‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 44 sur 102 · AU PRIEUR ET AUX RELIGIEUX DU MONASTÈRE DE SIXT · texte numérisé non relu

AU PRIEUR ET AUX RELIGIEUX DU MONASTÈRE DE SIXT

Désir de connaître les résultats obtenus par la visite épiscopale. Assurance de dévouement.

Annecy; 14 novembre 1603.

Messieurs mes Frères en Jésus Christ,

Je désire fort de sçavoir quelz effectz auront suivi les ordonnances faittes en nostre visite, tant de vostre costé que de celuy de monsieur l'Abbé. C'est pourquoy je vous prie de me faire ce bien de m'en donner advis entre cy et Noël, poinct par poinct, affin que si je doy contribuer quelque diligence a l'entière exécution d'icelles, je n'y manque par ignorance de la nécessité.

Monsieur de Saint Paul (2) me dit que monsieur l'Abbé avoit laissé d'accenser l'abbaye, selon qu'il m'avoit donné parolle, pour quelques parolles laschees de vostre part, qui estonnerent les fermiers qui s'offroyent. Si cela est, vous aures occasion d'en tenir quitte ledit sieur Abbé, puisque quant a moy, cela ne m'importe point, pourveu que vous soyes payés comme il faut, qui est mon seul regard pour ce particulier. Ce que vous manquant, si vous m'en donnes advertissement, je ne feray aucune faute de

( i ) L'une des premières préoccupations de saint François de Sales après son élévation à l'épiscopat, avait été la réforme des monastères de son diocèse. Celui de Sixt (voir le tome précédent, note ( 1 ), p. 316) avait attiré le plus son attention; le 25 septembre 1603, il procédait à la visite canonique de cette maison, et prenait des mesures pour y rétablir la régularité. La Communauté, dont l'Abbé commendataire était Jacques de Mouxy, se composait alors de huit Religieux : Jean Moccand, prieur, Bernard et Claude de Passier, un autre Jean Moccand, François Biord, Pierre Pugin, Nicolas Desfayet et Bernard de Lucinge.

(2) Peut-être s'agirait-il de l'un des neveux de l'Abbé commendataire, Humbert, fils de Jean-François de Mouxy, seigneur de Saint-Paul, près de Grésy-sur-Aix.

m'essayer d'y remédier, honteux que je serois de faire des ordonnances aux visites des autres monastères, ainsy que nostre Saint Père et Son Altesse le veulent, si a la première j'avois esté du tout inutile.

Je me recommande a vos prières desquelles, a la vérité, j'ay bon besoin, et suis,

Messieurs, Vostre très humble confrère et serviteur en Jésus Christ,

Franc5, E. de Genève.

Annessi , ce quatorziesme novembre mil six centz et trois.

A Messieurs les Prieur et Religieux de Sixt.

Revu sur le texte inséré dans le Ier Procès de Canonisation.

AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL Ier

Envoi d'une attestation relative à la conversion des bailliages de Chablais, Gaillard et Ternier.

Annecy, 15 novembre 1603.

Monseigneur,

J'envoye a Vostre Altesse l'attestation (0 qu'elle desiroit de moy sur la conversion des peuples de Chablaix, Gaillart et Ternier. Je ne sçai si je Tauray dressée au gré de Vostre Altesse ; mais je sçai bien que je n'ay pas peu esgaler le mérite du sujet par aucune sorte de narration, ni le désir que j'aurois de rendre très humble obéissance aux commandemens et intentions de Vostre

(1) Cette attestation n'est autre que la lettre suivante, adressée au Pape Clément VIII à la prière du duc de Savoie. (Voir à l'Appendice la lettre de ce prince en date du 25 octobre 1603.)

228 Lettres de saint Fkançois de Sales

Altesse. Elle me fera cette faveur, je l'en supplie très humblement, de me donner le bonheur de sa grâce, et je prie Nostre Seigneur pour la santé et prospérité de Vostre Altesse, de laquelle je suis, Monseigneur, Très humble et très obéissant orateur et serviteur,

Françs, Evesque de Genève.

A Annessi, 15 novembre 1603.

A SA SAINTETE CLEMENT VIII

(minute)

Exposé des causes qui ont provoqué l'apostasie du Chablais : pression exercée par les Genevois. — Envoi de missionnaires. — Zèle déployé par le duc de Savoie ; éloge de ce prince. — Conversion de toute la province.

Annecy, 15 novembre 1603.

Beatissime Pater,

Cum rerum Christianarum firmitas a Sanctae Sedis Apostolicse sollicitudine , secundum Deum , pendeat, multum sane interest ut quse in rem Ecclesiae distinctis passim locis geruntur vere et ex fide apud eam proferantur, ne scilicet objecta summse illius curEe pastorali, aut vera pro falsis, aut falsa pro veris exponantur. Quam ob causam, cum in hac diaecesi quse Sedis Apostolicae

Très Saint Père, Après Dieu, c'est le Saint-Siège Apostolique, c'est sa vigilance qui assure la stabilité de la république chrétienne. Aussi importe-t-il beaucoup de lui faire un rapport consciencieux et fidèle des événements qui intéressent l'Eglise en chaque pays ; sinon, quand on soumettra un exposé de faits à la sollicitude souveraine du Pontife, on pourra faire passer pour vrai ce qui est faux ou pour faux ce

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voluntate mihi commissa est, maxima facta sit iis nostris temporibus rerum in melius mutatio, non debeo committere quin de vero illarum statu quam potero clare ac distincte, omnino autem ex veritate, apud Sedem Apostolicam narrationem deferam. Ea autem ut plena sit, paulo altius ordiar necesse est.

