‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 16 sur 102 · CLXV1II · texte numérisé non relu

CLXV1II

u8 Lettres de saint François de Sales

quelque consolation de la consultation ; mais je crois qu'elle n'en a pas besoin.

J'ay eu le loisir de gouverner deux ou trois fois le bon monsieur Galemand(0, avec autant de proffit que j'en ay jamais recueilly d'autre conversation quelcomque ; il a l'esprit vrayement apostolique. J'ay esventé parmi les bonnes âmes le désir qui vous avoit esté proposé de la Congrégation de l'Oratoire, mais je ne voy pas encor la sayson bien arrivée : Dieu fera son œuvre.

Je m'attendois avec beaucoup de désir de vous aller voir a Pontoise au jour que nous avions choysi ; mais il faut que je me mortifie et que je perde du tout l'espérance en ce grand contentement, ou que je diffère a un autre tems, car mes affaires me tiennent assiégé et a la gorge, en sorte que je ne puis m'eschapper. Croyes que j'en suis infiniment marri ; mais, si je puis, je ne perdray qu'en l'attente, car estant despeché je retarderay plus tost quelques jours pour rencontrer l'occasion de recevoir ce bien, et lhors je vous diray plus de nouvelles du dessein des Religieuses reformées que je ne sauroys faire maintenant, car Sa Majesté en aura receu la requeste et declairé son bon plaisir. Vous sçaves bien que Paris perd le P. Don Vicaire, qui s'en va Prieur a Cahors, en Querci (2).

(r) Ce saint prêtre travaillait alors activement, de concert avec MM. de Bérulle, de Brétigny et du Val, à l'introduction des Carmélites en France. La duchesse de Longueville, que Ton désirait voir à la tête de cette œuvre, voulut avoir l'avis de saint François de Sales. Il se mit donc en relation avec ces vénérables personnages qui le prièrent d'assister aux conférences faites au sujet du Carmel dans l'été de 1602.

Quant à M. Gallemand, il était digne à tous égards de l'estime et de l'affection que lui témoignait le Coadjuteur de Genève. Né à Auraale en 1559, Jacques Gallemand montra dès l'enfance des dispositions extraordinaires pour la piété, devint prêtre en 1583 et, dix ans plus tard, curé de sa paroisse natale, qu'il transforma en peu de temps. Son zèle apostolique s'exerça encore à Gisors, Pontoise, Rouen et Paris. Il refusa l'évêché de Senlis afin d'être plus libre de s'employer à la direction des Ursuliues et à la diffusion de l'Ordre des Carmélites, dont il fut supérieur jusqu'à sa mort (1630).

(2) Dora Richard Beaucousin, vicaire du monastère des Chartreux, où il avait fait profession en 1591, à l'âge de trente ans. Ce Religieux était très renommé pour son expérience dans les voies intérieures. C'est pour le soustraire à l'empressement dont il était l'objet que ses Supérieurs l'éloignaient de Paris. Il remplit la charge de prieur à la Chartreuse de Cahors jusqu'à sa mort arrivée le 8 août 1610.

Année 1602

Monsieur, le papier me manque et, en devisant avec vous, l'appétit m'est creu jusques a me porter en ce coin (0 ou je n'ay plus de lieu que pour me recommander humblement a vos bonnes prières et a vos grâces et a celles de madamoiselle vostre femme, et me dire pour toute ma vie,

Monsieur, Vostre très humble et très asseuré serviteur,

Franc3 De Sales.

A Paris, le 15 juin 1602.

A Monsieur Monsieur de Soulfour.

A Glatagni.

Revu sur l'Autographe conservé à Paris, au Carmel de la rue Denfert-Rochereau . ( 1 ) Les dernières lignes de la lettre sont écrites dans la marge.

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