‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 55 sur 102 · I, C. XI · texte numérisé non relu

I, C. XI

366 Lettres de saint François de Sales

ou brindes avec eux a chasque repas, outre ce quil avoit beu pour sa soif. Voila un trait de sainte liberté en l'homme le plus rigoureux de cet aage. Un esprit dissolu en eut fait trop ; un esprit contraint eut pensé pécher mortellement ; un esprit de liberté fait cela par charité.

Spiridion, un ancien Evesque, ayant receu un pèlerin presque mort de faim en tems de Caresme et en un lieu ou il ni avoit aucune chose que de la chair salée, il fit cuire cette chair et la praesente au pèlerin. Le pèlerin n'en vouloit pas manger, non obstant sa nécessité ; Spiridion, qui n'en avoit nulle nécessité, en mange luy le premier par charité, afirn d'oster par son exemple le scru- ^Sozom.,Hist.Eccl., pule du pèlerin *. Voyla une charitable liberté d'un saint homme.

Le P. Ignace de Loyole, qu'on va canoniser (0, le Mercredi Saint, mange de la chair sur la simpl'ordonnance du médecin, qui le jugeoit expédient pour un petit de mal quil avoit. Un esprit de contrainte se fut fait prier trois jours.

Mais je vous veux prsesenter un soleil au pris de tout cela, un vray esprit franc et libre de tout engagement, et qui ne tient qu'a la volonté de Dieu. J'ay pensé souvent quell'estoit la plus grande mortification de tous les Saintz de la vie desquelz j'ay eu connoissance, et après plusieurs considérations je treuvay celle ci. Saint Jan Baptiste alla au désert a l'aage de cinq ans, et sçavoit que nostre Sauveur et le sien estoit nay tout proche de luy, c'est a dire une journée ou deux ou trois, comme cela. Dieu sçait si ce cœur de saint Jan, touché de l'amour de son Sauveur des le ventre de sa mère, eut désiré de jouir de sa douce prsesence. Il passe néanmoins vint et cinq ans la au désert, sans venir une seule fois pour voir

(1) Depuis neuf ans déjà des démarches avaient été entreprises par la Compagnie de Jésus en vue d'obtenir la canonisation de son Fondateur. Le succès paraissait si certain que saint François de Sales considérait le Procès comme terminé avant même qu'il eût été commencé dans les formes canoniques. C'est seulement dans les premiers mois du pontificat de Paul V que les lettres rémissoriales furent expédiées et que la Cause prit une marche régulière. La béatification du Serviteur de Dieu eut lieu le 3 décembre 1609, et sa canonisation le 12 mars 1622,

Année 1604 367

Nostre Seigneur et, sortant, s'arreste a cathechiser sans

venir a Nostre Seigneur, et attend quil vienne a luy . Apres

cela, Tayant baptisé, il ne le suit pas, mais demeure a

faire son office*. O Dieu, quelle mortification d'esprit. *MatklinlLucae>m.

Estre si près de son Sauveur et ne le voir point, l'avoir

si proche et n'en jouir point. Et qu'est-ce cela sinon avoir

son esprit desengagé de tout, et de Dieu mesme, pour

faire la volonté de Dieu et le servir ; laisser Dieu pour

Dieu, et n'aymer pas Dieu pour l'aymer tant mieux et

plus purement? Cest exemple estouffe mon esprit de sa

grandeur.

J'ay oublié a dire que non seulement la volonté de Dieu se connoit par la nécessité et charité, mais par l'obédience ; de façon que celuy qui reçoit un commandement doit croire que c'est la volonté de Dieu. N'est ce pas trop ? mais mon esprit court plus viste que je ne veux, porté de l'ardeur de vous servir.

