A M. ANTOINE DE LA PORTE
( INÉDITE
Dispositions bienveillantes du duc de Savoie envers Mme de Mercœur. — Jugement d'un procès entre cette princesse et don Amédée de Savoie. — Le Saint s'excuse de n'avoir pu achever le payement de la terre de Thorens.
Annecy, 6 juin 1603.
Monsieur,
Je reviens naguère de Piémont, ou je vis Son Altesse et l'entretins quelque tems sur les affaires que Madame a de deçà, et le treuvay fort disposé a luy donner toute assistence et faveur pour en chevir. Je luy proposay que, venant un agent de Madame, il seroit expédient de commander a quelques uns des officiers de la justice de terminer en une journée amiable toutes les difficultés qu'elle avoit, soit avec le seigneur Dom Amedeo (2), soit avec autres ; ce que Son Altesse accorda fort volontier, et monstra de priser extrêmement tout ce qui appartenoit au contentement de Madame, comme sa parente proche et vefve d'un prince son parent, et des louanges duquel il me dit merveilles.
Mais ce pendant que je traittoys ces choses en Piémont, la Chambre des Comptes acheminoyt le procès que Madame a avec le seigneur Dom Amedeo pour Contiens, si que, a mon arrivée, je le treuvay prest a juger ; et, selon l'advis du juge, j'escrivis tout aussi tost a Son Altesse
(1) Dans un inventaire de la Chambre des Comptes de Savoie et dans d'autres documents on trouve mentionné « noble Antoine Perret, seigneur de la Porte, » comme étant procureur et négociateur général de Marie de Luxembourg, duchesse de Mercœur. (Voir le tome précédent, note (2), p. 7.)
( 2 ) Don Amédée ou Amé de Savoie, fils donné du duc Emmanuel-Philibert, était marquis de Saint-Rambert, comte de Conflans, grand-croix des Saints Maurice et Lazare, commandeur de Savoie, chevalier de l'Annonciade, lieutenant-général de Son Altesse en deçà des monts. Ce prince, qui dans diverses rencontres servit utilement les intérêts de l'Etat, mourut à Turin en 1610.
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pour avoir surseance et ordre que tout fut retardé, suivant l'accord qu'il m'avoit fait de terminer les differens sans procès. Mais tout cela pour néant, car ma lettre ne fut pas en chemin que l'arrest sortit tel que le juge vous escrira I1), ainsy quil m'a dit. J'en fus extrêmement marri pour m'estre treuvé court au service que j'avois désiré rendre a Madame.
Je treuvay en Piémont monsieur le référendaire Millet (2), et passay en Maurienne pour parler a Monsieur l'Evesque (3) touchant Faverges (4) ; ilz persistent, et s'offrent de solliciter, ayant procure de Madame, pour faire rendre les deniers sans que Madame en face la despence, suivant les mémoires que je vous en laissay. Le marquis de Lulin escrivit a Madame pour acheter Doin, et j'envoyay la lettre ; je ne sçai si elle l'aura receùe : il attend response.
Reste que je parle de moy, qui suis très marri de ne pouvoir si tost chevir du payement de Thorens * ; mais *Videp.i25,not.(i?
( 1 ) L'arrêt en question, signé J.-C. de la Roche et Bay, fut rendu en faveur de don Amédée le 17 mai 1603. (Archives de la Chambre des Comptes de Savoie, Arrests, vol. 31.)
(2) François-Amédée Milliet (13 59-1 6 31) était docteur en droit de l'Université de Toulouse (n octobre 1583), conseiller d'Etat, premier référendaire ordinaire et maître des requêtes (patentes du 15 juin 1584), commandeur de Lémenc, baron de Faverges, seigneur de Marcié, du Chesnay, etc. C'est en sa faveur que, pour prix de vingt-cinq années de fidèles services, la baronnie de Faverges fut érigée en comté (patentes du 8 janvier 1609).