Quo tempore Gallorum Rex, Franciscus primus, omnem propemodum Sabaudiam occupavit, Bernenses Helvetii, Lutherana ac Zuingliana lue non ita pridem infesti, in partes Sabaudiee sibi viciniores irruptionem fecerunt, animosque civibus Genevensibus addiderunt ut Christi suavissimum jugum ac proprii Principis imperium excuterent, ac in istam seditionem democraticam qua nunc vexantur, speluncam scilicet latronum et exulum *, *Matt.,xxi, iy,cf. infœlici mutatione degenerarent. Verum, ut a Gallorum ' '

armis initium duxerat Bernensium irruptio et tirannis in nostros Sabaudos, ita etiam pax , cum conditione rerum restituendarum in integrum, inter Henricum, Francisci Régis filium , et Emmanuelem Philibertum,

qui est vrai. Or, le diocèse dont, par la volonté du Siège Apostolique, j'ai la garde, a vu de nos jours ses affaires s'améliorer très heureusement. Cette situation nouvelle, je dois l'exposer au Siège Apostolique ; je le ferai avec autant de clarté et de précision que possible, mais en tout cas, avec un souci absolu de la vérité. Pour être complet, il sera nécessaire de reprendre les choses d'un peu plus haut.

Pendant que la Savoie presque tout entière était au pouvoir du roi de France François Ier, les Suisses Bernois, infectés depuis peu du venin de l'hérésie luthérienne et zwinglienne, se jetèrent sur ces quartiers de Savoie qui confinent à leur pays. Cédant à leurs persuasions, les habitants de Genève secouèrent le joug très suave du Christ et, du même coup, l'autorité de leur propre souverain. Ils en vinrent, parle plus malheureux des changements, à tomber jusqu'au fond de cette démocratie dont l'esprit séditieux agite à cette heure le pays, et en fait en quelque sorte une caverne de voleurs et de bannis. Or, comme les armes des Français avaient occasionné cette irruption des Bernois et leur domination si funeste à nos Savoisiens, par contre, quand la paix se fit entre Henri, fils de François Ier, et Emmanuel- Philibert, duc de Savoie, ce fut avec la condition de rétablir l'ancien

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Sabaudise Ducem, ansam dédit Bernensibus de restitutione provinciarum quas occupaverant serio cogitandi. Adduci tamen non potuerunt ut omnia quae ceperant redderent, nec ut ea quae restituere parati erant sine injusta conditione dimitterent. Quare, cum res non ferret ut tune cum eis armis decerneretur, actum factumque est ut Dux reciperet quatuor illa quae vocant balliagia Tononense, Terniense, Galliardense et Gayanum, siveGexense, quae quatuor ex partibus civitatem Gebennensem cingunt illique circum circa ob vol vuntur ; hoc tamen addito pacto, nulla ut in eis Catholicae religionis officia celebrarentur. Iniqua plane conditio, sed spe melioris eventus toleranda, et illorum temporum ac rerum constitutioni congruens. Inter haec, Emmanuel Philibertus Dux, ut erat apprime Catholicus, nullum cogitandi finem facit quanam demum ratione illius conditionis vexationem redimere queat ; sed frustra, cum Divina Providentia non illi tantum honorem, sed Carolo Emmanueli, filio, destinasset. Cum ergo ante aliquot annos Bernenses et Genevenses cum Gallis copias

état de choses. C'est ce qui donna l'idée aux Bernois de songer sérieusement à restituer les provinces dont ils s'étaient rendus maîtres. Toutefois on ne put les amener à faire une entière restitution, et même les restitutions auxquelles ils se résignèrent étaient accompagnées d'une condition injuste. D'autre part, on n'était pas en mesure de se faire justice par la force des armes; voici donc ce qui fut conclu et ce qui fut fait : le duc reprendrait ce qu'on appelle les quatre bailliages de Thonon, Ternier, Gaillard et Gay ou Gex, qui confinent à Genève de quatre côtés et s'étendent tout autour de cette ville, à la condition expresse toutefois qu'il ne s'y ferait aucun exercice de la religion catholique. Certes, la clause était tout à fait inique, mais on s'y résigna dans l'espérance de jours meilleurs ; d'ailleurs les circonstances des temps et des lieux n'en comportaient pas d'autre.

Cependant le duc Emmanuel-Philibert, en bon et sincère Catholique qu'il était, pensait constamment, mais en vain, au moyen d'annuler cet article vexatoire du traité. Ce n'est pas à lui, mais à son fils Charles-Emmanuel, que la divine Providence réservait cette gloire insigne. En effet, il y avait quelques années que les Bernois et les Genevois avaient allié leurs troupes à celles de la France. Brisant

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conjunxissent, fide priorum contractuum fracta, iterum in eadem balliagia armis impetum faciunt ; perfidia sane quoad dici potest plane fausta et opportuna, quando Dux, ex violatae fidei occasione, inviolatae fidei populos illos restituit. Cui tamen operi ne multorum hominum mérita deessent, illud sine multis et diuturnis bellorum laboribus, multoque sparso hinc inde sanguine perfici non potuit, dum pro armorum vicissitudine varie ab utraque parte decertatum sit.