Pour le huitiesme point, resouvenes vous du jour du bienheureux Roy saint Louïs, jour auquel vous ostastes de rechef ou de nouveau la couronne de vostre royaume a vostre propre esprit pour la mettre aux pieds du Roy Jésus *; jour auquel vous renouvelastes vostre jeunesse *Cf. Apoc, iv, 10. comme l'aigle *, vous plongeant dans la mer de la pœ- * Ps. en, 5. nitence, jour fourrier du jour eeternel pour vostr'ame (*). Resouvenes vous que sur les grandes resolutions que vous declairastes de vouloir estre toute a Dieu de cors, de cœur, d'esprit, je dis Amen de la part de toute l'Eglise nostre mère, et a mesme tems la Sainte Vierge, avec tous les Anges et Bienheureux, firent retentir au Ciel leur grand Amen et Alleluya. Resouvenes vous de faire estât que tout le passé n'est rien et que tous les jours il

(r) Le 25 août de cette année 1604 la baronne de Chantai avait fait une confession générale au saint Evêque (voir ci-dessus, note (2), p. 343), qui lui donna ensuite un billet écrit de sa main et conçu en ces termes : « J'accepte « au nom de Dieu la charge de vostre conduitte spirituelle, pour m'y employer « avec tout le soin et fidélité qui me sera possible, et autant que ma qualité et « mes devoirs precedens me le peuvent permettre. » De son côté, elle renouvela devant le Saint son vœu de chasteté, fit celui d'obéissance entre ses mains et lui envoya plus tard la formule de ces engagements, comme on le voit à la page suivante^ (Mémoires de la Mère de Chaugy, Ire Partie, chap. xv^)

368 Lettres de saint François de Sales

vous faut dire avec David : Tout maintenant je com-

* Ps. lxxvi, 11. mence a bien aymer mon Dieu*. Faites beaucoup pour

Dieu et ne faites rien sans amour ; appliques tout a cet *Cf. I Cor., x, 31. amour, manges et beuvés pour cela *.

Ayes dévotion a saint Louys et admires en luy cette grande constance. Il fut Roy a douz'ans, eut neuf enfans, fit perpétuellement la guerre ou contre les rebelles ou contre les ennemis de la foy, vescut passé 40 ans Roy ; et, au bout de la, après sa mort, son confesseur, saint homme, jura que, l'ayant confessé toute sa vie, il ne

* Gaufridus, dus l'avoit treuvé estre tombé en péché mortel*. Il fit deux

Confessor, in Vita , ...

ejus, c 1. voyages outre mer ; en tous deux il fit perte de son

armée, et au dernier il mourut de peste, après avoir longuement visité, secouru, servi, pensé (sic) et guéri les pestiférés de son armée, et meurt gay, constant, avec

*Pss.v,8)cxxxvn)2. un verset de David en bouche *. Je vous donne ce Saint pour vostre spécial patron pour toute cett'annee ; vous Taures devant vos yeux avec les autres sus nommés. L'année qui vient, sil plait a Dieu, je vous en donneray un autre, après que vous aures bien profrité en l'escole de cettuyci.

Pour le neufviesme point, croyes de moy deux choses : Tune, que Dieu veut que vous vous servies de moy, et n'en doutes point ; l'autre, que en ce qui sera pour vostre salut, Dieu m'assistera de la lumière qui me sera nécessaire pour vous servir ; et, quand a la volonté, il me l'a des-ja donnée si grande qu'elle ne peut l'estre d'avantage. J'ay receu le billet de vos vœux, que je garde et regarde soigneusement comm'un juste instrument de nostre alliance toute fondée en Dieu, et laquelle durera a l'aeternité, moyennant la miséricorde de Celuy qui en est l'autheur.

Monsieur l'Evesque de Saluées, l'un de mes plus intimes amis et des plus grans serviteurs de Dieu et de l'Eglise qui fut au monde, est decedé despuis peu, avec un regret incroyable de son peuple, qui n'avoit joùy de ses travaux qu'un an et demi ; car nous avions esté faitz

* Vide supra, p.343, Evesques ensemble et tout d'un jour*. Je vous demande not,(3)' trois Chapeletz pour son repos, asseuré que je suis que

Année 1604 369

sil m'eut survescu il m'eut procuré une charité pareille vers tous ceux ou il eut eu crédit.

