‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 96 sur 273 · XX. Pour la fête de sainte Anne · texte numérisé non relu

XX. Pour la fête de sainte Anne

pour acheter la perle inestimable qu'il a trouvée. Le pur amour de Dieu est cette perle pretieuse que les négociateurs du Ciel trouvent, et pour laquelle acheter il faut qu'ils vendent tout ce qu'ils ont. Nous voyons que ces anciens Chrestiens qui ne se contentoyent pas d'observer les commandemens de Dieu, mais aussi se mettoyent à la prattique exacte de ses conseils*, quittoyent *Videsupra,p.i53. tout sans reserve ; si que l'on pouvoit véritablement bien asseurer qu'ils n'avoyent qu'un cœur et qu'une ame*, *Act.,iv, 32-35. car le mot de tien et de mien n'estoit jamais entendu parmi eux.

Mais escoutez, je vous prie, le maistre de tous et le Prince des Apostres : Voicy, dit-il à Nostre Seigneur, que nous avons tout quitté ; quelle recompense en aurons-nous*? Sur quoy le grand saint Bernard ** luy *Matt., xix, 27.

, ^. . t -r^.. **In verba Ecce nos

parle en ces termes : O pauvre saint Pierre, comme vous reiiquimus, -posts. pouvez-vous ainsy vanter d'avoir tout quitté, et quelle ^^v^'i*m'V rayson avez-vous d'exagérer l'abandonnement que vous avez fait, disant que vous avez quitté toutes choses, puisque vous n'estiez qu'un pauvre pescheur et n'aviez quitté qu'une petite barque et des rets ? A quoy il respond luy mesme : C'est assez tout quitter et abandonner que de ne se reserver point de prétentions au monde, et qui plus est, de se quitter et abandonner soy mesme. Les Religieux et Religieuses ont esté de tout temps fort loués et estimés à cause de ce parfait abandonneraient de toutes choses ; mais laissons les Religieux et ne parlons que des Religieuses, puisqu'il est plus à mon propos.

Le grand saint Augustin* fait reproche aux Mani- "Cf.Enarrat.inPs. cheens dequoy en leur religion ils n'ont rien de sembla- ' txu' pis'c ble ni qui approche tant soit peu la vertu des vierges renfermées dans les monastères, lesquelles sont pures comme des colombes et font vœu d'une perpétuelle chasteté ; mais sur tout il extolle ce renoncement de toutes choses, disant qu'elles ont tellement quitté tout ce qu'elles avoyent qu'elles n'ont rien en particulier, et que jamais les mots pernicieux de mien et de tien ne s'entendent parmi elles. Le bienheureux saint Ignace,

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* s. ign.M.,Epist. escrivant à un de ses amis*, luy recommande expresse-

(supposit.) ad Tar- ,

sens., § ix. ment les vierges et les verves congregees dans les

monastères; les vierges comme consacrées à Dieu, et les vefves comme l'autel. Il les recommande tant les unes que les autres, à cause du grand renoncement qu'elles ont fait de tout ce qui est sur la terre, tant de ce qu'elles possedoyent comme des prétentions qu'elles pouvoyent avoir, comme aussi à cause de leur parfait renoncement à elles mesmes.

C'est à ce renoncement parfait que vous estes appellées maintenant, mes très chères filles. C'est une prétention bien haute que de conquérir le pur amour de Dieu, qui est la perle pretieuse que vous cherchez et que vous avez trouvée, laquelle néanmoins ne se peut acheter qu'au prix de toutes choses. Si vous la voulez avoir il est en vostre pouvoir, mais aussi il faudra faire l'abandonnement parfait de tout, et ce qui est encores plus, il vous faudra quitter vous mesme, le pur amour de Dieu ne pouvant souffrir aucun compagnon. Il ne veut pas seulement estre exempt de rival, mais il veut estre seul dans nos cœurs et y régner paisiblement ; car quand il

* Cf. Tr.de VAm.de cesse de régner, il cesse quant et quant d'estre *.

Nous avons deux nous mesmes lesquels- il faut renoncer et abandonner totalement et sans aucune reserve pour estre vrays Religieux. Nous avons ce nous mesme exte-

* Rom., vi, 6. rieur que saint Paul * appelle viel homme ; nous avons

encor l'autre nous mesme, qui est nostre propre jugement et nostre propre volonté, et en ce nous mesme icy consiste le nœud de l'affaire. Il faut voirement bien renoncer et mortifier le corps, mais ce n'est pas assez, il faut mortifier sur tout l'esprit. Escoutez l'Espouse au

* Cap. ult., 7. Cantique des Cantiques *, laquelle dit que si quelqu'un

donne toute sa substance pour Dieu, pour son pur amour, il ne l'estimera rien, cro}^ant de n'avoir gueres donné pour une perle si pretieuse. La prétention de tous les Religieux n'est point moindre que de se transformer tout en Dieu, prétention digne certes d'un cœur généreux, et prétention que nous devrions tous avoir. Mais resouvenons-nous que ceux qui entreprennent de

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