At tandem aliquando induciae fiunt, cum Dux balliagia duo, Tononense et Terniense, jam teneret. Nulla mora : rébus vix sic stantibus, Carolus Emmanuel iniqua conditione liberatum se sentiens, in ipso propemodum induciarum articulo, Episcopum preedecessorem meum, cujus memoria in benedictione *, statim monet ut Catholicos *EcclL, xlv, i. concionatores illis populis convertendis immittat , [et] velle se omnino Catholicam religionem illis restitui. Episcopus, mirum in modum gavisus, Terniensi balliagio duos concionatores, unum ex Dominicana familia, alterum ex

alors avec la parole donnée précédemment, ils envahirent de nouveau les quatre bailliages susdits. De leur part, c'était une pure perfidie, mais, le croirait-on Pelle nous fut propice et singulièrement profitable, car le duc s'autorisant de leur foi violée, rendit ces peuples à la foi chrétienne, celle-là inviolable. Comme si l'entreprise ne pouvait être exécutée sans le méritoire concours d'un grand nombre de personnes, elle coûta bien des labeurs, de longues guerres, sanglantes à la fois pour les deux partis, car les succès furent partagés selon la vicissitude des armes.

Enfin la trêve fut résolue, quand déjà le duc occupait les deux bailliages de Thonon et de Ternier. Dès ce moment, encore que les choses fussent à peine assurées, Charles-Emmanuel se sentit délivré de la clause inique imposée par les hérétiques. Aussitôt, dans le temps même où se concluait la trêve, il pria TEvêque mon prédécesseur, dont la mémoire est en bénédiction, d'envoyer à ces populations des prédicateurs catholiques pour les convertir, en affirmant sa volonté formelle de rétablir chez elles la religion catholique. Cette résolution causa au Prélat une joie inexprimable ; il envoya au bailliage de Ternier deux prédicateurs, l'un de la famille Dominicaine,

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Societate Jesu addicit ( * ) ; Tononensi autem duos e sua Cathedrali : Ludovicum de Sales, qui nunc Praepositus est ipsius Ecclesiae, et me, nunc quidem Episcopum indignum, tune autem Praepositum.

* Joan., vin, 38. Jam ergo, de eo qnod vidi loquor* et quod ut ita

* I Joan., 1, 1-3. dicam manus meae contre et avérant *, ut sim impuden-

tissimus si mentior, imprudentissimus si rem nescio. Igitur, cum balliagia illa ingressi sumus, misera ubique rerum faciès apparebat. Videmus enim sexaginta quatuor parrochias, in quibus, exceptis Ducis officiariis quos semper habuit Catholicos, ne centum quidem ex tôt hominum millibus Catholici inveniebantur. Templa partim diruta, partim nuda, nullibi nullibi Crucis signa, nullibi altaria, ac ubique fere omnia antiquae et verae fidei deleta vestigia. Ubique ministri, ut vocant, hoc est, haeresis doctores, domos evertentes, sua dogmata ingerentes, cathedras oc- „ ï"'1' ir- cupantes, turfiis lueri gratia*. Bernenses, Genevenses

* Joan., xvii, iî; r * <&

Il Thess., h, 3. et id genus perditionis filii *, per suos exploratores,

l'autre de la Compagnie de Jésus ( I ) ; et au bailliage de Thonon, deux autres de son église cathédrale : Louis de Sales, qui en est maintenant le prévôt, et moi, qui en suis aujourd'hui l'évêque, quoique indigne, et qui, pour lors, en étais le prévôt.

Je parle donc de ce que j'ai vu, et pour ainsi dire, de ce que mes mains ont touché ; le dernier des hommes si je dis le contraire de la vérité, le plus inconsidéré, si je ne la connais pas. A peine entrés dans ces bailliages, un spectacle attristant s'offrit partout à nos yeux. Nous avions devant nous soixante-quatre paroisses ; or, si l'on excepte les officiers catholiques du duc, qui n'en voulut jamais avoir que de tels, on n'eût pas trouvé une centaine de fidèles sur une population de plusieurs milliers d'âmes. Des temples la plupart détruits ou dépouillés; plus, absolument plus de croix, plus d'autels, mais partout les vestiges de l'ancienne et vraie foi anéantis. Partout des ministres, comme on les appelle, c'est-à-dire des maîtres d'hérésie, pervertissant les familles, insinuant leur doctrine, envahissant les chaires, en vue d'un gain honteux. Les Bernois, les Genevois, et autres semblables enfants de perdition, terrorisaient le peuple, par le moyen de leurs

( 1 ) Ce dernier était le P. Jean Saunier. (Voir le tome précédent, note ( a ), p. 261.)

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minis populum deterruere ab audiendis nostrorum concionibus : inducias nimirum istas inducias esse, pacem nondum constitutam, mox Ducem atque adeo sacerdotes expellendos armis, haeresim sartam tectam remansuram.

Nostri tamen rem pro virili promovent, ac primarios primum viros aliquot ex haeresis vorticibus in communionis Catholicae portum recipiunt, sexque variis locis erectae [sunt] Catholicorum parrochiae : très in Tononensi, très item in Terniensi agro (cur autem plures non erigerentur, partim operariorum paucitas, partim quod non suppeteret unde sustentari possent, partim quia pace nondum firma, res adhuc incertae videbantur), et e Patrum Capuccinorum Ordine novi et strenui adveniunt messores, qui alacritate et zelo multorum vices supplebant.