Vous m'escrives en un endroit de vostre lettre en façon qu'il semble que vous tenes pour résolu que nous nous reverrons un jour. Dieu le veuille, ma très chère Seur, mais pour mon regard je ne voy rien devant mes yeux qui me puisse faire espérer d'avoir liberté d'aller de delà ; je vous en dis la rayson en confiance estant a Saint Claude. Je suis icy lié pieds et mains ; et pour vous, ma bonne Seur, l'incommodité du voyage passé ne vous estonne-elle point? Mais nous verrons entre cy et Pasques ce que Dieu voudra de nous ; sa sainte volonté soit tousjours la nostre. Je vous prie de bénir Dieu avec moy des efFectz du voyage de Saint Claude ; je ne vous les puis dire, mais ilz sont grans. Et a vostre premier loj^sir, escrives-moy l'histoire de vostre porte de saint Claude ( l ), et croyés que ce n'est point par curiosité que je la vous demande.

(2) Ma mère vous est tellement acquise que rien plus. J'ay esté consolé de voir que vous appelles de si bon cœur Madame du Puis d'Orbe seur; c'est une grand'ame, si ell'est bien assistée, et Dieu se servira d'elle a la gloire de son nom. Aydes-la et la visites par lettres ; Dieu vous en sçaura gré. Si je me veux croire je ne finiray

( 1 ) Voici en quels termes la Mère de Chaugy (Mémoires sur la vie et les vertus de sainte Jeanne-Françoise Frèmyot de Chantai, Irc Partie, chap. x) raconte cette histoire : Un matin la baronne de Chantai « étant au lit un peu assoupie, elle se vit dans un chariot avec une troupe de gens qui allaient en voyage, et lui semblait que le chariot passait devant une église où elle vit une quantité de personnes qui louaient Dieu avec grande jubilation et gravité. Je voulus, dit-elle parlant de cela, m'élancer pour m'aller joindre à cette bénite troupe et entrer par la grande porte de l'église qui m'était ouverte ; mais je fus repoussée, et j'ouïs distinctement une voix qui me dit : Il faut passer outre) et aller plus loin ; jamais tu n entreras au sacré repos des enfants de Dieu que par la porte de Saint-Claude. »

Cette vision prophétique devait se réaliser le 25 août 1604 à Saint-Claude (voir ci-dessus, note (2), p. 343). En confiant son âme à la direction de l'Evêque de Genève la sainte Veuve entrait réellement dans le « repos des enfants de Dieu. » Elle y entra plus avant encore lorsque, six ans plus tard, par une autre coïncidence remarquable, elle embrassa la vie religieuse le jour même de la fête de saint Claude (6 juin 1610).

(2) L'Autographe de la fin de cette lettre, à partir d'ici, est conservé au second Monastère de la Visitation de Paris.

Lettres II 24

370 Lettres de saint François de Sales

point cette lettre, escritte sans autre soin que de vous respondre. Je la veux pourtant finir, vous demandant une grand'assistence de vos prières ; et que j'en suis nécessiteux ! Je ne prie jamais sans vous avoir pour une partie du sujet de mes supplications ; je ne salue jamais mes Anges que je ne salue le vostre ; rendes moy la pareille, et vostre Celse Benine aussi, pour lequel je prie tous-jours et pour toute vostre compaignie. Croyes bien que je ne les oublie point, ni feu monsieur leur père vostre mari (0, en la sainte Messe.

Dieu soit vostre cœur, vostr'esprit, vostre ame, ma très chère Seur, et je suis en ses entrailles,

Vostre serviteur très dédié,

Françs, E. de Genève.

(2). . . avec liberté par ce que c'est par homme. . . Pries quelquesfois pour la réduction de ma misérable Genève.

A Sales, le xmi octobre 1604.

