XIX. Pour la fête de la Visitation
Dieu qu'envers le prochain ; et cette charité, comme un arbre de parfums, jettoit une très aggreable odeur et suavité.
Mais les rabbins et quelques autres* semblent encor *AbenEsra, Santés
. , ,. . t- 1 i Pagninus, alii.
mieux faire entendre que le divin Espoux, parlant du chef de sa bien-aymée, veut signifier la charité ; car ils traduisent : Ton chef ressemble à Vescarlatte. Et ailleurs* * Cant.,iv,3,vi, 6. les joues de l'Espouse sont comparées aux grains de la grenade qui sont tout rouges. Et qu'est-ce tout cecy sinon la charité de la Sainte Vierge naïfvement représentée ? puisque non seulement elle avoit la charité, mais elle l'avoit receùe en telle plénitude qu'elle estoit la charité mesme. Elle avoit conceu Celuy qui estant tout amour l'avoit rendue l'amour mesme ; tellement qu'on luy peut appliquer mieux qu'à nul autre ces parolles du Cantique des Cantiques, lors que l'Espoux sacré, contemplant sa bien-aymée en son doux repos, fut saisi d'une sainte complaisance qui luy fit adjurer les filles de Hierusalem de ne la point esveiller, disant * : Filles de Hierusalem, * Cap. n, 7, m, 5. je vous adjure par les chevreuils et chèvres des champs de ne pas esveiller ma bien-aymée qui est en l'amour, qu'elle ne le veuille ou désire. Et pourquoy? parce qu'elle est en la charité et en l'amour. Ou plustost, selon une autre version* : Filles de Hierusalem, je *Hebraic.,Syriac, vous adjure de ne pas resveiller la dilection et ra ' l'amour mesme, qu'elle ne le veuille ; et cette dilection et amour est ma bien-aymée, c'est à dire la sacrée Vierge, qui non seulement a l'amour, mais est l'amour mesme. C'est elle que Dieu a regardée avec une complaisance toute particulière; car, qui a jamais peu donner complaisance à Nostre Seigneur que celle qui estoit accomplie en toutes sortes de vertus ? Avec la charité elle estoit douée d'une profonde humilité, ainsy que le tesmoignent ces parolles qu'elle dit lors que sainte Elizabeth la loua : Parce que Dieu a regardé V humilité de sa servante , toutes les nations la loueront et appelleront bienheureuse *. * Luca?, 1, 48.
Mais pour oster de nos esprits tout sujet d'embrouillement, expliquons comment ces parolles se doivent
Serm III 11
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entendre.. Plusieurs docteurs pensent que quand Nostre Dame dit que Nostre Seigneur avoit regardé V humilité de sa servante elle n'entendoit pas parler de la vertu d'humilité qui estoit en elle. Entre ceux qui tiennent *Comm.inLuc.,ad cette opinion, on trouve Maldonat *, et quelques autres
locum. 1» j «ii- i TT-
encor ; car, adjoustent-ils, bien que la Vierge eust une
très profonde humilité, si ne s'estimoit-elle pas humble,
ni moins vouloit-elle parler de l'humilité, d'autant que
cette parole eust esté contraire à l'humilité mesme. Mais
quand elle dit : Il a regardé V humilité de sa servante,
elle veut signifier la vileté, misère et abjection qu'elle
voyoit en elle mesme, en ce qui estoit de sa nature et
du néant dont elle estoit sortie ; c'est en ce sens qu'elle
asseuroit que Dieu avoit regardé Vhumilitè de sa
servante, car le vray humble, disent ces docteurs, ne
croit ni ne voit jamais qu'il a la vertu d'humilité.
*s. Aug.,Expos.in D'autres tiennent l'opinion contraire*, et celle-cy est
ccvfnfin Append™); la plus probable ; ils pensent que Nostre Dame entendoit
s. Bern homii i par[er ^e ia vertu d'humilité, et qu'elle connoissoit bien
super Missus est, r i
etubiinfra, p. 164. que c'estoit cette vertu qui avoit attiré le Fils de Dieu dans ses entrailles. Il n'y a donc point de doute qu'elle sçavoit que cette vertu estoit en elle, et cela sans danger de la perdre, parce qu'elle reconnoissoit que l'humilité qu'elle voyoit en elle n'estoit pas d'elle. Le grand Apostre saint Paul ne confessoit-il pas qu'il avoit la charité, par des parolles si asseurées qu'il semble parler
* Rom, vm, 35-39. avec plus de présomption que d'humilité? Il disoit * : Qui est-ce qui me séparera de la charité de Jésus Christ ? Sera-ce les chaisnes, les tribulations, la mort, la croix, le feu, le glaive? Non, rien ne me pourra séparer de la charité de Dieu qui est en Jésus Christ. Voyez-vous avec quelle asseurance parle cet Apostre? S'il confesse que rien ne le pourra séparer de là charité de son Dieu, il faut donques qu'il croye avoir la charité. Certes, il n'y a point de doute en cela, bien que, quand il dit : Qui me séparera de la charité de mon Dieu, il faille entendre, moyennant la grâce de Dieu. Ainsy la glorieuse Vierge ne manqua point d'humilité, ni ne fit aucune faute contre icelle quand elle