CLXXXVII
A M. DE SOULFOUR (inédite)
Abandon et désolation de cent églises aux environs de Genève. — Union de prières. — Projet d'écrire à M. Asseline. — Divers messages.
Annecy, 15 juin 1603.
Monsieur,
Il me semble quil y a cent ans que je ne vous ay escrit, et deux cens que je n'ay receu de vos nouvelles. Mon voyage de Piémont a esté cause de l'un ; je ne sçai qui l'a esté de l'autre. Nos nouvelles ne sont que des
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vielles misères, entre lesquelles les plus grandes sont celles qui concernent l'abandonnement de cent églises autour de Genève, presque désolées (l). Dieu néanmoins nous fait des consolations en ce que jamais nos ennemis ne sont rencontrés quilz ne soyent battus. J'ay de peyne, par la grâce de Dieu, autant que j'en puis porter ; je desire que vous m'aydies fort par vos prières et par celles de vos amis. Jamais je ne vous oublie aux miennes que je fay a l'autel, ni le filz ni nostre fille, de laquelle mon
•Vide supra, p. 163, esprit ne peut abandonner le soin, quoy qu'inutile*.
Je doy une lettre a monsieur Asseline (2) et un'autre encores, que je luy addresseray, a un de ses amis qu'il
* Vide infra, p. 207, a voulu rendre le mien par la règle de communication * ; 1 ' **'' je n'ay le loysir de payer maintenant, ce sera a la pre-
mière commodité. Cependant continues, je vous prie, a m'aymer, et me donnes advis de vostre santé et des vostres. Je désire encor de sçavoir de celle de la Mère Anne, vostre seur (3), et de Testât de Seur Anne Seguier. J'ay un certain cœur tenant qui jamais ne lasche sa prise. Vous m'aves salué au nom de madamoiselle de Fontaine (4), de madame Fillard(5); je vous prie qu'elles le
( i) Irrités du coup de main tenté par le duc de Savoie contre leur ville au mois de décembre précédent, les Genevois ne cessèrent dès lors d'user de représailles envers les Catholiques. A tout instant ils faisaient des sorties qui répandaient la terreur dans tous les environs. Le 15 février, le Nonce de Savoie décrit au Cardinal Aldobrandino l'attaque soutenue à Saint- Julien par Vittoz contre « quatre cents fantassins et soixante cavaliers » genevois. Le 22 du même mois, il raconte comment les Genevois ont jeté l'effroi dans la ville de Thonon qu'ils menaçaient de saccager, et le 9 mars, il parle encore d'une course à Evian, dans laquelle, malgré la défense de leur chef, les hérétiques pillèrent plusieurs maisons et dépouillèrent l'église. Des propositions de paix échangées en avril n'ayant pas abouti, les incursions des Genevois recommencèrent plus menaçantes encore, et quelques ecclésiastiques ayant été appréhendés, les autres cherchèrent leur sécurité dans la fuite. (Archives Vaticanes, Borghese, série III, 95, c1' *.)
(2) Il sera parlé plus loin de M. Asseline, qui entra dans l'Ordre des Feuillants où il fut connu sous le nom de dom Eustache de Saint-Paul.
(3) La sœur de M. de Soulfour était Religieuse aux Filles-Dieu. On trouve en effet dans le Nécrologe de ce monastère la mention suivante : « L'an mil vic xi décéda Anne de Soulfour le 1111e jour d'aoust. »
( 4 ) Probablement M,Ie de Fonteines-Marans, qui devait être la célèbre Mère Madeleine de Saint-Joseph, l'une des plus pures gloires du Carmel de France.
(5) Peut-être cette dame appartenait-elle à la famille Filliard, de Cusy en Savoie, qui avait été anoblie par patentes du icr mai 1595.
soyent de ma part par vostre entremise. Je vous embrasse de tout mon cœur et suis, Monsieur,
Vostre serviteur très humble,
Franc8, Ev. de Genève.
Le XV juin 1603. J'escris a madame de Montmartre en response de celle qu'elle m'escrivit et que vous m'envoyastes. Voyes la, et la fermes, sil vous plait.
A Monsieur Monsieur de Soulfour.
A Glatagni.
Revu sur l'Autographe appartenant à la Vicomtesse de Saint-Seine, château de Saint-Seine (Côte-d'Or).