FRAGMENT INEDIT
Difficultés que suscite une mesure récemment imposée.
[Annecy, 1603-1604(2).]
Illustrissimo et Reverendissimo Signor mio osservandissimo,
Vengo ogni giorno tuttavia tanto affaticato délie difficoltà et inconvenienti che nascono délia (sic) nécessita da poco tempo in qua posta, di non lasciar passare le semplici signature senza spedire le Bolle per li beneficii minori, che io sono sforzato di ricorrere di nuovo alla carità di V. S. Illm" et Rma, supplicandola che si degni
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
Mon très honoré, Illustrissime et Révérendissime Seigneur, Je suis chaque jour tellement fatigué des difficultés et contre- temps que provoque la mesure imposée depuis peu, de ne pas laisser passer les simples signatures sans expédier les Bulles pour les petits bénéfices, que je me vois contraint de recourir de nouveau à la charité de Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime, la suppliant de daigner
( 1 ) Le destinataire de cette lettre est probablement l'Evèque de Bovino, nonce apostolique à Turin (voir ci-dessus, p. 239). Peut-être encore serait-ce le Cardinal Aldobrandino.
(2) C'est seulement d'après l'écriture que l'on peut conjecturer à quelle époque ce fragment dut être écrit.
246 Lettres de saint François de Sales
A MONSEIGNEUR GISBERT MASIUS, ÉVÊQUE DE BOIS-LE-DUG (x)
(minute)
Union créée entre les deux Prélats par les persécutions qu'ils endurent de la part des hérétiques. — Recommandation en faveur de Rodolphe van Dunghen; éloge de ce personnage.
Perillustrissimo ac Reverendissimo in Christo Patri et Domino, D. Gisberto, Episcopo Buscoducensi, Francisais, indignus Gebennensis Episcopus et Princeps, salutem in Christo plurimam.
Quam fuerit in usu inter priscos illos Ecclesiae Pastores scriptionis epistolarum officium , nemo sane est qui nesciat ; et tu, Reverendissime Pater, id omnium minime ignoras : char it as mutua sola scribendi causa , cujus Coioss., m, 14. sacrum perfectionis vinculum * nulla locorum distantia solvit.
A l'Illustrissime et Reverendissime Père et Seigneur en Jésus-Christ, Monseigneur Gisbert, Evêque de Bois-le-Duc, François, indigne Evêque et Prince de Genève,
présente mille salutations dans le Christ. C'était l'usage parmi les anciens prélats de l'Eglise de s'écrire des lettres : tout le monde le sait, et vous, Reverendissime Père, vous l'ignorez moins que personne. Ces relations épistolaires s'inspiraient d'un seul motif : la charité mutuelle, ce lien sacré de la perfection, qu'aucune distance ne saurait détruire.
(1) Gysbertus ou Giselbertus Masius occupa le siège de Bois-le-Duc dans les Pays-Bas du 25 mars 1594 au n juillet 1614. Le Ier novembre 1601, sa ville épiscopale avait été investie par l'armée du prince Maurice d'Orange. Le froid intense qui survint contraignit à lever le siège; néanmoins les troupes ennemies continuèrent à occuper les alentours, et l'Evêque se trouvait ainsi bloqué dans la ville, dont il n'aurait pu sortir sans s'exposer à de graves périls. Cet état de choses se prolongea jusqu'en 1629, époque où le prince Frédéric- Henri d'Orange s'empara de Bois-le-Duc.
Année 1603 247
Ea ergo mihi primo causa scriptionis satis esse visa est, quae majoribus unica propemodum esse solebat ; prsesertim cum non tantum dignitatis ecclesiasticae, sed etiam afflictionis (contrario licet génère) communione conjungamur. Nam tu quidem, Reverendissime Domine, ab haereticis, ut audio, obsidione conclusus, civitate sola potiris ; ego contra, ab hsereticis exclusus, sola propemodum careo civitate. Dissimile, sed non inaequale malum, exilium et carcer, ut me tibi jure Christiano visitationis, te mihi hospitalitatis officia persolvere sit aequum. Me ergo tu, quo possum modo, per litteras nimirum salutatus, lsetis, opinor, excipies oculis, et pro tua charitate complecteris.
Accedit et alia scriptionis causa, commendandi scilicet D. Rudolphum, filium Joannis a Dunghen (r), tuse dicecesis virum, qui et ipse primus Reverendissimae Paternitatis Vestrae colendae animum injecit, cum inter multas
Ce sentiment, le mobile à peu près unique de nos Pères, a suffi pour me décider à vous écrire, surtout quand une dignité ecclésiastique toute semblable, et un sujet d'affliction tout pareil, quoique en sens inverse, établissent entre nous un singulier rapprochement. Les hérétiques, à ce qu'on dit, Reverendissime Seigneur, vous tiennent bloqué dans votre ville assiégée, et vous n'avez que votre seule cité épiscopale en votre possession . Quant à moi, c'est tout le contraire ; en me chassant, les hérétiques m'ont presque tout laissé, à l'exception de ma ville épiscopale. Pour être, différents, l'exil et la prison sont deux maux qui s'équivalent. Aussi, en strict droit chrétien, si j'ai le devoir de vous rendre visite, vous avez celui de me faire un accueil hospitalier. Je pense donc que si je vous salue par lettres (et le puis-je faire autrement?), vous me recevrez d'un air souriant et vous m'embrasserez selon les effusions de votre charité.
