A DES AMIS
(minute inédite)
Départ précipité pour traiter des intérêts de la religion dans le pays de Gex.
[Fin juillet 1601.]
Non sum nescius quanta vos alacritate de meo transitu admonebit mater optima, quae me et tam effusa
Je n'ignore pas avec quel empressement cette excellente mère Vous avertira de mon passage, elle qui m'a embrassé avec une
(1) Cette minute, qui ne porte ni date ni adresse, doit remonter, d'après les particularités de récriture, à Tannée 1601. L'un des destinataires pourrait être le baron de Chevron (voir ci-après p. 70) et l'autre est certainement le président Favre. Ce dernier était revenu tout récemment de Rome, comme le prouve une lettre que le comte de Verrua, ambassadeur de Savoie auprès du Saint-Siège, écrivait au duc le 30 juin, et il avait pour commensal ce « tout aimant Rodolphe » que salue le Saint. Quant à la conférence avec le baron de Lux, elle a dû être occasionnée par les menées que les Genevois faisaient à cette époque pour retenir le pays de Gex sous leur domination, ou du moins pour empêcher d'y rétablir le culte catholique.
Année 1601 69
animi laetitia complexum dimittendum non existimasset, nisi causam discessus attulissem quam omni exceptione majorem non potuit non agnoscere. Et vero vos ipsi judicate qualem esse opporteat quae me vos, tam cito redituros, tam exiguo locorum intervallo disjunctos, insalutatos relinquere compellat. (a) Religionis nimirum causa est quae, cum ubique quidem, apud me vero quam maxime precipua esse debebit, me tanta vi abducit et abstrahit. Diem enim hanc addixit Baro Lucensis (b) deliberationi de religionis Catholicae apud Gavanos restitutione ; quare veritus ne si dies re infecta abiret, tum apud Deum tum apud homines tenear de mora, de vestra erga me humanitate confisus, discedo, et hac mese erga vos observantiae contestatione, profiteor me victurum moriturum vestrum fratrem, votis placitisque vestris addictissimum.
Amatissimo utinam et amantissimo Rudolpho (x) quam impensissime salutem dicere placeat.
Revu sur l'Autographe appartenant à Mme Doroz, née d'Arcine, à Besançon.
âme débordante de joie, et qui n'eût pas consenti à me laisser partir si je ne l'avais contrainte à constater combien est urgente la cause de mon départ. Vous-même, du reste, pouvez juger de cette urgence, puisqu'elle m'oblige à m'éloigner sans vous saluer, vous qui alliez si tôt revenir, vous qu'une si petite distance séparait de moi ! Il s'agit de la religion ; or, cette cause qui est la première pour tous, doit l'être surtout pour moi, qu'elle soulève et entraîne avec tant de force. Le baron de Lux a fixé ce jour pour une conférence sur le rétablissement de la religion catholique dans le pays de Gex. Si ce jour s'écoulait sans que la question fût réglée, je craindrais d'être responsable du retard devant Dieu et devant les hommes. Aussi, confiant dans votre bienveillance à mon égard, je pars en vous assurant de tout mon respect, et je proteste vouloir vivre et mourir votre frère, tout dévoué à ce que votre bon plaisir réclamerait de moi.
Veuillez, je vous prie, saluer le plus affectueusement du monde le tout aimé et tout aimant Rodolphe ( 0.
(a) compellat. — TEa nimirum est quœ religioni restituendae...J
(b) Baro Lucensis — fnegotio, tractationi...J
(1) Rodolphe Janssen. Voir plus loin la lettre à M»1* Gisbert Masius.
7<d Lettres de saint François de Sales
A MONSEIGNEUR JULES-CÉSAR RICGARDI ARCHEVÊQUE DE BARI, NONCE APOSTOLIQUE A TURIN
(minute inédite)
Le pays de Gex soumis à la France ; intention du roi d'y rétablir la religion catholique; opposition des Genevois; démarches faites pour en triompher. — Reprise des poursuites commencées au sujet de- la coadjutorerie.
Chambéry, 20 août 1601 (1).
Illustrissimo et Reverendissimo Signore Padron
colendissimo,
Se bene per relatione del signor Présidente Fabro et anco del signor Barone de Chivron so che forse questa mia lettera non glie capitarà in mano nella sua nuntiatura, tuttavia non ho lasciato di volerglie dar raguaglio di due cose, al successo délie quali sua authorità et bontà potrà dar molto aiuto nelle occurrenze.
Una è circa l' accrescimento délia fede santa appresso a Geneva nel balliaggio di Gex, che è di questa diocesi, et si stende dalla Borgogna et paese de' Bernesi a mezzo miglio appresso a Geneva. È stato sin adesso occupato
Illustrissime, Révérendissime et très honoré Seigneur, Bien que d'après ce qui m'a été dit par M. le président Favre et M. le baron de Chevron je sache que peut-être cette lettre ne parviendra pas entre vos mains pendant votre nonciature, je ne veux pas toutefois laisser de vous donner connaissance de deux choses, au succès desquelles votre autorité et votre bonté pourront beaucoup aider à l'occasion.
