AU DUC DE NEMOURS, HENRI DE SAVOIE
(minute inédite)
Exposé des différends qui existent entre le Chapitre de la cathédrale et celui de Notre-Dame de Liesse pour une question de préséance. — Les usages des Chapitres de Paris ne peuvent faire loi pour ceux d'Annecy.
Annecy, [juillet-septembre] 1603.
Monseigneur,
Je remercie très humblement Vostre Excellence du soin qu'ell'a eu de respondre a la supplication que je luy avois faitte, pour avoir congé de terminer par le droit et justice le différent que le Chapitre de l'église (a) cathédrale de ce diocaese a avec celuy de Nostre Dame de cette ville (2). En quoy la vérité est que je n'ay pas liberté de faire élection d'aucun expédient, comme j'aurois si j'en estois le juge souverain, puisque le Saint
(a) de V église — Tde S( Pierre de GeneveJ
(1) Pour s'expliquer le recours du Saint au duc de Nemours, il faut se souvenir que le duché de Genevois, dont la capitale était Annecy, avait été donné en apanage à la branche cadette de la Maison de Savoie, sous la suzeraineté de la branche aînée. (Voir le tome précédent, note ( 1 ), p. 61.)
Le destinataire de cette lettre est Henri, fils de Jacques de Savoie-Nemours et d'Anne d'Esté (cf. ibid., note (2), p. 47), né à Paris en 1572, connu d'abord sous le titre de marquis de Saint-Sorlin. Les brillantes qualités du jeune prince lui méritèrent à tel point l'estime du duc de Savoie que celui-ci voulait lui confier le gouvernement du marquisat de Saluces, bien qu'il n'eût que seize ans. Ayant été entraîné par les Guise, ses frères utérins, dans le parti de la Ligue, il devint gouverneur du Dauphiné, fît en 1596 sa soumission à Henri IV, et se distingua au siège d'Amiens. Plus tard, le duc de Nemours séjourna à Annecy, où il essaya de secouer le joug de son suzerain, et, par son caractère soupçonneux, suscita maintes difficultés à saint François de Sales. Revenu de ses préventions, ce prince, qui avait épousé Anne de Lorraine (contrat dotal du 14 avril 1618), voulut que son fils aîné fût baptisé par l'Evêque de Genève (1619), et quand celui-ci expirait à Lyon, on le vit solliciter avec larmes sa dernière bénédiction. Henri de Savoie-Nemours mourut à Paris le 10 juillet 1632 ; ses funérailles eurent lieu à Annecy le 7 août suivant.
(2 ) Le Chapitre de la collégiale de Notre-Dame de Liesse, duquel dépendait la paroisse d'Annecy, et qui la faisait desservir soit par l'un de ses membres
2 12 Lettrf.s de saint François de Sales
Siège Apostolique et le siège de Vienne, qui est métropolitain de ce diocaese, m'ont entièrement lié les mains, et particulièrement pour le regard de la façon de procéder que monsieur le Président de Genevoys m'a proposée, qui fut celle que feu Monsieur l'Evesque Justinien fit prattiquer une fois. Dequoy, sur (b) la plainte faitte par le Chapitre de la cathédrale, il fut reprins par le Saint Siège, et condemné par sentence du Métropolitain (c) a maintenir la préséance et praecedence (d) de la cathédrale absolument. Dont je n'ay plus le choix (e), sinon pour aller ou n'aller pas a la procession, mais non pas pour y aller autrement qu'avec l'entière praecedence de la cathédrale.
Aussi, a la vérité, les exemples de la Sainte Chapelle et Sainte Geneviefve ne reviennent nullement a ce sujet, dautant que ni la Sainte Chapelle ni Sainte Geneviefve ne sont point églises sujettes a l'Evesque, mais exemptes, et partant n'ont autre devoir que de révérence a- l'église cathédrale du diocaese ou elles se treuvent, mais non pas d'aucune subordination ni dependence. C'est pourquoy l'Abbé de Sainte Geneviève, suivant le cors de la Sainte,
(b) sur — [TappellationJ
(c) du Métropolitain — Tde ne point mettre l'un des Chapitres... J
(d) et prœcedence — Tdu Chapitre cathedral...J
(e) je ri ay plus — Teslection d'aucun expédient, sino» de...J le choix [-pour la manière de faire la procession. ..J
soit par un autre prêtre de son choix, disputait aux chanoines de la cathédrale la préséance à la procession du Saint-Sacrement. (Cf. ci-dessus, p. 186, lettre du 27 mai 1603.) C'était ressusciter une vieille querelle, dont le Pape Sixte-Quint, par l'entremise du Cardinal Caraffa, avait jadis remis le jugement à Mgr de Granier (22 mars 1589). Condamnés de nouveau par sentence de l'Evèque diocésain, les chanoines de Notre-Dame en appelèrent au Métropolitain et, appuyés par les syndics d'Annecy, réclamèrent l'intervention du duc de Nemours. Ce prince fit examiner le litige par d'habiles jurisconsultes, et crut tout concilier en décidant que le Chapitre de la cathédrale occuperait l'un des côtés de la procession et celui de la collégiale l'autre, comme il se pratiquait à Paris quand le Chapitre de Notre-Dame marchait en procession avec ceux de la Sainte-Chapelle et de Sainte-Geneviève. Cette décision, lésant les droits de son Chapitre, ne put être acceptée par saint François de Sales. Après de longues discussions, il finit par obtenir que les prérogatives de ses chanoines fussent respectées.
ratio xlvii (i ).
Année 1603 213
donne la bénédiction avec FEvesque. Ou au contraire,
le Chapitre de Nostre Dame est purement et simplement
sujet a TEvesque de Genève, et, le siège vacant, du