( 1 ) Christophe, fils unique de Guy de Rabutin Chantai et de Françoise de Cosseret, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi (1595), baron de Chantai et de Bourbilly, seigneur de Sauvigny, mort d'un accident de chasse (1600) « avec une fermeté et une résignation aux volontés de Dieu, digne du mary d'une Sainte. Cette mort extraordinaire interrompit une grande fortune que Christophle (sic) auroit faite assurément, s'il avoit vescu un âge un peu avancé (car il n'avoit que 36 ou 37 ans quand il mourut). Il y en avoit déjà et plus de vint qu'il fesoit parler de luy à la guerre. Il se signala particulièrement au combat de Fontaine Françoise, ou il fut blessé à la veue du Roy Henry quatriesme, et au témoignage de ce prince, il ne contribua pas peu à la victoire. La manière dont le Roy parla de Chantai au sortir du combat lui fit plus d'honneur dans l'esprit des justes estimateurs de la gloire que tels bâtons de maréchaux de France n'en firent pendant ce règne à quelques particuliers. En ce tems là comme en celuy cy les recompenses d'honneur n'étoient pas toujours pour les plus dignes, mais seulement pour les plus heureux. » (Histoire généalogique de la Maison de Rabutin, par le comte de Bussy.)

(2) Une partie de la marge à gauche, qui probablement contenait le commencement et la fin de cette phrase, a été coupée. Ne devrait-on pas lire : « Je vous escris avec liberté par ce que c'est par homme de connoissancc ou de confiance ? »

Année 1604 371

A SA SAINTETÉ CLÉMENT VIII

(minute)

Décadence de l'observance régulière dans la plupart des monastères de Savoie. — Recours au Saint-Siège pour obtenir l'introduction des Feuillants au monastère d'Abondance.

Annecy, 27 octobre 1604.

Beatissime Pater,

Bonis Religiosis melius nihil esse, malis nihil pejus, et veteres dixerunt, et hac Eetate ita compertum est ut de illis cum Hieremia * dici merito possit : Si fiais sint * Cap. xxiv, 1-3. bonœ, bonas valde esse ; si malae, malas valde. Nulla vero orbis Catholici diaecesis malarum istarum ficuum nocumentis adeo patet quam ista Gebennensis, qua nulla magis bonarum ficuum proventu recreanda foret. Hic enim, Pater Beatissime, in ipsa certaminis acie constituti, inimicorum vires cominus experimur, quorum ingenium est ex moribus nostrorum depravatis Ecclesise illibatam doctrinam carpere, ac infirmas populi mentes

Très Saint Père, Il n'est rien de meilleur que les bons Religieux, rien de pire que les mauvais. Les anciens l'ont dit, et de nos jours l'expérience le vérifie si bien qu'on pourrait justement citer à ce propos la parole de Jérémie : Si les figues sont bonnes, elles sont très bonnes ; mauvaises, elles sont très mauvaises. Or, de toute la chrétienté, le diocèse le plus exposé au fléau des mauvaises figues c'est celui de Genève, et pourtant nul n'aurait plus besoin de se refaire par une cueillette d'excellentes figues. Ici, Très Saint Père, placés au front même de la bataille, nous subissons les premiers chocs de l'ennemi, dont c'est précisément la tactique de profiter de la dépravation des nôtres pour s'en prendre à la pure doctrine de l'Eglise et pour démoraliser les esprits faibles»

372 Lettres de saint François de Sales

dejicere. Quo nomine eo magis dolendum est, inter multa Monasteria variorum Ordinum quse in hac diaecesi sunt aedificata, vix unum reperiri in quo religiosa disciplina labefactata, imo potius conculcata penitus non fuerit ; ut ne quidem vestigium veteris illius cœlestis flammée appareat, adeo obscur atum est aurum et mutatus color

*Thren., iv, i. ejus OptiwiUS*.