L'une concerne l'extension de la sainte foi près de Genève, dans le bailliage de Gex, qui appartient à ce diocèse, et s'étend des confins de la Bourgogne et du pays des Bernois jusqu'à un demi-mille de Genève. Ce bailliage a été occupé jusqu'à présent par les Genevois au nom du roi de France ; mais depuis quinze jours il a été de nouveau
( 1 ) Cette date est indiquée par Msr Riccardi. Voir à l'Appendice sa lettre du 5 septembre 1601.
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da' Genevrini a nome del Re di Francia, et nuovamente, da quindici giorni, è stato ridotto sotto a quella corona et tolto dalle mani di detti Genevrini ; dove il signor Barone de Lux, il quale al nome del Re ne pigliô possesso (0, dichiarô che era intentione di esso Re che l'essercitio catholico vi fosse restituito col mezzo delY Intérim a forma di quello che si pratica in Francia. Ma perche Y Intérim francese vuole che si rendano li béni ecclesiastici et le chiese alli sacerdoti, Vescovi et altri, li Genevrini, che occupano le terre [ed] entrate di Monsignor Vescovo di Geneva, del suo Capitolo et altre chiese, protestorno che quello Intérim non gli dovesse pregiudicare ; et per questo detto signor Barone di Lux, molto catholico, ha mandato dal Re per havere risolutione circa questa difficoltà, et Monsignor Vescovo pur anco, dal canto suo, scrisse a Sua Maestà(2) et al signor Nuncio di Francia (3) acciô che le sue ragioni et le nostre fossero conservate.
Ma questo è poco se la Santa Sede non adopra vivamente la sua authorità appresso quella Maestà, acciô che
soumis à sa couronne et arraché aux mains desdits Genevois. M. le baron de Lux, qui en a pris possession au nom du roi ( 0, a déclaré que l'intention du roi lui-même était que l'exercice du culte catholique y fût rétabli au moyen de l'Intérim de la même manière qu'il se pratique en France. Mais parce que l'Intérim français veut que les biens ecclésiastiques et les églises soient rendus aux prêtres, aux évêques et autres, les Genevois, qui détiennent les terres et les revenus de M°r de Genève, de son Chapitre et d'autres églises, ont protesté que cet Intérim ne devait leur préjudicier en rien. C'est pourquoi M. le baron de Lux, bon Catholique, a mandé au roi pour avoir la solution de cette difficulté, et M°r l'Evêque a aussi, de son côté, écrit à Sa Majesté (2) et à M. le Nonce de France (3), afin que ses droits et les nôtres soient sauvegardés.
Mais ceci est peu de chose si le Saint-Siège n'emploie fortement
(1) La prise de possession avait eu lieu le 30 juin, mais la prestation de serment ne se fît que le 5 août.
(2) Voir à la fin de ce volume la lettre du 5 août 1601.
(3) Ibid., lettre du 10 août adressée à Mgr Silingardo, Evêque de Modène.
*]2 Lettres de saint François de Sales
senza rispetto a1 Genevrini si esseguisca detta restitutione de' béni délia Chiesa, colla quale si farà un smacco a quelli heretici, il maggior che sin adesso gli sia stato fatto, et senza la quale non si potrà stabilire la santa religione, non potendosi provedere di pastori a quel paese se alli pastori non [si] provede di vitto et di chiesa. Per questo Monsignor Vescovo scrive air Illmo signor Cardinale Aldobrandino (0, et mi è parso doverne dare avviso a V. S. Illma acciô che anco lei s' adopri per simile occasione ch'è tanto opportuna alla gloria d' Iddio.
