‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 45 sur 102 · A MADAME DE BOISY, SA MERE · texte numérisé non relu

A MADAME DE BOISY, SA MERE

Allusion aux tribulations endurées durant la mission du Chablais. Témoignages d'affection.

Je vous escris cecy, ma très chère et bonne Mère, en montant a cheval pour Chamberi. Ce billet n'est point cacheté, et je n'en ay aucune inquiétude; car, par la grâce de nostre Dieu, nous ne sommes plus en ce fascheux tems ou il nous failloit cacher nécessairement pour nous escrire en termes d'amitié, et pour nous dire quelque parole de consolation. O vive Dieu, ma bonne Mère! Il est vray que le souvenir de ce tems la produit tous-jours quelque sainte douceur a ma pensée.

Tenés vous joyeuse en Nostre Seigneur, ma bonne Mère, et sçachés s'il vous plaist que vostre pauvre filz se porte bien, par la divine miséricorde, et se prépare de

( 1 ) Françoise, fille de Melchior de Sionnaz et de Bonaventure de Chevron- Villette, promise dès l'âge de sept ans (contrat dotal du 12 mai 1560) à François de Sales, de vingt-sept ans plus âgé qu'elle, l'avait épousé dès qu'elle fut nubile. (Cf. le tome précédent, note ( 1 ), p. 33.) Entre autres seigneuries, elle lui apportait en dot celle de Boisy, à condition qu'il en prendrait le nom. De cette alliance naquirent treize enfants dont saint François de Sales fut l'aîné. On sait quels soins sa pieuse mère mit à le former à la vertu, comment elle favorisa son entrée dans l'état ecclésiastique et sa mission dans le Chablais. A l'insu de M. de Boisy, elle envoyait à son fils secours et encouragements durant cette laborieuse campagne apostolique; c'est ce à quoi il est fait allusion dans ce billet. Mme de Boisy eut la joie d'assister à la consécration épiscopale de notre Saint et de voir une partie des succès obtenus par ses travaux. Elle le choisit pour directeur, et cette grande chrétienne rendit le dernier soupir (ier mars 16 10) sous les bénédictions de celui qu'elle nommait à la fois son père et son fils.

(2) Cette lettre n'est pas datée; mais l'allusion qu'elle contient aux tribulations de la mission du Chablais comme à des faits encore récents, indique qu'elle remonte aux débuts de l'épiscopat du Saint. Nous ne trouvons pas, il est vrai, de preuve positive qu'il se soit rendu directement à Chambéry en 1603; mais ses affaires l'appelaient assez souvent dans cette ville pour qu'il ait dû y aller plusieurs fois au cours de cette année.

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vous aller voir le plus tost et le plus longuement qu'il luy sera possible, car je suis tout a vous. Je le doy, et vous le sçaves que je suis

Vostre filz,

François, Evesque.

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