Itaque ita biennium traducitur, cum Dux, in re quam vive gerebat praecordiis impatiens morarum, ipsemet venire, Tononenses qui praecipui videbantur convenire ac cum eis coram agere constituit. Idque accidit anno millesimo quingentesimo nonagesimo octavo, adeoque

émissaires, pour les détourner de nos prédications. « La trêve, » disaient-ils, « n'est qu'une trêve, la paix n'est point conclue; bientôt nous chasserons par les armes duc et prêtres, et notre parti, défiant toute insulte, restera seul triomphant. »

Sans s'émouvoir, nos missionnaires poussèrent hardiment l'entreprise. Quelques-uns des principaux seigneurs furent par eux retirés du gouffre de l'hérésie, et ramenés au port de la communion catholique. Six paroisses furent érigées en divers lieux : trois dans le bailliage de Thonon et autant dans celui de Ternier (on ne put en établir davantage, faute d'ouvriers évangéliques, faute de fonds suffisants pour leur subsistance, et aussi parce que la paix n'ayant rien de stable, les choses flottaient dans l'incertitude), et l'Ordre des Capucins envoya de nouveaux aides, moissonneurs intrépides dont chacun, par son zèle infatigable, réalisait le travail de plusieurs.

Deux années se passèrent donc de la sorte quand enfin le duc, dans une affaire qu'il avait si vivement prise à cœur, ne s'accommoda plus des retardements. Aussi se décida-t-il à venir lui-même à Thonon pour réunir les principaux de la ville et traiter en personne avec eux. Le voyage eut lieu en 1598 ; il fut couronné d un tel succès que

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fœliciter successit ut Illustrissimus et Reverendissimus Cardinalis Florentinus, a latere Sedis Apostolicae Legatus, diebus aliquot interpositis adveniens, multa jam hominum millia viderit conversa esse, quibus quidem ipse partim absolutionem contulit, partim ab Episcopo prsedecessore meo, partim etiam a me dari voluit, cum scilicet in tanta pcenitentium copia, omnibus diei horis paratus esse deberet aliquis qui ad caulas Christi redeuntes oves exciperet.

Quem profecto tam insignem et ingentem animorum motum ut in supremum rerum omnium immobilem Mo-

* Ex Prœfat. Miss», torem referre « dignum et justum est*, » sic quoque

ingénue fatendum illum Ducis zelo, tamquam optimo instrumento, vel maxime usum fuisse. Illis enim aliquot mensibus quibus Dux hinc conversioni procurandae incubuit atque adeo Tononi moratus est, cor ejus peculiari quadam gratia in manu Dei esse videbatur, ut ad quod- *Prov.,xxr, i. cumque vellet converteret illud * ; cum sive publicis ad populum cohortationibus ac vocibus Catholico Principe dignis, sive privatis monitis ad eos qui videbantur haere-

* Galat., h, 9. sis majores columnce *, sive exemplis bonorum operum,

l'Illustrissime et Révérendissime Cardinal de Florence, Légat a latere du Saint-Siège Apostolique, arrivant quelques jours après, y fut témoin de la conversion de plusieurs milliers de personnes. Une partie abjura entre ses mains ; il adressa les autres à l'Evêque mon prédécesseur ou à moi. Avec une telle multitude de pénitents, il fallait en effet qu'à toute heure un prêtre fût prêt pour accueillir ces brebis qui revenaient au bercail du Christ.

Sans doute, « il est digne et juste » de rapporter au suprême, à l'immuable Moteur de toutes choses le mouvement si remarquable et si profond qui s'est fait dans les âmes; mais, avouons-le sincèrement, Dieu a daigné se servir surtout du duc de Savoie et de son zèle, comme du principal instrument. Pendant les quelques mois que le prince s'occupa d'amener la conversion du pays, durant son séjour à Thonon, son cœur, par une grâce singulière, semblait être dans les mains de Dieu, tant il en suivait docilement les impressions. Tantôt il faisait publiquement des exhortations au peuple; tantôt il entamait des conférences privées avec ceux qui passaient pour les plus fortes

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omnibus animi dotibus ac viribus, cum populo illo universo contenderet ut illum Ecclesise Catholicse inferret referretque, constitutus scilicet Dux a Deo super plebem illam, prœdicans prœceptum ejus*. Nec destitit un- *Ps. n, 6. quam donec mutata rerum facie, veluti exacta hyeme et redeunte vere, ubique appareret « arbor décora et fulgida * » vivificae Crucis, ubique Ecclesiae cantus, ut vox *Ex hymno Vexilla turturis audiretur in terra illa, et vinece illae instau- cgl$' ratae recentesque fl or en tes darent odorem suum*. Di- * Cant., n, n-«, cam intrépide, nusquam suavius, nusquam efficacius hoc nostro tempore haereticorum tanta copia ad sanam fidem adducta est.