L' altra cosa è che io vengo tanto sollecitato da Monsignor Vescovo di Geneva et anco, per dirla liberamente, da tutti i più notabili et risguardevoli délia diocesi, non solo ecclesiastici, ma anco laici, che insomma, vinto dalla istantia fattami da loro, ho dato il mio consenso che si ripigliasse il negotio délia coadiutoria di questo vescovato, con futura successione in favor mio. Non certo perché io desideri quella dignità, il peso délia quale mi è stato sempre formidabile, massime in questi tempi tanto torbulenti et torbidi, ma per non far resistentia al
son autorité auprès de Sa Majesté, afin que, sans égard aux Genevois, on exécute cette restitution des biens de l'Eglise; par ce moyen, ces hérétiques recevront le plus grand affront qu'on leur ait jamais fait jusqu'à présent. Sans cette mesure, la religion ne pourra être rétablie ; car il est impossible de pourvoir ce pays de pasteurs si on ne pourvoit les pasteurs des ressources nécessaires et d'une église. A cet effet, M*r notre Evêque écrit à l'Illustrissime Cardinal Aldobrandino [ 0 , et j'ai cru devoir en avertir Votre Seigneurie Illustrissime, afin qu'Elle intervienne aussi dans une occasion si favorable à la gloire de Dieu. L'autre chose est que, en étant vivement sollicité par Ms'r l'Evêque de Genève et aussi, pour le dire franchement, par toutes les personnes les plus notables et les plus distinguées du diocèse, non seulement ecclésiastiques mais encore laïques, cédant enfin à leurs instances j'ai consenti à ce que l'on reprît les négociations commencées pour m'obtenir la coadjutorerie de cet évêché avec future succession. Ce n'est pas certes que je désire cette dignité, dont le poids m'a toujours paru formidable, surtout dans ces temps de confusion et de trouble ;
(i) Voir à la fin de ee volume la lettre du il août*
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parère di tanti huomini da bene et li quali hanno giudicato che io non dovevo più ritardar questo negotio. Tuttavia vi è ancora una gran difficoltà, et forse taie che la Providentia divina, con mezzo di essa, mi farà gratia di lasciarme nella quiète. Et è che per l'ingiuria delli tempi passati havendo assai patito la casa mia, et ritrovandomi da tre mesi in qua privo del mio padre, non ho modo di fare grande spesa, la quale se sarà necessaria, non posso seguitare questa impresa, massime non trattandosi di cosa présente, ma di futura, ne di commodità, ma di fatica incredibile ; essendo questa Chiesa privata délia maggior parte délia sua dote, la quale è in mano delli nemici délia fede, et con tante occasioni di faticare che il poco pane che ella dà al suo Vescovo non si puô mangiare senza molto sudore *. * Cf. Gen., m, 19.
Per questa ragione Monsignor Vescovo scrive al suo agente che vada scuoprendo per mezzo delli amici, et particolarmente deirillmo signore Cardinal Baronio (O, se si potesse sperar qualche gratia di Sua Santità, et io
mais c'est pour ne pas résister à l'avis de tant de gens de bien qui ont jugé que je ne devais plus retarder cette affaire. Toutefois, il reste encore une grande difficulté, et telle que peut-être ce sera le moyen dont la divine Providence se servira pour me faire la grâce de me laisser en repos. C'est que, ma famille ayant beaucoup souffert par le malheur des temps passés, et me trouvant privé de mon père depuis trois mois, je ne suis pas en mesure de faire une grande dépense. Si elle est nécessaire, je ne pourrai poursuivre cette affaire, d'autant plus qu'il ne s'agit pas d'une chose présente, mais future, ni d'avantages, mais de peines incroyables. Cette église est dépouillée de la plus grande partie de ses revenus, qui sont entre les mains des ennemis de la foi ; de plus, il y a tant de travaux à supporter que son Evêque ne peut manger qu'au prix de beaucoup de sueurs le peu de pain qu'elle lui donne.
Pour cette raison, Msr notre Evêque écrit à son agent qu'il tâche de découvrir, par le moyen de nos amis, et particulièrement de l'Illustrissime Cardinal Baronius (0, si l'on peut espérer quelque faveur
( 1 ) Voir à la fin du volume la lettre adressée à ce Cardinal par M»r de Granier, en date du 10 août 1601.-
74 Lettres de saint François de Sales
anco ne supplico humilissimamente V. S. Illma et Rma acciochè non dandosi simili gratie io non entri in questo negotio , il quale non riuscendo per mancamento del modo, potrebbe dar sinistra opinione di qualche altro difetto a questi miei paesani. Se poi la cosa deve riuscire, io non cessarô di prevalermi délia benevolentia et bontà di V. S. Illma et Rma dove io ne vederô Y opportunità, desiderando in questo et in ogni altro disegno esser sempre sotto le ali délia sua protettione.
Mi rincresce molto che s' habbia da dar principio a questo negotio nel "fine délia sua felice et fruttuosa nunciatura, ma cosi vuol la Providentia divina, alla quale rimetto interamente il successo et di questo et de gY altri miei pensieri, et la supplico di conservare ad utile délia santa Chiesa V. S. Illma et Rma, alla quale bascio humilissimamente le mani
AU' Illmo et Rm0 Padron et Sigr mio osservandissimo, Il Sigr Arcivescovo di Bari, Nuntio Apostolico appresso S. A. Serenma. Turino.
Revu sur le texte inséré dans le Ier Procès de Canonisation.
de Sa Sainteté. J'en supplie moi-même très humblement Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime, afin que si de telles faveurs ne s'accordent pas, je ne poursuive plus cette affaire ; car si elle n'aboutissait pas, faute de ressources, mes compatriotes pourraient concevoir de mauvais soupçons, et attribuer cet insuccès à quelque autre cause. Si cependant la chose doit réussir, je ne cesserai de me prévaloir de la bienveillance et de la bonté de Votre Seigneurie chaque fois que je le croirai opportun, désirant en ceci comme en tout autre dessein demeurer toujours sous les ailes de sa protection.
Je regrette beaucoup qu'il faille entreprendre cette affaire sur la fin de votre heureuse et fructueuse nonciature, mais ainsi le veut la divine Providence. Je lui remets donc entièrement le succès de ceci et de tous mes autres projets, la suppliant de conserver pour l'utilité de son Eglise Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime, à qui je baise très humblement les mains
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