‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 82 sur 273 · SERMON DE PROFESSION POUR LE VENDREDI DANS L'OCTAVE DE LA PENTECÔTE · texte numérisé non relu

SERMON DE PROFESSION POUR LE VENDREDI DANS L'OCTAVE DE LA PENTECÔTE

8 juin i6i8(0

(Inédit)

La feste que nous célébrons en ces jours est très solemnelle, tant pour son antiquité comme à cause des grans mystères qu'elle comprend et qu'elle nous représente. Vous ne sçavez peut estre pas comme elle fut instituée par Dieu mesme lors que les enfans d'Israël furent sortis de l'Egypte et délivrés de la captivité. Le Seigneur commanda qu'en reconnoissance on celebrast la feste de la Pentecoste, cinquante jours après Pasques, en action de grâces d'un si signalé bienfait ; et pour la mieux solemniser, il marqua ce qu'il vouloit qu'on fist en icelle, à sçavoir, que l'on offrist au Temple deux pains faits du blé nouveau, deux béliers, des petits aignelets et un bouc *. A Pasques il estoit ordonné *Levit.,xxin, 15-21; d'offrir des javelles comme primices des blés* ; partant PCvït.^xxiVio. les anciens s'en alloyent parmi leurs moissons couper les premiers espis qui s'avançoyent par dessus les autres ; et à la Pentecoste l'on offroit deux pains faits du froment ja meur.

( 1 ) Les Manuscrits donnent ce sermon comme ayant été prononcé le jour même de la Pentecôte, ce qui est une erreur ; car, ainsi qu'en fait foi le Livre du Couvent, aucune cérémonie de Profession n'eut lieu à Annecy en cette fête même pendant la vie du saint Fondateur. C'est le vendredi suivant que fut célébrée, en 1618, la Profession des Sœurs Françoise-Marguerite Favrot, Marie-Michelle de Nouvelles et Claude-Jacqueline Joris, et la teneur de ce sermon nous autorise à croire qu'il a été prêché pour cette circonstance.

150 Sermons recueillis

Mais à quoy bon tout cecy, sinon pour servir de préface au discours que je m'en vay vous faire ? Tous les Chrestiens en leur Baptesme sont offerts à la divine Majesté comme des javelles à la feste de Pasques.

*Exod., xii, 11. Pasques ne signifie autre chose que passage* ; et les hommes font un passage très heureux en leur Baptesme, car ils passent de la tyrannie et servitude du diable à la

* Rom., vin, 23 ; grâce de V adoption des enfans de Dieu *. Ils sont

Ephes.,i,5;Coloss., .

h xj. voirement présentes comme javelles, qui ne sont bonnes

à rien si elles ne sont battues et froissées pour en faire sortir le grain, qui est environné de paille et de mille sortes de superfluités. Ainsy sommes nous, nous autres, quand nous sommes baptizés, environnés de mille sortes d'inclinations tendantes au mal ; mais beaucoup plus misérablement lors que, par nostre malheur, nous venons à suivre ces mauvais penchans et affections dépravées. Nous prenons l'habitude du mal et des vices, comme si c'estoit chose impossible de nous empescher de faire ce à quoy nostre nature et la tentation nous convient.

Il s'en trouve en effect qui disent : Il est vray que je suis colère, mais que voulez-vous que j'y fasse? c'est mon naturel. Qui ne voit la tromperie de nostre amour propre ? Comme si par la bonté de Dieu, il n'estoit pas en nostre pouvoir de nous surmonter et vivre contre nos inclinations, et selon la rayson qui nous enseigne qu'il ne les faut pas escouter ! Une autre dira : Il est vray, je suis un peu vaine, mais c'est mon inclination de me parer et désirer d'estre louée et estimée ; je ne sçaurois que faire à cela. O Dieu, l'on ne regarde pas la fin pour laquelle la divine Bonté a permis qu'en punition du péché de nostre premier père plusieurs mauvaises inclinations nous soyent demeurées après le Baptesme, bien que la grâce nous y soit donnée suffisamment pour nous surmonter. Cette fin donques n'est autre que pour nous bailler sujet de mériter davantage par ce moyen, travaillais courageusement pour l'amour de Dieu à nous surmonter nous mesme.

Pour cet effect, après que nous avons l'usage de la rayson, nous recevons le Sacrement de Confirmation par

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