‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 40 sur 102 · A UN INCONNU · texte numérisé non relu

A UN INCONNU

(minute)

Remerciements pour une lettre reçue. — Assurances de dévouement.

Annecy, [fin juillet 1603 (1).]

Monsieur,

Je garde tous-jours et regarde souvent la lettre que monsieur le président Favre, mon frère, m'apporta de vostre part. Je la garde, par ce que c'est le seul tiltre par lequel je vous puis demander l'estroitte bienveùillance qu'elle me promet ; je la regarde, pour y voir cette mesme bienveuillance (a) si courtoysement dépeinte que je ne la sçaurois voir ailleurs avec plus de (b) douceur et playsir.

(c) Rencontrant donques cette commodité d'envoyer des lettres a Paris au jour anniversaire de celuy auquel vous me fites lhonneur de m'escrire la vostre, j'ay voulu vous en rafraichir la mémoire et vous supplier de me continuer tous-jours (d) cette affection quil vous pleut me

(a) cette mesme bienveuillance — Tdepeinte avec tant de faveur... J

(b) de — TconsolationJ

(c) TAyant donques cette commodité d'escrire a Paris et me rencontrant au jour anniversaire de celuy auquel vous me fistes cet honneur de m'envoyer... m,escrire...J

(d) continuer tous-jours — [en cette affection libérale, honnorable en vous et glorieuse pour moy...J cette mesme faveur [comme j'en nourris chèrement la reconnoissance... je nourris chèrement l'affection a vostre service. ..J de laquelle [~je me sens tant obligé, avec le regret de ce que mon dernier voyage de Paris, qui me fut si heureux. ..J

( 1 ) La date de cette lettre est presque aussi difficile à préciser que l'adresse. D'après l'écriture elle serait de 1603, et le destinataire serait alors l'un des personnages avec lesquels le Saint s'était lié Tannée précédente durant son séjour à Paris, peut-être celui-là même dont il parle à M. de Soulfour (voir ci-dessus, p. 198). On aurait droit de s'étonner que saint François de Sales, dont la courtoisie était si parfaite, ait attendu, pour répondre à une lettre, l'anniversaire du jour où elle lui a été adressée. Toutefois ses expressions sont trop explicites pour qu'il soit possible d'y contredire.

208 Lettres dh saint François de Sales

tesmoigner. Je regrette tous-jours de n'avoir eu autant de bonheur pour la connoistre pendant que je fus a Paris comme j'ay de devoir maintenant a la reconnoistre (e); ce que je fay avec toute la sincérité que vous sçauries désirer d'un homme (f) duquel vous aves entièrement acquis le service et volonté, comme je vous supplie de croire, et de nourrir cett'amitié que vostre seule bonté a fait naistre pour m'en favoriser, tandis que de mon costé je prieray Dieu quil vous comble de ses grâces, et demeureray inviolablement

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.

(e) a la reconnoistre — |"me confessant extrêmement obligé par tous les services que je vous puis...J

(f) d'un homme — pqui n'est riche... qui, sans pouvoir vous rendre son service, le desireroit...J

AU BARON DE LUX (r)

(minute inédite)

Prière de s'opposer aux prétentions injustes d'un gentilhomme.

[Annecy, 1603, avant août.]

[Monsieur] de la Bastie de Dombes (2) me fait une recharge de toute autre façon ; car il vient (sic) a Farges

(1) Cette minute ne porte ni date ni adresse; mais, d'après l'écriture, elle paraît être de 1603, et le contexte prouve qu'elle aurait été destinée au baron de Lux, lieutenant du roi en Bourgogne, duquel dépendaient la Bresse et le Bugey. Ce seigneur était sur le point de se rendre à Belley où saint François de Sales le rejoignit le 9 août suivant. De là, ils allèrent à Gex, en compagnie du duc de Bellegarde.

(2) Jacques de Champier, baron de la Bastie, seigneur de Langes en Nivernais, Argy, Monceaux et Corcelles, chevalier de l'Ordre de Saint-Michel, gouverneur de Dombes par patentes de Louis de Bourbon-Montpensier, prince de Dombes (8 novembre 1579), devint bailli de Gex en 1610 (patentes du 28 juillet, datées de Paris). Il mourut vers 1625.