Hue usque tamen pars ista maxima illorum populorum ad Ecclesiam reversa aliquot habebat immixtos utriusque sexus haereticos, qui caeteris obstinatiores in errore permanebant. Quibus cum mederi aliter non posset Dux, ne reliquam plebem inficerent eos demum edicto publico discedere praecepit. Hujus edicti terrore perculsi, aliquot etiam conversi sunt, nimirum dum configitur spina*, *Ps. xxxi, 4.

colonnes de l'hérésie. L'exemple des bonnes œuvres, ses grandes qualités d'âme, ses meilleures ressources, il mettait tout en jeu dans ce corps à corps avec le peuple qu'il voulait ramener tout entier à l'Eglise Catholique. Il apparaissait vraiment comme le prince établi par Dieu sur son peuple, pour annoncer ses préceptes, et il ne se donna du repos que le jour où les affaires changèrent de face. Alors l'hiver ayant fui, le printemps souriait ; partout on voyait se dresser « l'arbre précieux et resplendissant » de la Croix vivifiante ; de toutes parts l'Eglise faisait entendre ses chants comme la voix de la tourterelle, et renouvelées, fleurissant de nouveau, les vignes exhalaient leur parfum. Je puis le dire avec assurance, nulle part, en ces temps-ci, le retour d'un aussi grand nombre d'hérétiques à la vraie foi ne fut marqué d'un tel caractère de douceur et de sincérité.

Toutefois, pendant que la majeure partie de ces populations était rentrée dans l'Eglise, au milieu d'elles restèrent quelques hérétiques de l'un et de l'autre sexe, qui, plus obstinés que les autres, s'entêtaient dans leurs erreurs. Le duc redouta le danger de perversion pour le reste des habitants. Afin de le prévenir (n'ayant pas la possibilité de recourir à un autre moyen), il enjoignit aux obstinés, par un édit public,

2)6 Lettres de saint François de Sales

Isaiae, xxvm, 19. et afflictio dat intellectum auditut *. Ut nullum lapidem relinqueret Dux religiosissimus quem ipsemet suis, ut ita dicam, manibus non moverit, per blanditias, per minas, ut quoad per eum fieri posset populi illi converterentur ; et quod laude dignius est, magna consilii sui parte contra sentiente et consulente. Nam et recte memini interfuisse me consilio super ea re habito, speciali nimirum mandato Principis accersitus, in quo plerique consiliariorum rem illam tune aggredi tempus non esse, resque non ferre mordicus asserebant, neque sane sine probabili illarum quas Status appellant rationum momento, quibus tamen omnibus unam religionis rationem Dux sanctissime praeposuit ac praetulit, idque videntibus, spectantibus ac frementibus Bernensium legatis, qui illis ipsis diebus ut id averterent solemnem egerint legationem. Verum balliagium Galliardense remanebat adhuc in potestate Genevensium, ex induciarum conditionibus, atque adeo ad illud nullus Catholicse fidei patebat aditus; at cum paulo post per pacis décréta redditum etiam

de quitter le pays. Terrifiés par cet ordre sévère, quelques-uns se convertirent ; car les piquants des épines et de l'affliction donnent l'intelligence à l'ouïe. On le voit, il n'est pas de pierre que ce très zélé prince n'ait voulu, pour ainsi dire, remuer de ses propres mains : caresses, menaces, il n'a rien épargné de ce qui était en son pouvoir pour ramener ces peuples ; et, ce qui est encore plus digne d'éloges, il agissait ainsi à l'encontre des avis et des sentiments d'un grand nombre de ses conseillers. J'ai gardé le souvenir très précis d'une réunion à laquelle le prince m'avait spécialement convoqué. Plusieurs conseillers soutinrent obstinément que le moment n'était pas venu de rien entreprendre, que les événements s'y opposaient. Certes, ils ne manquaient pas d'apporter de spécieuses raisons, de celles qu'on appelle raisons d'Etat ; mais toutes ces raisons cédèrent, et, devant la haute piété du prince, elles firent place à une seule raison : la raison de religion. La scène eut lieu sous les yeux des députés Bernois indignés ; car ils étaient venus précisément avec la mission officielle de parer ce coup. Pourtant le bailliage de Gaillard restait toujours aux mains des Genevois, d'après les articles de la trêve ; il était donc fermé à la foi catholique. Mais dès que la paix, peu de temps après, l'eut

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fuisset Duci, in illud immissi [sunt] operarii, Ducis expensis, ex Societate Jesu et cleri secularis sacerdotes qui exiguo tempore, magnis laboribus, maxima Dei gratia, rem propemodum omnem perfecerunt.

Itaque, ut rem magnam paucis dicam, ante duodecim annos in sexaginta quatuor parrochiis urbis Genevœ vicinioribus> murisque illius, ut ita dicam, adjacentibus haeresis publiée docebatur, ac ita universa occupabat ut nullus Catholicse religioni locus superesset. Nunc autem totidem iisdemque locis Ecclesia Catholica extendit palmites suos, ac ita viget ut nullus haeresi locus sit relictus ; cumque antea ne centum quidem viri in tôt parrochiis Catholici apparerent, nunc ne centum quidem haeretici videantur, sed ubique Catholicse fidei sacra fiunt celebranturque, adhibitis unicuique parrochiee propriis curionibus. Sicque factum ut tria illa balliagia quae ex pacis conditionibus Duci obtigerunt, omnino Ecclesiœ restituta sint, ac, quod caput est, ita in fide et religione recepta persévèrent, ut nullis extremorum bellorum persecutionibus, nullis hœreticorum minis ab ea se dimoveri passi

remis au pouvoir du duc, celui-ci y envoya à ses frais des missionnaires de la Compagnie de Jésus et du clergé séculier. A eux tous, en peu de temps, avec de grands labeurs et avec la très grande grâce de Dieu, ils achevèrent presque la sainte entreprise.