Cui quidem malo nullo praesentiore remedio medicinam fieri posse existimant periti rerum œstimatores, quam si ex reformatis et recenti Spiritus Sancti igné accensis et inflammatis Congregationibus viri Religiosi adducantur, et in locum eorum (ut modestissime dicam) * Lucae, xm, 7. qui terram hactenus perperam occupaverunt *, sufficiantur. Hoc consilio adductus est Vespasianus Agacia ut Monasterium Sanctse Mariae de Abundantia (r), cujus ille Abbas commendatarius existit, Religiosis Sancti Bernardi Fuliensibus, quorum bonus odor multis jam in locis manavit, si qua fieri posset opéra attribueret et committeret, amotis inde sex monachis, omnibus propemodum senio ac disciplina? religiosse crassissima ignorantia, non laborantibus modo, sed pêne confectis. Res sane bona et

Certes, il est très affligeant qu'entre plusieurs monastères de divers Ordres établis dans ce diocèse, on n'en puisse à peine trouver un seul où la discipline ne soit ébranlée, et même tout à fait foulée aux pieds, en sorte qu'on ne voit plus même un vestige de l'antique et céleste ferveur, tant l'or s'est obscurci, tant son vif éclat s' est altère.

Le meilleur remède à ce mal, au dire de personnes éclairées, c'est de choisir dans les Congrégations nouvellement réformées, embrasées et enflammées du feu du Saint-Esprit, de vrais Religieux afin de les substituer à ceux qui, pour ne rien dire de plus, ont occupé indignement la terre. Dans cette pensée, Vespasien Aiazza, abbé commendataire de Notre-Dame d'Abondance (0, a projeté d'attribuer et de remettre ce Monastère aux Religieux Feuillants de Saint-Bernard, dont la bonne odeur s'est répandue dans beaucoup d'endroits, après en avoir banni six moines qui, presque tous usés de vieillesse, végètent comme ensevelis dans la plus grossière ignorance de la discipline

(1) Voir le tome précédent, note (1), p. 266.

Année 1604 373

omni acceptione digna *, ut pro spinis flores in hortum *ITiœ., 1,15,1V, 9. Ecclesiae inferantur.

Id autem ut succederet, omnia cum Generali Fuliensis illius Congregationis parata ac delineata sunt quae in eam rem necessaria videbantur (0 ; ita ut nihil praeter unum, sed illud quidem maximum ac praecipuum, desiderari posse videatur : Sedis nimirum Apostolicae beneplacitum quo omnia hsec et fiant et facta constent ac firmentur. Cum autem hujus rei utilitas in hanc ovilis Dominici partem cujus curam Apostolica vestra providentia mihi demandavit primum derivanda sit, non debui committere quin ego quoque humillimis ad pedum oscula precibus a Beatitudine Vestra efflagitem , ut suam paternam et

monastique. Œuvre excellente, œuvre digne de toute louange, de transplanter dans le jardin de l'Eglise des fleurs à la place des épines ! Pour assurer le succès de l'entreprise, toutes les dispositions jugées nécessaires ont été prises et concertées avec le Général des Feuillants (1). Il ne reste plus maintenant qu'une chose à obtenir, mais c'est la plus sérieuse, elle est capitale : je veux dire l'approbation du Siège Apostolique, grâce à laquelle tout sera effectué et ensuite fermement consolidé. L'utilité de cet établissement rejaillira sur cette portion du bercail du Seigneur dont votre sollicitude apostolique m'a confié la garde. Aussi ai-je cru de mon devoir, en baisant les pieds

(1) Dom Pierre de Saint-Bernard Matharel, profès de l'abbaye de Feuillants (1581), nommé Supérieur Général en 1601. Il mourut le 22 mars 1606.