(3) Philibert-François Milliet, frère du précédent (1561-1625), prieur commendataire de Saint-Pierre de Lémenc (1583), docteur de la Sapience de Rome (1585), abbé d'Aulps, doyen de Viry, avait été d'abord coadjuteur de son oncle, Pierre de Lambert, évêque et prince de Maurienne, auquel il succéda le 6 mai 1591. Charles-Emmanuel Ier, qui l'avait en grande estime, le créa conseiller d'Etat, chancelier de l'Ordre de l'Annonciade, et le choisit pour ambassadeur en Espagne et à Rome. Ces emplois n'empêchèrent pas l'Evèque de Maurienne de s'appliquer avec zèle à l'administration de son diocèse et à l'évangélisation de son peuple. En 1618 il fut transféré sur le siège archiépiscopal de Turin, qu'il occupa jusqu'à sa mort.
(4) Le fief de Faverges, vendu par le duc Charles de Savoie à François Ier de Luxembourg (5 mai 1506), avait été inféodé, après la mort de Sébastien de Luxembourg, petit-fils de ce dernier (1569), à Louis Milliet, père de l'Evèque et du référendaire. Opposition fut faite au nom de l'unique héritière de Sébastien, Marie de Luxembourg encore pupille, qui épousa plus tard le duc de Mercceur ; mais, par arrêt de la Chambre des Comptes (12 novembre 1571), elle avait été condamnée à relâcher ce fief. De là les questions financières effleurées dans cette lettre.
196 Lettres de saint François de Sales
j'espère que Madame aura quelque considération au malheur qui nous accable de deçà et auquel Thorens mesme a une grande part. Je m'essayeray de la contenter au plus tost, n'ayant aucun affaire mondain en mon esprit que celluy-la, et de luy rendre tous les services quil me sera possible en toutes occurrences, comme tres-obligé que j'y suis. Faittes moy cet honneur, Monsieur, que de l'en asseurer et luy présenter une très humble révérence en mon nom, ce pendant que je prieray Dieu quil vous comble de ses grâces et que je suis, Monsieur,
Vostre serviteur plus humble,
Franc9 De Sales, Evesque de Genève.
A Neci, 6 juin 1603.
A Monsieur
Monsieur de la Porte, Surintendant de la mayson de Madame la Duchesse de Mercœur.
Revu sur l'Autographe conservé au Ier Monastère de la Visitation de Paris.
A M. CHARLES d'aLBIGNY (0 Réclamations au sujet d'une mesure contraire aux immunités ecclésiastiques.
Annecy, 14 juin 1603.
Monsieur,
pay considéré l'expédient que le sieur cappitaine de Moyron (2) propose pour descharger les ecclésiastiques du logement de guerre et y ay veu plusieurs inconveniens, et, entre les autres, celuy que je crains le plus,
( 1) L'Autographe, conservé à la chapelle de l'Evêché de Sienne, est entouré d'un encadrement de marbre fixé dans la muraille, de telle sorte qu'il n'est pas possible de voir le verso sur lequel doit se trouver l'adresse. Le contenu de la lettre prouve néanmoins qu'elle a dû être écrite à M. d'Albigny, gouverneur de la Savoie.
(a) Jean Paquellet de Moyron, frère de François (voir ci-dessus, note (2), p. 103), avait été condisciple du Saint à Paris et était demeuré son ami. Il
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qui est que la liberté et immunité ecclésiastique en seroit, ce me semble, directement violée. C'est pourquoyj 'envoyé le porteur auprès de vous , Monsieur, pour vous les représenter, estimant de ne treuver pas moins de faveur pour nostre droit que nous y en avons tous-jours treuvé, et que je me prometz d'en treuver ci après.
Cependant, et moy et tous les ecclésiastiques qui sont icy, nous prierons Dieu pour vostre santé, et je demeureray,
Monsieur,
Vostre serviteur très humble, Evesque de Genève.
A Neci, le xini juin 1603.
remplit en 1588 et 1590 les fonctions de capitaine de la ville d'Annecy, en 1603 celles de second syndic, et jusqu'à sa mort, arrivée au commencement d'octobre 1643, il fit toujours preuve d'un grand dévouement pour ses concitoyens.
Dans les séances du Conseil municipal du 3 et du 13 mai de cette année, Paquellet avait en effet proposé un « expédient » qui devait, pensait-il, calmer les plaintes des habitants, lassés de loger les garnisons espagnoles massées à Annecy pour protéger la ville contre les incursions des Genevois. Il s'agissait, pour supprimer cette servitude, de lever un impôt qui pèserait également sur tous les Annéciens. Le clergé et la noblesse, voyant leurs privilèges lésés par cette mesure, élevaient à leur tour de vives protestations.