Pour résumer l'historique de cette grande œuvre en quelques mots, il y a douze ans, dans soixante-quatre paroisses voisines de Genève et, pour ainsi dire, sous ses murs, l'hérésie occupait des chaires publiques ; elle avait tout envahi ; à la religion catholique il ne restait plus un pouce de terrain. Aujourd'hui, dans les mêmes quartiers, l'Eglise Catholique étend de part et d'autre ses branches, avec des poussées si vigoureuses que l'hérésie n'y a plus de place. Jadis on avait peine à compter cent Catholiques entre toutes les paroisses réunies ; aujourd'hui on n'y verrait pas cent hérétiques. Partout l'on célèbre et l'on fréquente les mystères de la foi catholique ; chaque paroisse est pourvue de son curé ; enfin ces trois bailliages, que les clauses du traité ont remis au duc, sont tout à fait restitués à l'Eglise, et, ce qui importe le plus, c'est qu'après avoir recouvré la foi et la religion, leurs habitants ont persévéré sans que

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sint. Qui sane unicus fere ac solus bellorum exactorum fructus huic disecesi contigit.

Superest vero, Pater Sanctissime, ut opus hoc, magnum *lTim.,i, 15. profecto et acceptione dignum*, Ducem tanti operis instrumentum efficax, disecesim hanc universam multis nominibus miserandam, Sedes Apostolica intima sollicitudine ac gratia complectatur ac foveat ; idque imis summisque prsecibus humillime a Vestrae Sanctitatis clementia expeto pariter et expecto, Christumque illi semper propitium prœcor.

Ut autem omnia quae hic scripta sunt omnino ex veritate et sincera religione narrata esse non sit dubium, iis subscripsi sigillumque hujus episcopatus Gebennensis imprimendum curavi. Et quia plerique meae Ecclesiae Cathedralis canonici et alii spectatœ fidei et doctrinae

* Cf. I Joan., 1, 1. viri ea ipsa viderunt, imo etiam tetigerunt *, cum illis

populis erudiendis operam suam in Domino collocave-

* Virgilius, ^Eneis, rint, rerumque recte gestarum « pars magna » fuerint *,

eos quoque subscripsisse operae pretium duxi, ut veritati

ni les persécutions des dernières guerres, ni les menaces des hérétiques aient jamais pu les ébranler. Voilà bien, certes, le seul et unique avantage que les guerres passées ont valu à ce diocèse.

Et maintenant, Très Saint Père, cette restauration catholique, importante à coup sûr et digne de considération, ce prince qui en a été l'heureux instrument, ce diocèse tout entier qui mérite la sympathie à tant de titres, attendent du Siège Apostolique, des marques sérieuses de sollicitude, des témoignages de tendresse et votre bienveillante protection. C'est avec de très humbles et très vives instances que je les sollicite de la clémence de Votre Sainteté, et, dans l'espoir de les obtenir, je prie le Christ de vous être toujours propice.

Pour ne laisser planer aucun doute sur la vérité et la sincérité parfaites de ma relation, je l'ai signée moi-même au bas, et j'y ai fait apposer le sceau de l'évêché de Genève. En outre, plusieurs chanoines de mon Eglise cathédrale, et d'autres personnes d'une probité et d'une doctrine éprouvées ont vu et en quelque sorte touché les choses dont je vous fais le récit, car ils ont collaboré dans le Seigneur à l'instruction de ces peuples et ils ont été pour « une grande part » dans tout ce qui s'est fait. C'est pourquoi j'ai cru que leurs signatures ne seraient

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plurimorum testimonio roboratae plurima quoque ac constans fides adhibeatur f1).

Annessii, 15 Novembris 1603.

Beatissimo in Christo Patri et Domino, Clementi VIII, Pontifici Maximo.

Revu sur le texte inséré dans le Ier Procès de Canonisation.

pas sans utilité, car les faits attestés par un grand nombre de témoins obtiennent du même coup une grande et solide créance (0. Annecy, le 15 novembre 1603.

Au Très Saint Père et Seigneur dans le Christ, Clément VIII, Souverain Pontife.

(1) Ces signatures ne figurent pas dans le Procès de Canonisation.

A MONSEIGNEUR PAUL TOLOSA, EVEQUE DE BOVINO NONCE APOSTOLIQUE A TURIN (O

(minute inédite)

Tous les monastères de Savoie, ceux des Chartreux exceptés, ont besoin de réforme ; autorité requise à celui qui entreprendrait cette œuvre. — Utilité de l'intervention du Sénat. — Différentes mesures proposées. — Monastères à supprimer. — Situation anormale de ceux de Sixt et de Peillonnex.

Annecy, [fin 1603].

Illustrissimo et Reverendissimo Signore mio colendissimo, Rispondendo alla lettera scrittami ciè un pezzo da V. S. Ill,na et Rma circa la reformatione de' monasterii

Mon très honoré, Illustrissime et Révérendissime Seigneur, Je réponds à la lettre que Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime m'a écrite il y a quelque temps relativement à la réforme

( 1 ) Paul Tolosa, natif de Naples, religieux Théatin et prédicateur distingué, avait été préconisé évêque de Bovino le 30 avril 1601 et nommé l'année

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di questa diocesi, io dirô con ogni sincerità et libertà il parère mio, già che per ubidienza, da V. S. Illma et Rma tal obligo mi viene imposto (*).