Année 1603 209

et Asserens, ou il monstra (a) un'extreme affection et resolution pour empescher la jouissance des biens qui estoyent clairement donnés et ouctroyés pour l'entretenement du pasteur de ces lieux en l'ordonnance que vous, Monsieur, en avies faitte par les patentes de l'establissement(0. Pour moy, a cette dernière allarme, a peu que je ne perdis courage, comm'ayant des-ja esté longuement debout et en faction pour les prsecedentes difficultés ; outre ce, quil me sembloit que meshuy la chose devoit estr'asseuree, puisque la court de Parlement avoit interposé son arrest.

Je fus estonné de ce que monsieur de la Bastie y estoit venu luy mesme, qui tesmoignoit un'ardeur d'esprit et une volonté tout'entiere ; mais je le fus encor plus quand je sceu que ce n'estoit point pour luy ni pour aucun de ses enfans, mais pour un tiers (b). Je ne doutay point aussi qu'estant ce quil est, il ne deut recevoir beaucoup de faveurs en tous ses désirs. C'est cela qui me mit fort en peyne, en laquelle je serois encor si je ne me fusse resouvenu que vous l'aymies et avies beaucoup d'authorité sur luy ; car j'ay pensé qu'encor quil eut fait tant de démonstration de roydeur, si est ce que vostre entremise le plieroit tous-jours assés a la rayson quand il vous plairoit de l'y employer. Ce que je vous supplie humblement de faire, non seulement pour lhonneur et service de Dieu, qui vous est le plus cher, mais encor pour lhonneur de la première action que vous aves faitte en ce sujet et qui a servi de fondement a toute cette suitte. Dieu vous a choysi pour commencer un si saint œuvre et, par la, vous a assés obligé d'en désirer et solliciter le progrès et l'accomplissement. Je vous supplie, Monsieur, de le faire et de modérer l'affection de monsieur de la Bastie (c), puis

(a) ou il monstra — fautant de cholere et de...J

(b) un tiers — \~car cela monstroit encor plus d'affection. J

(c) de modérer — de désir... l'affection qu'aj monsieur de la Bastie ("a ce tiers pour lequel il débat contre le bien publiq et Testablissement des ames...J

(1) Cet établissement avait eu lieu le 50 novembre 1601. Cf. la lettre du 3 janvier 1602, p. 98.

Lettres II 14

que mesme le sieur lieutenant civil et criminel de Gex (0 nous a renvoyé tous deux devers vous pour estre réglés sur l'intelligence de vostre ordonnance, laquelle, bien qu'elle soit très claire, on veut néanmoins obscurcir.

J'ay déduit ce fait un peu bien au long affin que, par ce mo}^en, vous sceussies les accidens survenuz en une besoigne que je vous ay veu embrasser avec tant de ferveur, au milieu de la rigueur du plus grand froid de l'année, avec tant de consolation de tous ceux qui furent presens, et spécialement de feu Monsieur l'Evesque mon prédécesseur, qui, pendant quil a vescu despuis, ne sceut onques s'empescher d'en faire feste. (d)

Au demeurant, Monsieur, j'ay tous-jours esté extrêmement curieux de sçavoir des nouvelles de vostre santé, et les dernières que j'en ay eues ont esté que vous avies esté(e) prendre congé de Monsieur et Madame de Nemours pour venir de deçà pour le service du Roy ; qui m'a fait mettre en doute si ceste lettre vous rencontreroit encor a Paris ou si vous séries des-ja en chemin : c'est pourquoy j'en ay fait un duplicat, affin que l'un fut envoyé d'un costé et l'autre de l'autre. Et cependant que j'attends l'asseurance de la réception, je prieray Dieu quil vous comble de ses bénédictions, et demeureray de toute mon affection,

Monsieur,

Vostre serviteur plus humble.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.

(d) feste. — TEt [en] outre, m'a laissé son successeur de l'extrême honneur quil portoit a vos mérites, lequel, joint a celuy que je vous avois...J

(e) vous avies esté — [~a Thostel de Nemours. ..J

(i) Pierre de Brosses) écuyer, seigneur de Tournny, Chambésy, Pregny et Vesancy au pays de Gex, né en 1569, avait été nommé lieutenant civil et criminel au bailliage de Gex par patentes du n juillet iéoi. Il prit une part importante à la conclusion du traité de Lyon, fit partie à Genève du Conseil des Deux Cents jusqu'en 1603, et demeura grand bailli de la noblesse du pays de Gex de 1601 à 161 2. Il mourut en 161 7. (Note de M. Vidart, de Divonne.)

Année 1603 21 i

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