J'ai d'ailleurs une autre raison de vous écrire : je veux vous recommander M. Rodolphe, fils de Jean van Dunghen ( l ), votre diocésain. C'est lui qui le premier m'a donné l'idée de rendre mes devoirs à Votre Reverendissime Paternité. Il se plaît souvent à dire que vous
( 1 ) Rodolphe Janssen, communément appelé van den Dunghen ou Dungen, du village hollandais où il naquit, avait été licencié en droit canon et en droit civil à l'Université de Douai. C'est pendant son séjour chez le président Favre qu'il s'acquit l'estime et l'affection de saint François de Sales (voir ci-dessus, p. 69). On ignore l'époque de son retour en Hollande, et par suite il n'est pas
248 Lettres de saint François de Sales
laudes, quibus te dignum sœpe prsedicat, hanc adjiceret, multam quidem suorum civium erga Principes suos devotionem, tua tamen praesertim opéra effectum quod urbs illa jam toties [tam] inusitatis quoque stratagematibus tentata, in hostium potestatem nondum venisset ; illud nimirum tuum esse eloquium ac vim dicendi, ut Josue, vi, 20. cum buccinae clangore mûri Hierichuntini sint eversi *, tubae tuae evangelicae sonitu Buscoducensia mcenia et propugnacula sarta tecta hucusque permanserint.
Cum ergo discessurus addidisset hic tuarum virtutum cultor, existimare se, si aliquod vitse suse apud nos laudabiliter actse testimonium ad te deferret, plurimum hoc illi in omni vitae génère subsidii allaturum ; ego, pro ea qua praesentem complexus sum amicitia, non potui quin et discedenti hoc amoris officium lubens impenderem, eumque tibi, quanto possum studio, commendarem. Jam
méritez de grandes louanges, principalement pour ceci : ses concitoyens, si attachés qu'ils soient à leurs princes, doivent surtout à votre vigilance de n'avoir pas vu leur ville tomber au pouvoir des ennemis, malgré les stratagèmes inouïs tant de fois employés pour la séduire. En vérité, votre parole et votre éloquence ont un singulier effet : jadis, au bruit strident des trompettes, les murs dejéricho tombèrent ; mais au son de votre voix, pareille à un clairon évangélique, Boisle-Duc a vu ses murailles et ses défenses se tenir debout et demeurer jusqu'ici hors de toute atteinte.
Cet homme, qui rend un tel hommage à vos mérites, me fit savoir, étant sur son départ, que s'il pouvait vous présenter une attestation de la vie honorable qu'il a menée parmi nous, cela lui serait, en toutes circonstances, d'une précieuse utilité. Je lui ai témoigné trop d'amitié pendant qu'il était ici pour lui refuser, maintenant qu'il nous quitte, cette marque d'affection.- Aussi je vous le recommande volontiers et avec toutes les instances possibles. Pendant près de
possible de préciser la date de cette Lettre ccvii, lettre non datée dans les précédentes éditions. Toutefois elle doit être antérieure de plusieurs mois au choix que M^r Masius fit de Rodolphe van Dunghen pour occuper un canonicat dans sa cathédrale de Saint-Jean, et desservir en qualité de curé la paroisse Saint-Pierre de Bois-le-Duc (2 décembre 1604). Cet ecclésiastique ne jouit pas longtemps de ces deux bénéfices, car la mort l'enleva le 17 février 1607. (Note du R. P. van Meurs, S. J.)
Année 1603 249
triennium fere in domo ac contubernio illustris et cla-
rissimi viri Antonii Fabri, ducatus Gebennensis Praesidis,
vixit, mensae ejusdem et sermonis ac disciplinée particeps :
quo toto tempore mitto quanta cura jurisprudentiam et
litteras coluerit ; sed quod apud me caput est, pietatis
et religionis officia semper diligentissime amplexus est,
ut nunc redeuntem sicut omni virtutum et pietatis génère
onustam navim institoris * videre liceat. Quod et tibi, * Prov., xxm, 14.
Reverendissime Pater, gratissimum fore non ambigo, et
hominis plurimum diligendi causam per se acceptissi-
mam. Si quid tamen ad haec meum adjicere potest suffra-
gium, illud sponte ac lubens confero ; et me tibi,
Reverendissime Pater, tuisque omnibus rationibus ac
voluntatibus addico et dico.
Bene vale et Christum habeto propitium, meque illius misericordise precibus pro tua charitate concilia.
trois années il a vécu sous le toit et dans l'intimité de l'illustre et si fameux Antoine Favre, président du duché de Genevois : il a été son commensal, il a joui de ses entretiens et de ses leçons. Il n'est pas besoin de dire avec quel zèle il s'est appliqué, pendant tout ce temps, au droit et aux belles-lettres ; mais ce qui importe davantage à mes yeux, il a embrassé avec une exactitude scrupuleuse et qui ne s'est jamais démentie, les devoirs de la piété et de la religion. Il me semble donc le voir retourner maintenant vers vous pourvu d'une rare provision de vertus et de piété, semblable au navire d'un marchand qui revient avec une riche cargaison. Tout ceci, Reverendissime Père, vous fera sans doute un très grand plaisir, et je suis sûr aussi que vous accorderez volontiers vos sympathies à un homme si digne d'être aimé. Si mon suffrage peut être de quelque valeur après tout ce que je viens de dire, je le lui donne de grand cœur. Et quant à moi, Reverendissime Père, je me déclare entièrement dévoué à votre personne, à tous vos intérêts, ainsi qu'à votre bon plaisir.
Jouissez d'une santé parfaite, et que le Christ vous soit propice ; puissé-je, à la faveur de vos charitables prières, obtenir sa miséricorde !