È certo tanto inveterata [la rilassatezza] de tutti li monasterii di Savoya, eccettando perô quelli delli Certosini (2), che un ordinario rimedio non sarebbe bastante a risanarli. Per questo sarebbe bisogno che il riformatore fosse di grande authorità et prudentia, et che havesse una amplissima facoltà di fare secondo le occurrenze ; et non solamente amplissima, [ma] absoluta et senza appellatione, perché li monaci nel litigare sonno avvezzi et potenti. Et per scacciare ogni sorte di modo di scampare, sarebbe bisogno che Sua Altezza Serenissima [facesse] a cio convenire il suo Senato di qua de1 monti , chè senza quella interventione non si farebbe niente ; et questo potrebbe farsi senza prejudicio délie giurisditioni

des monastères de ce diocèse. Voici ma pensée en toute sincérité et liberté, puisque l'obéissance que je dois à Votre Seigneurie m'oblige de la proposer (1). Il est certain que le relâchement de tous les monastères de Savoie, excepté toutefois ceux des Chartreux (2), est tellement invétéré qu'un remède ordinaire ne suffirait pas à les assainir. Pour réussir, il faudrait un réformateur de grande autorité et prudence, muni de très amples pouvoirs dont il userait selon les occasions ; je dis non seulement très amples, mais absolus et sans appel, car les moines sont très expérimentés et habiles dans la chicane. Et pour leur enlever tout moyen de se soustraire à la réforme, il faudrait que Son Altesse Sérénissime fit intervenir dans cette affaire son Sénat de Savoie, car sans cette intervention on n'obtiendra rien. Ceci pourrait se faire sans préjudice des juridictions ecclésiastiques,

suivante nonce à Turin. Rappelé quatre ans plus tard dans son diocèse, il le gouverna avec beaucoup de sagesse, devint en 1616 archevêque de Chieti, et mourut saintement le 3 octobre 1619.

( 1 ) Le 24 août 1603 le Nonce de Turin écrivait au Cardinal Aldobrandino : « ... Cosi anco in Savoia ho pregato Monsignor Vescovo di Geneva, dandoli 1' autorità che mi concedono le facultà datemi da Nostro Signore, di visitare li monasterii de1 regolari, huomini et donne... » (Archives Vaticanes, Borghese, série III, 95, c3.)

(2) Cette assertion ne porte que sur les monastères d'antique observance, car les trois maisons de Frères-Mineurs Capucins, établies depuis peu dans le diocèse de Genève, y répandaient une grande édification.

ecclesiastiche, poichè quello braccio secolare non concorrerebbe che per provedere ail' essecutione necessaria, dove fosse di bisogno.

Sarebbe molto espediente, per quanto pare a me, che in certi monasterii si mettessero altri monaci, corne di Fulliensi o Certosini ; in certi altri che vi si mettessero, in vece de' monaci, preti secolari o canonici. Et la ragione di questo mio parère è che parte delli monasterii sonno sottoposti a superiori i quali non essendo riformati, quantunque si riformassero li sudditi la reformatione durarebbe poco. Verbi gratia : habbiamo qui vicino il priorato di Talloyres, casahonoratissima quanto alla fondationei1), et appresso Geneva il priorato di Contamina (2) et la badia di Entremonti (3) ; il primo è sottoposlo

puisque le bras séculier n'interviendrait que pour faire exécuter au besoin les mesures jugées nécessaires.

Il serait expédient, me semble-t-il, qu'en certains monastères on introduisît des Religieux d'une Congrégation différente, tels que des Feuillants ou des Chartreux, et qu'en d'autres on remplaçât les moines par des prêtres séculiers ou des chanoines. Voici la raison qui me porte à désirer cette mesure : une partie des monastères étant soumis à des supérieurs non réformés, la réforme, quand bien même leurs inférieurs l'accepteraient, ne pourrait être durable. Par exemple, nous avons près d'ici le prieuré de Talloires, maison de fondation très illustre ( l ), et, près de Genève, le prieuré de Contamine ( 2 ) et l'abbaye d'Entremont ( 3 ) ; le premier dépend de l'Abbé de Savigny en France,

( 1 ) Bien que la vie monastique eût été pratiquée à Talloires dès l'année 879, Rodolphe III, dernier roi de la Bourgogne transjurane, est considéré comme le véritable fondateur du prieuré établi dans cette localité. Il le dota vers l'an 1016 à la prière de sa femme, la reine HermeDgarde, et le soumit à l'abbaye de Savigny, gouvernée alors par l'Abbé Ithérius, moine de Cluny.

(2) Le prieuré de Contamine-sur-Arve avait été fondé en 1083 par Guy de Faucigny, évêque de Genève, qui promulgua l'acte de fondation dans la salle capitulaire de Cluny, en présence de saint Hugues, et unit à perpétuité le nouveau prieuré à la célèbre abbaye. Une armée protestante qui dévasta le Faucigny dans Tété de 1589, s'abattit sur Contamine, dont elle réduisit en cendres les bâtiments, l'église et la sacristie exceptées. La dispersion momentauée des moines amena le relâchement. On verra dans la suite de cette correspondance tout ce que fit saint François de Sales pour réformer soit Talloires, soit Contamine, et comment il prépara l'introduction des Barnabites dans cette dernière Maison.

