nous a porté, et qui l'a fait mourir pour nous à fin que nous vescussions pour son Cf. 11 Cor., v, 15. amour et en son amour*. Ainsy soit-il.

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