Un acte notarié avait été passé en présence de TEvêque de Genève, le 26 octobre 1604, au château de Sales, entre l'Abbé commendataire, Vespasien Aiazza (voir le tome précédent, p. 223), et dom Jean de Saint-Malachie agissant au nom de son Supérieur. A la teneur de cet acte les Feuillants seraient définitivement substitués aux Chanoines de Saint-Augustin à l'abbaye de Notre- Dame d'Abondance. Mais avant d'en venir à l'exécution il fallait l'approbation du Saint-Siège : on dut l'attendre près de deux ans. Clément VIII mourut sans l'avoir accordée. C'est seulement le 28 septembre 1606, que son successeur, Paul V, donna le Bref qui mettait les Pères Feuillants en possession de l'abbaye. Ces Religieux y furent introduits le 7 mai suivant. Les six Chanoines qu'ils venaient remplacer se retirèrent dans les diverses maisons de leur Ordre situées en Savoie : Thomas Bidal et Jean Cornut, à Sixt; Jacques de Compois et François de Thorens, à Peillonnex; Jean de Thorens, à Saint-Jeoire près de Chambéry. Quant à Jean Moccand, l'autorité diocésaine le maintint à Abondance en qualité de curé de la paroisse.

374 Lettres de saint François de Sales

Apostolicam gratiam huic negotio liberaliter impertiri dignetur.

Christus Dominus Sanctitatem Vestram quam diutissime nobis servet incolumem.

Beatitudinis Vestrae,

Indignus et humillimus servus, F. E. G.

Annessii Allobrogum, xxvn Octobris 1604.

Beatissimo in Christo Patri et Domino,

Domino Clementi VIII, Pontifici Maximo.

de Votre Béatitude, de la supplier très humblement qu'Elle daigne favoriser cette affaire de sa paternelle et apostolique bienveillance. Que le Christ souverain nous conserve le plus longtemps possible Votre Sainteté dans une santé parfaite.

De Votre Béatitude,

Indigne et très humble serviteur, F. E. de G.

Annecy en Savoie, 27 octobre 1604.

Au Très Saint Père et Seigneur dans le Christ, le Souverain Pontife Clément VIII.

AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL l1

Requête pour obtenir que les Feuillants soient mis en possession de l'abbaye d'Abondance. — Recommandation en faveur du chanoine Nouvellet.

Annecy, 27 octobre 1604.

Je sçai des long tems combien Vostre Altesse désire la reformation des monastères de deçà les mons, et qu'ell'a tous-jours jugé que le meilleur moyen d'y parvenir c'estoit d'oster par voye raysonnable les moynes et

tom.praeced.,p.a92.

Année 1604 375

Religieux qui, jusques a présent, s'y sont mal comportés, et y mettre en leur place des autres Religieux des Congrégations reformées. C'est pourquoy je ne doute nullement que Vostre Altesse n'ayt fort aggreable le dessein que le sieur Abbé d'Abondance a fait d'introduire en son monastère les bons Pères de Saint Bernard, lesquelz, par leur bonne vie et doctrine, repareront les ruines que les autres ont faittes par leur mauvais exemple. Je dois néanmoins en faire ma très humble supplication a Vostre Altesse, comme celuy qui en recevra autant de consolation que les peuples de ce diocaese en recevront d'aedification.

Permettes moy, Monseigneur, que je supplie encor Vostre Altesse que le bon docteur monsieur Nouvelet puisse avoir la praebende théologale d'Evians comme les autres théologaux prsecedens l'ont eue *, puisqu'il ne la *Videsupra,p.47,et méritera pas moins qu'eux, et que cette pauvre ville n'en a pas moins nécessité maintenant qu'ell'a eu ci devant. Je confesse que le sieur Abbé est si extrêmement chargé de despences quil luy sera malaysé de la payer ; mais, Monseigneur, sil playsoit a Vostre Altesse d'ordonner que ses pensionnaires y contribuassent chascun quelque partie, il ni auroit plus nulle difficulté. Je l'en supplie avec tout'humilité et confiance en son saint zèle au bien des âmes de ses sujetz.

Je prie Dieu qu'il multiplie ses faveurs en Vostre Altesse, a laquelle faysant très humblement la révérence je demeure,

Son très humble et très obéissant orateur et serviteur,

Franc3, E. de Genève.

A Neci, xxvii octobre 1604.

A Son Altesse.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.

376 Lettres de saint François de Sales

Page 1