(3) Le monastère d'Entremont, fondé par Amédée comte de Genève, avait

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ail' Abbate di Savigny in Francia, il secondo ail' Abbate di Cluni, il terzo ail' Abbate di San Rufo di Valenza. Hora, tutti questi superiori et li loro monasterii, corne potranno conservare la disciplina et riformatione nelli sudditi, poichè essi non la osservano, neque quid sit reformatio sciunt ?

Per questo dico che 1' uno di questi duoi mezzi sarà necessario per lontanarne il scandalo loro : o vero métier vi altri monaci riformati, o farne collegiate secolari, o sottoporli, per il terzo, a qualche Congregatione riformata dell' Ordine del quale sonno, o per il quarto mezzo sottoporli ail' Ordinario, si corne erano molti eccellenti monasterii anticamente, inanzi ch' havessero l'essentioni. Gli altri sarà necessario secolarizarli, corne il monastero di Six (0, quello di Pellionex (3), del

le second de l'Abbé de Cluny, la troisième de l'Abbé de Saint-Ruph de Valence. Or, comment tous ces supérieurs et leurs monastères pourront-ils maintenir la discipline et la réforme chez leurs inférieurs, puisqu'ils ne l'observent pas eux-mêmes et qu'ils ignorent même ce qu'est la réforme ?

C'est pourquoi, à mon avis, l'une de ces deux mesures serait nécessaire pour en éloigner le scandale : ou bien y placer d'autres moines réformés, ou en faire des collégiales séculières ; ou encore, comme troisième expédient, les soumettre à une Congrégation réformée de l'Ordre auquel ils appartiennent; enfin, un quatrième moyen serait de les soumettre à l'Ordinaire, ainsi que l'étaient jadis plusieurs excellents monastères avant que les exemptions fussent en usage. Quant aux autres, tels que les monastères de Sixt (*), de Peillonnex (2),

été élevé au rang d'abbaye en 1 154, tout en restant dépendant d'Abondance. En 1279 il passa dans la filiation de Saint-Ruph de Valence. Deux siècles plus tard (1490), l'abbaye d'Entremont tomba en coramende, ce qui amena la décadence. Le premier Abbé commendataire est Philippe de Luxembourg, évêque du Mans.

(1) Voirie tome précédent, note (1), p. 316, et ci-dessus, note (1), p. 226.

(2) Ce prieuré de Peillonnex, qui subissait alors une si sombre éclipse, était par son antiquité le premier des monastères de la Savoie. Fondé au cours du xe siècle par Gérold, évêque de Genève, et soumis en 11 56 à la Règle de Saint-Augustin, il avait vu pendant plusieurs siècles la pénitence et la prière fleurir dans ses murs. L'incendie du prieuré par les Genevois (5 août 1589) obligea les Religieux à se disséminer dans des habitations

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Sepolcroi1), di questa terra, et simili; perché li Frati sonno Canonici regolari di Sant'Agostino,ma d'una certa Congregatione che non ha ne générale, ne provinciale, ne Capituli, ne visita, ne forma di fare voto espresso, ne Regola, ne Constitutioni. È vero che dal Vescovo sonno visitati quelli di Six et di Pellionex, et cosi li ho visitati, ma non ho potuto ridurli a Regola, poichè non ne hanno; solamente li ho fatto osservare le Constitutioni ordinarie, corne se fossero canonici secolari, aspettando che si possa pigliar conclusione migliore dell' essere loro

Revu sur le texte inséré dans le Ier Procès de Canonisation.

du Sépulcre en cette ville U), et semblables, il est nécessaire de les séculariser, vu que les moines sont Chanoines réguliers de Saint- Augustin, mais d'une certaine Congrégation qui n'a ni général, ni provincial, ni Chapitre, ni visite, ni forme expresse de vœu, ni Règle, ni Constitutions. Il est vrai que ceux de Sixt et de Peillonnex sont visités par l'Evêque ; c'est ainsi que je les ai visités moi-même, mais je n'ai pu les astreindre à l'observance de la Règle puisqu'ils n'en ont pas ; seulement je leur ai fait observer les Constitutions ordinaires, comme s'ils eussent été chanoines séculiers, en attendant que leur situation puisse être régularisée

privées. Cet état de choses, qui se prolongea près d'un siècle, accéléra la ruine des observances monastiques. Saint François de Sales mit tout en œuvre pour les rétablir, et, dès le début de son épiscopat, visita Peillonnex; il n'est pas possible toutefois de préciser la date de cette première visite. Le procès-verbal de celle qu'il y fit le 30 août 1606 nous a seul été conservé. Les moines de Peillonnex adoptèrent vers 1683 les Constitutions données par le saint Evêque aux Religieux de Sixt, et, détail intéressant à signaler, en 1695 on trouve déjà dans leur église une chapelle dédiée à saint François de Sales.

( 1 ) Les chanoines hospitaliers du Saint-Sépulcre étaient établis à Annecy dès le milieu du xive siècle. Leur premier Prieur dont le nom soit connu est le bienheureux André d'Antioche, qui mourut à Annecy avant 1360. Son tombeau fut honoré par des miracles. On lit à ce sujet dans le Theatrum Sabaudiœ : « Sepulckrum... in quo asservari fertur corpus viri Dei Andreœ, principis Antiocheni, quern commendat gratia sanitatum. » Dans la suite, le relâchement s'introduisit parmi les chanoines. Les Archevêques de Tarentaise, auxquels le Saint-Siège les avait soumis (10 juin 1417), travaillèrent mais vainement à les réformer. Ils se sécularisèrent vers la fin du xvme siècle.

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